La nuit de Pâques resplendissait du feu nouveau. Dans nos églises de France, ils étaient plus de vingt mille, adultes et adolescents, à entrer dans les eaux baptismales pour en ressortir créatures nouvelles, enfants de Dieu. Ces néophytes sont désormais plongés dans l’ordinaire de leur vie : leur travail, leurs études, leur famille, les tracas du quotidien. Une question se pose alors avec une acuité toute pastorale : sont-ils livrés à eux-mêmes dans cette vie nouvelle qui vient de commencer pour eux ? La réponse de l’Église est non — et elle l’a toujours été. Elle repose, pour une bonne part, sur une figure souvent mal connue, parfois choisie à la légère, mais dont la mission est irremplaçable : le parrain ou la marraine.
Une mission confiée par l’Église
Il est une erreur fréquente de croire que le parrain est d’abord celui que l’on choisit. Certes, le catéchumène le désigne librement, selon l’amitié ou l’estime qu’il lui porte. Mais c’est l’Église qui, en validant ce choix, confie une mission. Le parrain n’est pas un simple témoin de cérémonie, un proche qu’on honore d’un rôle symbolique le temps d’une nuit. Il est celui à qui l’Église demande de veiller sur la persévérance du baptisé dans la foi et la vie chrétiennes. Cette dimension ecclésiale est décisive : le parrain se situe déjà dans l’Église, dont il est membre, et il sera pour le baptisé un lien privilégié avec elle. Il en répond, pour ainsi dire, devant Dieu.
Dès les premiers siècles, l’Église a ainsi formalisé cette nécessité. La pèlerine Égérie, au IVe siècle, décrivait comment l’évêque interrogeait publiquement le parrain sur la conduite du catéchumène avant son admission au baptême : le parrain était garant. Garant, mais aussi aidant, répondant, père spirituel : ces quatre dimensions traversent toute l’histoire de la tradition chrétienne et demeurent aujourd’hui pleinement vivantes.
Un choix qui mérite réflexion
La question du choix mérite qu’on s’y arrête, surtout pour les baptêmes d’adultes. Il n’est pas rare qu’un catéchumène, entrant dans l’Église à l’âge de vingt, trente ou quarante ans, ne compte pas dans son entourage immédiat de catholique pratiquant susceptible de remplir cette mission. Ce n’est pas un reproche : simplement, quelqu’un qui n’a pas reçu le baptême plus tôt n’a, le plus souvent, pas grandi dans un milieu chrétien fervent. Il serait donc injuste de lui laisser seul la charge de trouver un parrain ou une marraine parmi ses proches.
Le sommet est magnifique, mais l’ascension est longue et comporte des risques réels. Un guide expérimenté marche à nos côtés, connaît le terrain, sait reconnaître les signes de danger, prévient les faux pas.
C’est là que nos communautés paroissiales ont une responsabilité importante. Puisque nous sommes une famille, puisque la charité fraternelle nous pousse à prendre soin de ceux qui nous rejoignent, il nous appartient de proposer des noms, de susciter des vocations de parrains et de marraines. Certains fidèles ont reçu, comme le dit saint Paul, un véritable don d’assistance — ce charisme de l’accompagnement qui les rend naturellement disponibles, à l’écoute, capables de marcher avec un frère sans se substituer à lui. Il importe de les identifier, de les encourager, de les former. Une paroisse missionnaire et fraternelle ne peut pas laisser un néophyte sans parrain ou s’accommoder d’un choix fait par défaut. Et nous pouvons déjà penser à ceux qui seront baptisés l’an prochain.
Les conditions pour être parrain : exigences de l’amour
L’Église ne légifère pas par bureaucratie. Si elle fixe des conditions précises pour exercer la charge de parrain, c’est par souci du bien du filleul. Il faut avoir seize ans révolus — la maturité s’apprend. Il faut être catholique, confirmé, avoir reçu l’eucharistie. Il faut mener une vie cohérente avec la foi. Ces exigences ne sont pas des obstacles dressés contre la bienveillance : elles sont le reflet de ce que la mission requiert. On ne peut guider quelqu’un sur un chemin que l’on ne parcourt pas soi-même.
Maître-nageur et guide de haute montagne
Deux images permettent de saisir concrètement ce que représente ce rôle. La première est celle du maître-nageur. Celui qui apprend à nager n’est pas jeté d’emblée dans le grand bassin. Il apprend les gestes fondamentaux, s’y exerce, gagne en assurance sous un regard bienveillant et vigilant — un regard prêt à intervenir si nécessaire. Le parrain accompagne de même son filleul dans l’apprentissage des rudiments de la foi : le Notre Père, le Credo, la messe dominicale, la confession, le rapport à la Parole de Dieu. Il veille à ce que le néophyte ne se laisse pas engloutir par les flots d’un monde qui sait si bien distraire de l’essentiel.
La seconde image est celle du guide de haute montagne. Le sommet est magnifique, mais l’ascension est longue et comporte des risques réels. Un guide expérimenté marche à nos côtés, connaît le terrain, sait reconnaître les signes de danger, prévient les faux pas. Il ne porte pas le randonneur — il l’accompagne. Le parrain est ainsi : il n’est pas un coach ni un sponsor, il est un compagnon de route vers le Ciel, quelqu’un dont la présence rassure parce qu’elle est fidèle, discrète et durable.
Une responsabilité pour toute la vie
Ce qui vient de commencer dans la nuit de Pâques ne s’achève pas le matin de la veillée pascale. Le baptême inaugure un chemin de toute une vie. Le parrain est appelé à demeurer présent dans la durée — non pas de manière pesante, mais avec cette constance tranquille qui fait les bonnes amitiés. Une rencontre régulière, une prière commune, un message aux grandes étapes, la célébration de l’anniversaire de baptême, un rendez-vous pour aller à la messe ensemble : autant de gestes simples par lesquels une présence se maintient et une vie chrétienne est soutenue.
Nos nombreux néophytes de Pâques ne sont pas livrés à eux-mêmes. Ils ont un parrain, une marraine. Que ceux-ci sachent la grandeur de ce qui leur a été confié, que nos communautés les y aident et suscitent en leur sein des parrains et des marraines pour les baptisés de Pâques 2027 !
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