Alors que le Sénat a rejeté pour la deuxième fois mardi 12 mai la proposition de loi créant un droit à l'aide à mourir, les évêques de France ont à leur tour pris la parole ce 14 mai pour exprimer à la foi leur satisfaction et leur inquiétude. Ils se réjouissent d’abord de "l’adoption définitive du texte relatif aux soins palliatifs" et rappellent que "l’accès à un accompagnement digne, humain et apaisé en fin de vie constitue une exigence de solidarité nationale". Une affirmation qui rejoint les nombreuses alertes lancées ces dernières années par les soignants, associations et familles confrontés aux inégalités d’accès aux soins palliatifs selon les territoires.
Mais la Conférence des évêques de France voit surtout dans le rejet par le Sénat de la proposition de loi sur l’aide à mourir le signe d’un désaccord de fond qui traverse le pays. Selon elle, ce vote "confirme l’absence manifeste de consensus politique et social à propos de l’"aide active à mourir"". Les évêques soulignent que cette fracture s’était déjà exprimée lors des débats à l’Assemblée nationale, marqués par des votes serrés et des oppositions persistantes.
"Une imprudence morale et un irrespect démocratique"
Dans ce contexte, les évêques mettent en garde contre toute tentative d’accélération du calendrier législatif. "Poursuivre à marche forcée l’adoption d'un texte légalisant l'euthanasie et le suicide assisté reviendrait à faire fi de la voix d’un nombre significatif de parlementaires", écrivent-ils. Une telle démarche constituerait, selon eux, "une imprudence morale et un irrespect démocratique". La formule est forte et traduit la conviction de l’Église catholique que le débat dépasse largement les clivages partisans. Pour la CEF, il ne s’agit pas seulement d’une réforme sociétale supplémentaire, mais d’« une transformation aussi profonde de notre droit, de la médecine et du pacte social". Les évêques plaident donc pour un débat "apaisé", éloigné des "précipitations électorales", afin de réfléchir collectivement "au service de la dignité de la vie dans tous ses états et à toutes ses étapes".
Dans ce débat particulièrement sensible, l’Église entend rappeler qu’une société se mesure aussi à la manière dont elle accompagne les plus fragiles. Derrière les discussions parlementaires, ce sont en effet des visages, des familles, des soignants et des personnes vulnérables qui sont concernés. Pour les évêques, la réponse à la souffrance ne peut se réduire à une logique de mort administrée, mais appelle d’abord une présence humaine, médicale et spirituelle auprès de ceux qui traversent l’épreuve de la fin de vie.






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