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Haïti : l’enfer des gangs continue

4 min de lecture
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Crédit : Clarens SIFFROY / AFP

Quelque 5.300 personnes ont été déplacées en l’espace de trois jours en Haïti après de violences affrontements, a annoncé ce 13 mai l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

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Les violences armées, survenues le 10 mai dans des quartiers situés au nord de la capitale haïtienne Port-au-Prince, ont entraîné le déplacement de quelque 5.300 personnes en l'espace de trois jours, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). "Des maisons ont été pillées et incendiées. Plusieurs boutiques et écoles ont été vandalisées", a décrit ce 13 mai Fritznel Pierre, responsable d'une organisation de défense des droits humains, à l'antenne de la radio locale Magik 9. "Autant de blessés par balles en si peu de temps, on n'avait jamais eu ça", explique Sarah Chateau, responsable des opérations de Médecins sans frontières en Haïti.

Pays le plus pauvre des Caraïbes, Haïti est ravagé par la violence des gangs qui multiplient attaques sanglantes, enlèvements et viols. Et la situation n'a cessé de se détériorer ces deux dernières années. Des quartiers du nord de Port-au-Prince étaient mercredi toujours en proie à des affrontements entre groupes armés, et ce malgré l'envoi par la police haïtienne de plusieurs unités pour les sécuriser, a souligné une source policière à l'AFP. Un centre hospitalier et un hôpital de Médecins sans frontières ont également été contraints de suspendre leurs activités et d'évacuer leur personnel.

À chaque fois qu'on ouvrait les barrières pour recevoir des patients, il y avait des membres de la population qui s'engouffraient.

"On a reçu énormément de blessés par balles. L'hôpital de Fontaine, à cause de la proximité des affrontements, a évacué et nous a transféré ses patients. À chaque fois qu'on ouvrait les barrières pour recevoir des patients, il y avait des membres de la population qui s'engouffraient", raconte à l'AFP Sarah Chateau. Une nouvelle force multinationale de lutte contre les gangs est en cours de déploiement pour remplacer la Mission multinationale de soutien à la police haïtienne (MMAS), sous-équipée et sous-financée. Mais à ce stade, seul un contingent de 400 soldats tchadiens est arrivé à Port-au-Prince. Les quartiers nord de Port-au-Prince, dont Cité Soleil, avaient déjà subi de violents affrontements en mars et en avril, entraînant le déplacement de près de 8.000 personnes selon l'ONU.

Pour mémoire, un million de personnes avaient été déplacées en Haïti en 2024, plus de la moitié étant des enfants. Ce chiffre était déjà trois fois plus élevé qu'un an auparavant, alertait alors l'OIM. Les gangs et réseaux criminels qui ont pris le pouvoir sur l'île sont les principaux responsables de cette explosion de déplacements.

L'Église, source d'apaisement dans le chaos

Au milieu d'un pays gangrené par la brutalité, où les services publics sont paralysés et où règne la loi du talion, l'Église semble s'imposer comme l'une des seules institutions source de stabilité. Diocèses, paroisses et communautés religieuses tentent de maintenir tant bien que mal un lien d'apaisement avec une population écorchée vive. En témoigne, entre autres, la famille Kizito, cette communauté fondée par sœur Paësie qui s'occupe depuis sept ans des enfants des bidonvilles en veillant à leur éducation. "Tant qu’il y a des enfants à protéger à Haïti nous restons", avait témoigné la religieuse à Aleteia en novembre 2024.

Cet engagement n'exclut pas pour autant le danger : les groupes armés s'en prennent régulièrement aux figures de l'Église, qu'il s'agisse de prêtres ou de religieuses. En février 2023, le père Antoine avait ainsi été enlevé avant de réussir à s'évader ; un mois plus tard, c'était au tour du père Jean-Yves. En janvier 2024, six religieuses, puis six frères du Sacré-Cœur devenaient otages. Ces enlèvements à répétition témoignent "d’une absence totale de morale de la part des gangs, qui s’attaquent à toute personne susceptible de leur rapporter de l’argent", écrivait sur Aleteia Jean-Baptiste Noé, géopoliticien. "L’Église étant la seule structure politique qui demeure, si elle est attaquée, c’est le dernier pilier d’Haïti qui s’effondrera."