Pâques derrière nous, les semaines qui suivent sont celles des premières communions et professions de foi, nombreuses et heureuses. Des enfants reçoivent pour la première fois le corps du Christ ou renouvellent l’engagement de leur baptême avec ferveur dans la fraîcheur de leurs cœurs purs. Ils seront les apôtres, les prêtres et missionnaires, les religieux de demain. Ils choisiront d’être pères et mères de famille engagés, ils annonceront la parole aux générations à venir ; formidable continuité et fécondité de l’Église.
Quelles que soient leurs croyances, leurs pratiques, leurs époques, les peintres ont toujours représenté Marie avec une attention et un respect, un amour infini.
Une difficulté de peintre
Ma petite-fille vient de faire sa première communion, joie immense pour elle, pour toute sa famille, mais difficulté pour son grand-père à qui elle a demandé de peindre la Vierge Marie pour illustrer le livret de messe. Une difficulté de peintre, certes mais surtout la profonde émotion d’imaginer les traits du visage de la Mère de Notre Seigneur.
Peindre la Sainte Vierge, peindre Marie et l’Ange Gabriel, Marie mère de Dieu, mère à l’Enfant, mère au pied de la croix, mère de la Pentecôte, combien d’artiste depuis des siècles se sont attachés à la Sainte Vierge pour lui donner un visage, un sourire, la compassion et l’amour maternel ! Quelles que soient leurs croyances, leurs pratiques, leurs époques, les peintres ont toujours représenté Marie avec une attention et un respect, un amour infini.
Notre besoin de voir
Elle a pris mille visages, elle a toujours le même, celui de la bonté : jeune fille attentive et émerveillée dans la fresque de Fra Angelico, mère à l’enfant au visage si doux, si beau de Botticelli, mère accomplie et mature, femme âgée, elle est espérance dans la Trinité de Masaccio.
Pourquoi toutes ces œuvres, pourquoi peindre la Sainte Vierge dont personne ne connaît les traits ? Pourquoi créer des statues pour perpétuer le souvenir des apparitions ? Nous reconnaissons du premier coup d’œil la Vierge de Fatima, celle de Lourdes ou celle de Velankanni. Certes, il y a eu des commandes au cours des siècles, et aujourd’hui encore, l’art religieux existe et soutient la beauté des lieux religieux, églises et cathédrales. Mais ce n’est pas la seule explication. Comme le Christ est incarné, nous avons besoin de voir la représentation de la Sainte Vierge avec nos yeux. Hommes de chair, nous sommes portés par ces images pour dépasser l’évocation matérielle et élever nos prières avec le sourire de la jeune fille qui reçoit l’Ange Gabriel ou la Mère blessée et confiante de la Pentecôte.
Cet instant de confiance
Nous avons aussi cet apparent paradoxe : un seul visage et tant de visages qui nous portent chaque jour. Les visages de la femme confiante, la mère comblée, la femme aimante, la mère sachant et silencieuse, la mère écoutant, mère au pied de la Croix, femme de sacrifice, élue de Dieu percée de glaives et déjà proche du Ressuscité, l’apôtre parmi les apôtres, la femme élevée au ciel dans la gloire. Alors l’artiste ne peut pas aborder le portrait de cette femme dont il ne connaît aucun trait comme un autre, il ne peut se contenter de prendre un modèle de jeune femme pour incarner celui de la Mère de tous. La lecture des évangiles, la prière sont des préalables indispensables pour donner la dimension spirituelle de l’œuvre.
Peindre est aussi prière quand il s’agit d’un thème religieux.
L’artiste doit se sentir touché par une scène de la vie de la Vierge, par exemple à Cana. L’enlumineur des Très Riches Heures de Jean de Berry ou Véronèse ont vécu de la même façon cet instant de confiance, ils l’ont médité, gravé dans leur cœur avant de le poser sur le papier ou sur la toile chacun à sa manière. L’écriture des icônes est une prière : on ne peint pas, on prie en reprenant les gestes ancestraux des premiers iconographes. Peindre est aussi prière quand il s’agit d’un thème religieux.
Priez et contemplez
Qu’en conclure ? Vous êtes artiste, priez et peignez, vous n’êtes pas artiste, priez, contemplez et traduisez ce que vous voyez en esquissant quelques traits, en rédigeant un poème ou en chantant les notes d’un cantique de votre invention. Notre Mère incarnée et élevée au ciel est présente chaque jour : prendre le temps de lui donner un visage, le son d’une parole ou une forme artistique nous la rend plus proche encore même si le résultat est modeste. Peindre, sculpter, écrire sont d’autres façons de prier et tous les artistes ont connu et connaissent cette vivifiante émotion.









