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Le témoignage lumineux de sœur Magda, religieuse dans un camp de réfugiés au Liban

Petites sœurs de Nazareth, Dbaye, 16 mars 2022. Soeur Magda.

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Laura Marchais - publié le 11/05/26
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Invitée à témoigner à Paris ce 11 mai à l’occasion des 170 ans de L’Œuvre d’Orient, sœur Magda Smet, religieuse des Petites Sœurs de Nazareth installée au camp de Dbayeh, au Liban, depuis plus de 50 ans, raconte son quotidien auprès des réfugiés palestiniens et des familles déplacées. Une vie donnée aux plus vulnérables, portée par la foi, l’amitié et une espérance inébranlable. Rencontre.

Elle n’était de passage à Paris que pour quelques jours. Ce lundi 11 mai, lors d’une conférence de presse organisée à l’occasion des 170 ans de L’Œuvre d’Orient, sœur Magda a raconté d’une voix douce mais ferme la vie de ceux que l’on entend si peu. "C’est pour vous que je pars. Afin de parler de vous", confie-t-elle à ceux qui l’avaient suppliée de ne pas quitter le camp de Dbayeh, au Liban. À travers son témoignage, cette religieuse belge a mis un visage sur les chiffres du sondage Ifop : si 39% des Français se disent sensibles au sort des chrétiens d’Orient et qu’un tiers attend de la France et de l’Église en France un engagement concret en leur faveur, ces statistiques racontent avant tout l’histoire d’enfants traumatisés par la guerre, de familles sans ressources et d’une religieuse qui, depuis 1970, a choisi de faire de leur détresse sa mission.

"La plus grande souffrance, est de ne pas pouvoir vivre dignement"

Religieuse de la congrégation des Petites Sœurs de Nazareth, sœur Magda Smet est arrivée au Liban en 1970. Fidèle à la spiritualité de Charles de Foucauld, elle résume sa vocation en quelques mots. "Nous voulons vivre une présence aimante, une solidarité gratuite avec la population qui nous entoure, composée de personnes vulnérables, sans voix, sans importance aux yeux du monde, mais avec lesquelles Jésus s’est identifié." Avec ses sœurs, elle choisit de partager la vie des réfugiés palestiniens. Après plusieurs déplacements dus aux conflits, la communauté s’installe en 1987 dans le camp de Dbayeh, au nord de Beyrouth. "Les réfugiés palestiniens vivent une réalité complexe, faite de personnes sans pays, de jeunes sans avenir, d’ouvriers qui ont peu de possibilités de travail et de très peu de droits", explique sœur Magda.

"Plus que jamais, les enfants ont besoin d’un câlin, de faire la fête, de danser, de jouer."

Lorsque nous lui demandons quelle est aujourd’hui la principale difficulté rencontrée par les familles qu’elle accompagne, sœur Magda s’attriste : "la plus grande souffrance, c’est de ne pas pouvoir vivre dignement". Derrière ces mots, elle évoque des réalités très concrètes, comme l’accès aux soins, à l’éducation, à un travail et au droit d’avoir un pays. Dans un Liban plongé dans une crise profonde depuis 2019 et fragilisé par les conflits régionaux, les familles, dit-elle, "ne tiennent plus". "La croix est trop lourde", poursuit-elle en pensant à ces parents qui ne savent plus comment nourrir leurs enfants.

Ce sont les plus jeunes qui préoccupent le plus sœur Magda. "Plus que jamais, les enfants ont besoin d’un câlin, de faire la fête, de danser, de jouer." Dans le camp, beaucoup d’enfants souffrent de troubles de l’apprentissage et de traumatismes psychologiques, souligne la religieuse. "Ces enfants vivent du matin jusqu’au soir les guerres", explique-t-elle. Orthophonistes, psychomotriciens, psychothérapeutes, les besoins sont immenses. Mais, au-delà des soins, sœur Magda insiste sur l’essentiel : "offrir aux enfants le droit d’être simplement des enfants".

Une fraternité sans frontières

Au fil des guerres, le camp de Dbayeh a profondément changé. Jadis majoritairement chrétien, il accueille désormais des familles venues de tous horizons. "On ne laisse pas des familles avec des enfants vivre dans les rues" témoigne sœur Magda. Le camp de Dbayeh est ainsi devenu "le lieu où tout le monde est accueilli". Réfugiés, déplacés, chrétiens, musulmans ou autre religion, chacun peut venir demander de l’aide "sans avoir honte", ajoute-t-elle.

"La plus grande catastrophe de l’Orient serait que les chrétiens partent."

À l’occasion de ses 170 ans, l’Œuvre d’Orient a rappelé sa mission. Soutenir les chrétiens d’Orient non par pitié, mais "dans une relation d’amitié et de fraternité". Son directeur général, Mgr Hugues de Woillemont insiste, "ces chrétiens n’ont pas besoin de pitié mais qu’on les remercie pour leur témoignage et que l’on se mette à leur école". Cette solidarité trouve un écho particulier chez sœur Magda. "Pour moi, l’Œuvre d’Orient, c’est la France", affirme-t-elle avec reconnaissance. "Les visites, les dons, les messages de prière sont autant de petits signes que Dieu envoie pour soutenir ceux qui restent".

En écho à son témoignage, le sondage présenté par Jérôme Fourquet lors de la conférence de presse montre que 40% des Français souhaitent permettre aux chrétiens d’Orient de rester vivre dans leur pays s’ils le désirent. Une préoccupation qui rejoint l’une des convictions les plus fortes de sœur Magda, pour qui "la plus grande catastrophe de l’Orient serait que les chrétiens partent".

"Cette population est ma famille"

Après plus d’un demi-siècle au Liban, sœur Magda ne parle plus de mission, mais de liens familiaux. "Cette population est ma famille, ce sont mes frères et sœurs". Elle poursuit, "quand mes frères et sœurs ont mal, moi, je ne peux pas les laisser ainsi, et je me dois de le partager".

Dans un Proche-Orient meurtri, où les chrétiens du Liban continuent de témoigner malgré les guerres et conflits, la présence discrète de sœur Magda se résume simplement à rester, aimer et partager. Et, avec ceux qu’elle accompagne depuis plus d’un demi-siècle, à continuer d’espérer en "cet autre monde de paix et d’amitié".

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