Isaure Rigal, 30 ans, est restauratrice d'œuvres d’art. Entourée de son mari et de ses deux petits garçons, elle a établi son univers d’artiste au cœur du Vaucluse. C’est pourtant à presque mille kilomètres de là qu'Isaure passe sa tendre enfance, dans la belle ville de Bruges, en Belgique. Fille d’un antiquaire-décorateur et d’une historienne d’art, Isaure a baigné dans un milieu artistique avec ses quatre frères et sœurs. "Ils ont éduqué notre œil aux belles matières, aux intérieurs chaleureux et harmonieux ; et plus généralement au Beau", explique la jeune fille à Aleteia.
Les parents d’Isaure ont en commun la passion pour l’esthétique. Ils ont naturellement transmis à leurs enfants le goût des belles choses et la recherche du Beau en toutes circonstances. C’est au fil des vacances familiales que l’oeil de la jeune fille s’affine : elle est éblouie par le tourbillon de visites de palais florentins, de châteaux du National Trust, de monastères, d’églises, de jardins d’exception, de musées immersifs, de petits villages magnifiques… Forte de cet héritage familial et artistique, Isaure prend goût à cette passion. Elle sourit en se souvenant de son père les mettant au défi, lorsqu’ils étaient plus jeunes : "Qu’est-ce qui fait que cette pièce est réussie ?"; "Qu’est-ce qui manque à cet endroit pour qu’il soit chaleureux ?", etc.

Depuis 2019, elle est plongée dans le passionnant métier de la restauration-conservation d’œuvres d’art. Elle mène ses études avec enthousiasme et apprend l’artisanat sur le terrain, grâce à ses nombreux stages. Après ses études et ses premiers clients à Paris qu’elle reçoit chez sa maître de stage, elle se marie et s’installe à Marseille où elle continue de travailler dans son petit atelier. Très récemment, elle déménage près de Carpentras, à la campagne, et installe un grand atelier, l’Atelier d’Isaure, capable de recevoir de plus grands formats. Ses clients sont, pour la plupart, des particuliers, mais aussi des collectionneurs, des propriétaires de châteaux ou musées privés, des antiquaires ou brocanteurs. Elle continue de prendre des commandes de toute la Provence, et de la Belgique où elle retrouve toujours avec autant de joie ses parents et sa fratrie. Elle choisit en partie ce métier car il est compatible avec une vie de famille.
Claire de Castelbajac confirme sa vocation d’artisan
Isaure a la foi et s’en remet à Dieu pour le choix de son futur métier. C’est après une neuvaine au bienheureux Alvaro del Portillo, que la lecture de la biographie de Claire de Castelbajac éclaire la jeune fille : "Comme elle, je veux devenir restauratrice d’art !".
En effet, celle qui choisit de vivre dans la joie de Dieu était restauratrice de fresques à Assise. "Mon père m’a évidemment encouragée quand je lui ai fait part de ce désir", raconte Isaure. Et de replonger dans ses souvenirs : "Mon père étant antiquaire, je l’ai toujours vu proche des objets d’artisanat ou d’art : il prend les tableaux dans ses mains, retape ou repeint des meubles et se balade presque toujours avec des échantillons de tissus dans sa voiture. Cette intimité avec l’art et l’artisanat m’attirait. Moi aussi je voulais vivre avec les œuvres d’art de manière privilégiée : les manipuler, les examiner, les connaître en profondeur, et apprendre à les restaurer ! J’avais envie d’accéder à ce monde mystérieux réservé à ceux qui en ont le savoir-faire."
Isaure réalise que finalement tous ses frères et sœurs, eux aussi, ont bifurqué vers un métier où le Beau est central. La transmission familiale est évidente et ils sont très reconnaissants envers leurs parents qui leur ont transmis cette exigence esthétique, ainsi que le bonheur d’avoir un savoir-faire assez concret. C’est quelque chose qu’ils ont en commun et qui les unit.
"C'est l’œuvre d’art qui conditionne la restauration, et non l’inverse"
Le métier de restaurateur d'œuvres d’art est très spécifique. Restauration et conservation sont les deux revers d’une seule médaille. La restauration est tout ce qui concerne la partie dite "esthétique" : les retouches, le vernis etc. La conservation concerne plutôt le support : réparer les déchirures d’une toile, la remettre en planéité, traiter des moisissures sur le bois d’un panneau peint etc. À l’époque, c’était un métier secret : chaque atelier était très indépendant. Il n’y avait pas de déontologie commune au métier de restaurateur d’œuvres d’art. C’est au moment des inondations de Florence dans les années 1960 et les dégâts sur des grandes œuvres, qu’une vraie déontologie a été nécessaire et que les écoles de restauration d’art ont émergé.

Isaure aime se rappeler la citation de Cesare Brandi (critique d’art italien) : "C'est l’œuvre d’art qui conditionne la restauration, et non l’inverse". En effet, chaque tableau a une histoire unique et nécessite une application parfaitement adaptée, parfois encore jamais mise en œuvre. Le restaurateur d’art doit s'adapter en permanence et ne doit surtout pas être rigide ! Pour la jeune fille : "Beaucoup de patience, un certain goût pour la lenteur et la répétition parfois quasi monacale ; un attrait pour le travail manuel bien fait. L’audace aussi…" sont autant de qualités requises pour mener à bien ce métier.
J’aime beaucoup restaurer les tableaux religieux anciens, cela me permet de dialoguer un peu avec le Ciel …
Isaure Rigal est une jeune fille passionnée et passionnante ! C’est très agréable de discuter avec elle, son métier la fait tout bonnement rayonner. "Ce qui me motive dans ce merveilleux métier, c’est de voir les tableaux s’illuminer progressivement, parfois au-delà de ce que je pouvais imaginer, et de montrer le résultat au client, échanger avec lui", confesse Isaure, avant de poursuivre : "Ce que j’aime aussi, c’est créer un univers dans mon atelier, dont je suis la seule à connaître tous les secrets, les outils et les produits. J’ai voulu que ce soit un bel endroit agréable à côtoyer : j’aime y passer du temps, même en dehors des heures de travail pour contempler ou bien rêvasser."
À travers son métier, la restauratrice d'œuvres d’art voit comme un appel à la prière quotidienne. "J’aime beaucoup restaurer les tableaux religieux anciens, cela me permet de dialoguer un peu avec le Ciel… le travail devient alors Contemplation ! Les anciens avaient une grande intelligence des matières, ce qui rend la restauration plus agréable", témoigne Isaure.
Doux quotidien entre coups de pinceaux et vie de famille
Jeune mère de famille, Isaure attache beaucoup d’importance à son équilibre familial. Grâce à son atelier installé à domicile et à son statut d’auto-entrepreneur, la jeune fille ressent une grande liberté. Et elle est y attachée à cette liberté ! Liberté sacrée, liberté chérie. Issue d’une famille d’entrepreneurs, elle ne se serait jamais imaginée travailler autrement. Elle apprécie également énormément la dimension solitaire de son artisanat ; sans dénigrer le travail collectif qu’elle trouve très enrichissant comme L’enlèvement de Dejanire par le Centaure, grand tableau qu’elle a restauré récemment avec Osanne Darantière et leur stagiaire Camille Barreau.
Saint Joseph, protecteur des artisans, veille sur son atelier depuis son bureau. Il lui arrive de prier pour telle ou telle restauration. Saint Joseph l’aide probablement à discerner. "Quand je suis face à un tableau religieux, le travail peut devenir une prière. Vous me demandiez si j’avais une devise pour mon travail. Dans ma vie ce serait cette magnifique phrase de l’Évangile : "Cherchez premièrement le Royaume des Cieux, tout le reste vous sera donné par surcroît" (Mt. 6, 33). J’essaie de me soucier uniquement de ma foi, et toutes les choses du monde s’ordonnent par rapport à cela. Et c’est vrai", conclut Isaure Rigal.










