Aller au contenu principal

Cette expérience d’un Dieu qui marche à nos côtés

4 min de lecture
benoist-de-sinety-tribune-aleteia

Crédit : Aleteia

Rien de tel qu’un pèlerinage à pied recommencé chaque année, raconte le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille, pour porter le sac de son existence sous le regard de ses frères chrétiens. Et faire l’expérience de la miséricorde qui ne nous laisse jamais seul. 

Partager sur :

Quand plus rien ne va, quand tout semble s’abattre sur nos têtes, quand on n’y comprend plus rien à force d’être submergé par le sentiment de l’injustice ou par la peur de la souffrance, que reste-t-il ? Nous sommes tous régulièrement confrontés à ces cris de détresse ou à ces paroles inquiètes : plus nous sommes reconnus comme croyants et plus nous y sommes aussi convoqués. Non que nous ayons réponse aux angoisses de chacun et de tous. Mais parce que, étonnamment, transparaît dans le visage du croyant le regard de Celui dont il se réclame. Quand plus rien ne tient autour de nous, il reste ce regard. Regard qui est communion de Dieu, communion en Dieu. Regard qui révèle l’éternité amoureuse de la miséricorde livrée et abandonnée.

Le sac de nos existences

Voici dix années que j’ai ce privilège de marcher chaque année une semaine avec un groupe de pèlerins vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Un groupe formé à la suite du synode sur la famille, et composé de baptisés qui portent tous le chagrin d’un divorce ou d’une séparation. Célibataires ou de nouveau unis, nous voici parvenus ce matin aux portes de la ville. Au milieu d’une foule nombreuse, bigarrée, pleine d’espérance et de foi. 

Chacun porte son sac. Il peut être lourd des passés subis ou provoqués, d’un avenir parfois compliqué par la maladie ou l’incertitude. Il est aussi, ce sac de nos existences, le réceptacle de tous les trésors que la vie nous réserve : dans la cathédrale, il y a des pèlerins, un groupe de détenus qui vient de Séville, des amis coréens, des Flamands, des Italiens, des Latino-américains et même le drapeau breton qui flotte de par le vaste monde en tout lieu et toute circonstance !

Œuvres de communion

Il y a dix ans, le groupe partait de Conques, gravissant avec efforts la montée vers la chapelle Sainte-Foy. Aujourd’hui, nous descendons joyeusement le Mont-de-la-Joie, guidés par les trois flèches qui annoncent le but. Nous avons tous pris dix ans de plus. Forts, dans chaque famille, de nouvelles naissances, et marqués, au fond de nous-mêmes, de nouveaux deuils.

L’Écriture méditée au fil des kilomètres, les messes célébrées dans une même ferveur, l’amitié partagée et les confidences livrées : œuvres de communion. La vie ne s’est pas allégée, aucun souci n’est épargné. Mais il y a peut-être, un peu ancrée dans le cœur de chacun, cette expérience d’un Dieu qui marche à nos côtés et cale ses propres pas au rythme des nôtres. Dans la lenteur de leurs fatigues et dans la légèreté de leurs désirs. Et, finalement n’est-ce pas cela la Miséricorde, que de venir non pas empêcher de souffrir mais plutôt ne pas nous laisser pleurer seul ?

Le témoignage d’un amour livré

"Les pèlerins de Saint-Jacques ont construit l’Europe" peut-on lire sur le sol de la ville en y pénétrant. "La marche vers Saint-Jacques pétrit les cœurs", pourrait-on graver aussi. Et ce sont ces cœurs-là, pétris par la longue marche, qui se laissent accompagner par Dieu, qui sont appelés à être dans ce monde où le sens peut si vite se perdre, afin d’y rendre le témoignage d’un amour qui n’existe que parce qu’il est livré.