Le père George Ehusani vit au Nigéria, un pays meurtri par une violence incessante : plus de 500 personnes y ont été tuées par le terrorisme en 2024 et 4 300 enlèvements ont été recensés en 2023. Alors que certains auraient pu céder au découragement ou à la peur, lui a choisi de répondre par l’espérance. Dans la capitale, Abuja, ce prêtre a lancé un projet ambitieux : construire le plus grand centre de guérison d’Afrique. Pour y parvenir, il s’appuie sur trois forces essentielles : sa sensibilité à la souffrance humaine, sa foi et l’engagement de ceux qui choisissent de le rejoindre.
Panser les blessures
Confronté de près aux abus et aux violences qui ravagent son pays, le prêtre vient en aide depuis des années aux personnes qui ont subi la violence. "Pratiquement tous les Nigérians sont traumatisés aujourd'hui", affirme-t-il, affirmant que chaque jour ou presque, des personnes sont tuées, enlevées ou contraintes de fuir leur foyer. "Bien souvent, ils ne peuvent rien changer à ce qui leur est arrivé. Mais ce qu'ils peuvent changer, c'est leur regard sur ce qui s'est passé", déplore-t-il.
C’est pour leur venir en aide qu’il a décidé de lancer son projet, en lien avec l’Aide à l’Église en Détresse, dans la capitale du pays en rachetant un vaste hôtel laissé à l’abandon pour le rénover et l'utiliser comme campus. En parcourant les couloirs encore en ruines, le père George imagine déjà très bien ce que deviendra ce lieu : salles de classe, chapelle… Le centre ambitionne de proposer une formation "psycho-spirituelle" à grande échelle, afin de pouvoir soigner des millions de personnes traumatisées, déprimées, en détresse et ayant besoin de soutien et d’aide.

Le père George ne mène pas ce combat seul. Autour de lui, une équipe entière participe à la construction et à la réflexion autour du futur centre de soins. Parmi eux, le Dr Alex, engagée dans le projet, souligne combien cette formation est essentielle face aux traumatismes qu’elle rencontre quotidiennement à l’hôpital. "Je dois annoncer à une patiente qu'elle a un cancer du sein, explique-t-elle. Avec l'expérience, j'essaie de l'aider à mieux accepter la nouvelle pour qu'elle puisse y faire face et poursuivre son traitement." Aisha, quant à elle, a suivi une formation spécifique destinée aux personnes déplacées par les violences. Elle propose désormais un accompagnement psychologique aux victimes. "Il serait très important que d'autres personnes suivent cette formation", affirme-t-elle.
Ainsi, malgré les persécutions, l’Église continue d’offrir pardon, prière et guérison dans un pays où elle figure parmi les principales cibles des groupes terroristes. Bien que les chrétiens représentent près de la moitié de la population nigériane, ils subissent de fortes discriminations religieuses, particulièrement dans le nord du pays. Selon un rapport de la conférence épiscopale nigériane, plus de 200 prêtres ont été enlevés au cours des dix dernières années. Pourtant, malgré le manque de moyens et l’insécurité permanente, le Nigéria compte aujourd’hui plus de 6.500 séminaristes et chaque année, entre 300 et 400 jeunes hommes y sont ordonnés prêtres.






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