Les épisodes évangéliques où la Vierge Marie apparaît sont assez rares pour que nous n’en négligions aucun des enseignements ni aucune des grâces. Parmi ces épisodes, le récit des noces de Cana (Jn 2, 1-12) nous fournit des révélations décisives sur la mère de Jésus. Nous n’en retiendrons ici qu’une seule : la faculté qu’elle avait de repérer les besoins, tant spirituels que matériels, des hommes. En effet, ce fut elle qui avertit Jésus que le vin venait à manquer. Or, les noces juives de ce temps duraient une semaine et le vin constituait un élément essentiel des festivités. Aussi, le manque de vin risquait-il de gâcher la fête. Laissons ici de côté la signification spirituelle de ce manque sur laquelle nous reviendrons. Bornons-nous, pour le moment, à constater que la mère du Messie a tout de suite perçu que la noce risquait de tourner au fiasco.
Une mère attentive aux besoins des hommes
Que conclure de cette perspicacité et de cette sollicitude ? Celles-ci démontrent que Marie était constamment attentive aux besoins des hommes. La "pleine de grâce" était tout amour pour eux. À l’instar de son Fils, la charité la portait à ressentir leurs peines et leurs joies. Et quand leurs réjouissances légitimes étaient menacées, son amour intuitif lui faisait deviner et constater les causes du danger qui les guettaient. Voilà pourquoi elle remarqua l’absence de vin et en avertit Jésus.
L’aide de la Vierge nous est une aide inestimable. Si nous la prions, elle saura nous indiquer les personnes qui sont en difficulté, qui souffrent.
Or, la Vierge, depuis qu’elle est au ciel, n’a pas changé. Elle est restée la même que celle qui accompagnait son Fils sur les routes de Palestine. Dans sa gloire céleste, son attention à remarquer les causes des détresses des hommes a même été multipliée par sa nouvelle condition et les facultés que celle-là lui confère. Aussi, rien ne lui échappe des soucis et des détresses des frères et sœurs de son Fils qui sont également ses enfants. Tel est un des enseignements majeurs que l’on peut tirer de l’épisode des noces de Cana. Nous autres, sur terre, même avec la meilleure volonté et les meilleures dispositions, n’avons pas toujours la claire vision des détresses de nos frères humains. Sans être indifférents à leurs besoins, nous passons souvent à côté d’appels aux secours non formulés. Il nous manque l’acuité spirituelle pour les détecter.
Une aide inestimable
C’est là où l’aide de la Vierge nous est une aide inestimable. Si nous la prions, elle saura nous indiquer les personnes qui sont en difficulté, qui souffrent. Mieux, si nous le lui demandons, elle nous donnera des yeux pour percevoir les causes de leurs malheurs. Alors, nous deviendrons clairvoyants et serons en mesure de mieux préciser les objets de notre prière à adresser à Dieu ou à Elle. Nos demandes gagneront en efficacité et en intensité parce qu’elles porteront sur un point précis et sur des personnes particulières.
De plus, les failles ou les souffrances intimes de nos proches nous demeurent parfois inconnues. Dans ce cas, une lumière surnaturelle est requise pour les détecter. Non par curiosité malsaine, mais pour soutenir ces personnes dans leur chemin de croix qu’ils désirent parfois garder caché. Demander à la Vierge de nous faire voir ces souffrances, ce n’est pas devenir indiscret mais faire grandir le Royaume en portant le fardeau des autres dans la prière et la communion des saints.
L’aide de Marie pour détecter les blessures cachées
L’aide de la Vierge sera d’autant plus précieuse ici que son conseil élargit toujours la portée de nos prières en les concentrant sur l’essentiel. En effet, elle nous signalera alors les points névralgiques où faire porter la prière pour telle personne. Au sujet de nos proches, nous concentrons souvent nos demandes sur des domaines particuliers, visibles et objectifs : santé, malheurs familiaux connus de tous, préoccupations professionnelles. Cependant, le mal est parfois plus profond : manque de foi, en Dieu ou dans les proches, perte de toute espérance, etc. Or, ces points sont beaucoup plus décisifs pour la santé mentale et spirituelle de cette personne que nous croyons connaître, que les malheurs apparents, objets de notre sollicitude.
Marie est infaillible pour déceler les blessures de chacun de nous
Ce sont ces souffrances cachées que la Vierge est en mesure de nous révéler afin que nous les portions, en toute discrétion, dans la prière. De même qu’elle fut la première à remarquer l’absence de vin aux noces de Cana, de même Marie est infaillible pour déceler les blessures de chacun de nous. C’est ainsi qu’elle dirigera nos regards sur une personne que rien n’avait signalé auparavant à notre attention, mais au sujet de laquelle elle nous révélera le secours spirituel et urgent dont elle a besoin. En effet, la Vierge voit plus loin que l’apparence et discerne les dangers mortels et imminents qui guettent certains d’entre nous. Sur ces cas précis, eu égard à leur importance, il n’est pas superflu d’avoir recours à ses lumières.
La question du salut
Car la sollicitude de Marie s’étend bien au-delà de la santé physique ou du trou d’air psychologique : telle une mère qui sait hiérarchiser les priorités, elle a d’abord souci de notre salut. Et c’est précisément sur le salut en péril de telle personne particulière qu’elle peut attirer notre attention. Là réside d’ailleurs la signification spirituelle de son intervention à Cana : elle signale à Jésus que les moyens de l’Ancienne Alliance ne suffisent plus à assurer le salut d’Israël et que l’heure a sonné du vin nouveau de la Nouvelle Alliance pour porter à sa plénitude la joie des hommes, amis de Dieu. On connaît la réponse de Jésus : l’heure n’était pas encore venue mais elle était imminente. Ce seraient la Croix et la Résurrection.
Cependant, maintenant que la Vierge Marie est au ciel, la situation est quelque peu différente. Quand elle nous signale une détresse où il en va du salut d’une personne, la prière devient urgente et ne souffre plus de délais. Et ces dangers existentiels, qui échappent à nos yeux de chair, nous concernent nous aussi. Il n’est pas seulement alors question du salut des autres, mais aussi du nôtre dans notre recours à la Vierge Marie ! Car la première personne à qui porter secours, c’est souvent soi-même.






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