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Entre silence coupable et silence souhaitable, il faut choisir

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Henri Quantin - publié le 06/05/26
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S’il y a certains silences coupables, il y a beaucoup de condamnations systématiques et imposées dont il serait juste et prudent de s’abstenir, plaide l’écrivain Henri Quantin.

"Je reconnais devant mes frères que j’ai péché, en pensée, en parole, par action et par omission." Aucun doute, l’omission peut concerner autant les paroles que les actes. Avoir tu une vérité bonne à dire, un témoignage d’amitié envers une personne qu’on calomniait, un désaccord vis-à-vis d’une attaque injuste, tout cela a sa place dans un examen de conscience. Certains silences sont fautifs, cela va de soi.

Le droit de ne pas commenter

Un peu différente nous semble la tendance actuelle à s’insurger contre le silence, jugé complice, de tous ceux qui ne condamnent pas à longueur de jour ce que l’actualité présente comme obligatoirement damnable. Il est certes légitime de s’étonner d’une indignation à géométrie variable, qui se tait dès que le coupable n’est pas dans le camp souhaité. Il est également logique d’appeler les responsables d’un parti politique ou d’une institution à condamner clairement les méfaits de leurs membres, puisqu’ils sont directement concernés. En revanche, exiger des désaccords publics avec tous ceux que le tribunal médiatique vilipende, c’est non seulement étendre dangereusement le péché par omission, mais plus encore considérer comme une obligation morale d’être sans cesse plongé dans toutes les polémiques du moment, quel que soit leur intérêt ou leur légitimité. On peut comprendre à la rigueur que cela soit attendu de ceux qui ne ratent jamais une occasion de commenter tout ce qui arrive en entonnant "Let’s tweete again...". En revanche, pour qui considère qu’une parole n’a de sens que par le silence qui la précède et qui la suit, le droit de ne pas commenter apparaît inaliénable.

Garder l’esprit libre

La meilleure raison en est qu’un esprit libre ne se laisse pas dicter par le tribunal de l’opinion les sujets dont il doit parler. Nul ne l’illustre mieux que le Christ, qui ne tranche pas quand on le somme de prendre parti : "Maître, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?" (Jn 9, 2) La réponse du Christ, comme toujours, déplace et élève la question, dans une liberté absolue vis-à-vis de ce qu’on voudrait lui faire dire : "Ni lui, ni ses parents, mais c’est afin que soient manifestés en lui les œuvres de Dieu." Pour la dénonciation des coupables proposés, on repassera. Les disciples n’ont pas plus de succès dans leurs bonnes intentions que les scribes et les pharisiens dans leurs mauvaises : "Dans la loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu ?" (Jn 8, 5) On sait que, là encore, la réponse attendue — exigée ? — ne viendra pas.

Le système de l’immédiateté

Dans le cas des condamnations médiatiques obligatoires, qui ne voit que c’est ainsi que le système de l’immédiateté se nourrit et se multiplie sans cesse : toute phrase ou toute action supposeraient ainsi cent répliques, mille désaveux, dix mille réactions offusquées. Je constate, dit un accusateur d’un air entendu, que vous n’avez rien dit suite à telle déclaration de Donald Trump, de Vladimir Poutine, de Benyamin Netanyahu, de Vincent Bolloré, de Charles Alloncle... Comment pouvez-vous vous taire, accuse un autre, face aux provocations de Rima Hassan, aux blagues de Guillaume Meurice, aux violences de la Jeune Garde… ? Et s’il s’agissait d’abord d’une respiration de l’esprit, d’une déconnexion salutaire, d’une fuite de l’universel bavardage, d’une échappée hors de l’anecdotique triomphant. Ajouter sa condamnation à cent autres, n’est-ce pas souvent se contenter de participer au brouhaha ?

"Qui ne dit mot consent." On sait désormais quelle violence sexuelle peut se cacher derrière la maxime. Faut-il la recycler pour soupçonner de complicité ceux qui tentent d’échapper à l’ère du commentaire compulsif de tout ce qui se fait, de tout ce qui s’écrit, de tout ce qui se dit ? Si on ne peut nier qu’il y ait des silences coupables, on gagne sûrement à être prudent avant d’accuser l’autre de ne pas avoir dénoncé tantôt les horreurs objectives, tantôt les simples déclarations douteuses que l’actualité déverse indistinctement à flux continu. Bref, on est prié de ne pas faire du péché par omission un alibi pour pratiquer le crime d’intention.

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