separateurCreated with Sketch.

Andorre : entre deux princes, il faudra choisir

Andorre : entre deux princes, il faudra choisir

Le président français et coprince d'Andorre Emmanuel Macron et le coprince d'Andorre Mgr Josep-Lluis Serrano Pentinat lors de la visite du président de la République française dans le micro-État d'Andorre le 28 avril 2026.

whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Fabrice de Chanceuil - publié le 05/05/26
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Monaco et Andorre, deux principautés européennes, deux régimes de relation avec le catholicisme. Le soutien apporté à Andorre par le président Emmanuel Macron au projet de dépénalisation de l’avortement pourrait provoquer une crise politique avec l’Église.

Le président de la République française, Emmanuel Macron, s'est rendu les 27 et 28 avril derniers en Andorre en sa qualité de coprince de cet État enclavé entre la France et l'Espagne. Après le voyage du pape Léon XIV à Monaco le 28 mars précédent, c'est la deuxième fois cette année qu'une principauté européenne se trouve sous le feu de l'actualité mais dans un contexte très différent et avec des discours bien opposés.

La place du catholicisme

Avec ses 468 km2, Andorre pourrait presque paraître comme une super-puissance avec un territoire deux cent cinquante fois plus grand que celui de son homologue monégasque dont elle se distingue aussi par la forte altitude, Andorre-la-Vieille étant la plus haute capitale d'Europe à 1 023 mètres d'altitude, là où Monaco se situe au niveau de la mer. Toutefois, les deux États, bien que tous deux des principautés, présentent des différences. C'est le cas, notamment, de la place de la religion catholique.

À Monaco, le catholicisme est religion d’État et c'est la raison pour laquelle le prince Albert II s'est récemment opposé à la légalisation de l'avortement qu'avait voté le Conseil national. C'est sans doute cette décision qui avait valu la visite du pape Léon XIV le 28 mars dernier dans la principauté et de ses propos très élogieux à l'égard des institutions monégasques.

Le pouvoir des coprinces

En Andorre, depuis la nouvelle Constitution de 1993, il n'y a plus de religion d’État ni officielle mais une "religion favorisée", l'article 11 du texte indiquant qu'il "garantit à l’Église catholique le maintien de ses relations particulières avec l’État, conformément à la tradition andorrane". En outre, l'autre coprince, qualifié d'"ecclésiastique", n'est autre que l'évêque du diocèse espagnol d'Urgell, Mgr Josep-Lluis Serrano Pentinat. C'est dans ce contexte que le coprince "laïque", en l'occurrence le président français, est venu, dans un discours prononcé dans la capitale andorrane le 28 avril, appuyer le chef du gouvernement andorran, Xavier Espot Zamora, dans son désir de dépénaliser l'interruption volontaire de grossesse d’ici un an. 

Bien que présent dans l'assistance, l'évêque d'Urgell n'a pas officiellement réagi mais on se souvient qu'en 2014, son prédécesseur, Mgr Joan-Enric Vives i Sicilia avait déclaré qu'il démissionnerait de son poste de coprince et de son siège épiscopal si le parlement andorran venait à légaliser l'avortement. En effet, les coprinces d'Andorre n'ont pas les mêmes pouvoirs que leur homologue monégasque pour approuver ou non les lois. Certes, à ce stade, il s'agit de dépénaliser l'avortement et non de le légaliser, mais on sait que les choses peuvent vite évoluer. En France, n'est-on pas passé, insensiblement, d'une loi d'exception à un droit désormais inscrit dans la Constitution ?

La pression de l’Union européenne

Pour sa part, Emmanuel Macron veut pousser l'Andorre à se rapprocher de l'Union européenne, dont elle n'est pas membre. Dans son discours du 28 avril, il a exhorté la principauté à adopter l'accord d'association conclu avec l'Union européenne avertissant que, dans le cas contraire, "la porte se refermera". De fait, négocié depuis 2015, cet accord, qui doit être ratifié par référendum, tarde à aboutir.

Même si elle n'est pas dans l'accord, s'agissant d'une compétence des États, a fortiori quand celui-ci n'est pas membre de l'Union, la reconnaissance de l'avortement s’inscrit dans la "modernité" chère au chef de l’État français, dont l'Union européenne est pour lui l'archétype, tant au plan économique que sociétal. Pourtant très avancée dans la modernité, qu'il s'agisse de la technologie ou de l'environnement, Monaco a fait un autre choix, tout comme la principauté du Liechtenstein. Il n'est pas impossible qu'Andorre, qui rechigne manifestement à se rapprocher plus complètement de l'Europe, prenne finalement la même voie. Le pape Léon XIV l'a bien dit : "Ce sont les petits qui font l'Histoire."

Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !

Vous aimez le contenu de Aleteia ?

Aidez-nous à couvrir les frais de production des articles que vous lisez, et soutenez la mission d’Aleteia !

Grâce à la déduction fiscale, vous pouvez soutenir le premier site internet catholique au monde tout en réduisant vos impôts. Profitez-en !

(avec déduction fiscale)