Dès son enfance, Robert Prevost, benjamin d’une fratrie de trois, se révèle être un leader naturel. Tête de classe dans son lycée du Michigan, le jeune homme suscite déjà l’adhésion de ses camarades, qui se tournent vers lui pour diriger – notamment – une équipe de bowling !
Quand il entre chez les Augustins, en 1981, ses supérieurs perçoivent ses qualités intellectuelles et l’envoient à Rome étudier le droit canon. Cette formation est déterminante. Sa licence en poche, il part en 1985 au Pérou, non pas d’abord pour se consacrer à une mission pastorale mais pour accomplir une tâche technique : convertir la prélature de Chulucanas en diocèse. Après son doctorat, les responsabilités commencent à pleuvoir sur le jeune religieux, que ce soit au sein de son ordre ou dans l’Église péruvienne.
En 2001, il est élu prieur des Augustins et doit assurer la communion entre ses trois mille frères. "Il a cherché à être un pacificateur", confie le père Alejandro Moral Antón, ancien prieur général et ami du Pape. "Pour lui, les règles sont importantes : il a étudié le droit et considère qu’elles sont conçues pour pouvoir vivre de la meilleure façon possible", explique-t-il. Réélu en 2007 en un temps record – vingt minutes – par ses pairs, Robert Prevost n’hésite pas à taper du poing sur la table face à des situations d’abus liés à l’argent ou aux mœurs.
Style missionnaire
Au Mexique, il obtient ainsi la démission du général provincial. Résolu, il assume ses désaccords sans crainte pour sa "carrière". Il raconte ainsi avec humour être allé à l’encontre du cardinal Bergoglio, alors archevêque de Buenos Aires, dans des situations délicates. Peu rancunier, le pape François le nommera évêque de Chiclayo en 2015. Sans doute sensible à ses compétences et à son style "synodal" et "missionnaire", le pontife argentin lui laissera plus tard les clés du dicastère pour les Évêques.
"Un leader qui marche seul ne dirige personne, mais si un leader est capable de rassembler les gens et d’avancer avec eux, c’est beaucoup plus efficace", analyse Léon XIV à propos de son style de gouvernance, dans sa première interview. Au dicastère pour les Évêques, une fois encore, il applique sa méthode. "Il était pondéré, posé, calme, à l’écoute, humble", souffle un prêtre qui a travaillé à ses côtés et qui se souvient de la "timidité" du préfet à son arrivée. Cela ne l’empêche pas d’arbitrer des dossiers problématiques. Parmi les affaires sensibles, le cardinal a ainsi eu entre les mains le cas de Mgr Rey, évêque de Toulon. "C’est le cardinal Prevost qui, in fine, a profité du voyage du Pape à Ajaccio en décembre 2024 pour lui rappeler personnellement que Rome attendait sa démission...", rapporte une source bien informée. Celle-ci tombera moins d’un mois plus tard.
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