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Après l’agression d’une religieuse, l’inquiétude des fidèles à Jérusalem

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Cécile Séveirac - avec AFP - publié le 04/05/26
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Très touchés par l’agression d’une religieuse française à Jérusalem le 28 avril, les fidèles chrétiens de la Ville sainte expriment leur émotion et leur inquiétude face à la répétition des incidents visant le clergé. Entre solidarité, peur d’une escalade et attente de réactions des autorités, beaucoup disent ne plus être surpris par un climat jugé de plus en plus hostile dans la Vieille Ville.

À la messe de la basilique Saint-Étienne de Jérusalem dimanche, les fidèles se pressent pour témoigner de leurs "pensées" pour la religieuse française agressée le 28 avril dernier. Mais ils ne sont pas étonnés, les marques d'hostilités de la part de juifs extrémistes s'étant multipliées récemment.

La scène, captée par une caméra de vidéosurveillance de la ville sainte, est d'une grande violence : dans une ruelle pavée, un homme se précipite en courant derrière la religieuse en habit blanc et voile noir, la pousse dans le dos. Elle est projetée au sol, sa tête heurte un bloc de pierre. L'homme s'en va, puis revient pointer vers la femme au sol un index menaçant, avant de lui asséner un coup de pied au ventre. Des passants interviennent, notamment un homme qui se précipite pour lui porter secours, avant de se faire lui-même agresser. La religieuse "va mieux", assure à Aleteia le frère Olivier Poquillon, directeur de l'Ecole biblique de Jérusalem où la religieuse est chercheuse. "Elle a encore beaucoup de contusions mais c'est surtout de la pression psychologique que l'on cherche à la protéger au maximum", poursuit le religieux.

L'agression a eu lieu sur le Mont Sion, à deux pas de la Vieille ville de Jérusalem, épicentre des tensions du conflit israélo-palestinien, en contrebas de l'abbaye de la Dormition. En face du Cénacle, lieu du dernier repas du Christ pour les chrétiens et tombeau du roi David pour les juifs. Un jeune israélien assure avoir assisté à la scène de loin. "C'est un fou", assure-t-il au sujet de l'assaillant - un militant d'extrême-droite avec des antécédents psychiatriques selon les médias israéliens.

Une plainte a été déposée. "Souvent, on présente les gens qui s’attaquent à des religieux comme des déséquilibrés, mais cela ne veut pas dire qu'ils sont pour autant inéligibles à des sanctions", rappelle le frère Poquillon. 

"Quand on sort, les gens crachent à côté de nous."

À la sortie de la messe - en français - dimanche dans l'église de la religieuse, l'affaire est sur toutes les lèvres. On partage son désarroi, on apporte un petit cadeau de réconfort, on demande des nouvelles de la sœur, qui n'est pas venue ce matin. "Elle a encore des douleurs" mais elle est "entourée", témoigne le frère Olivier Catel, qui a célébré la messe. Lui est arrivé à Jérusalem il y a une dizaine d'années. À l’époque, dit-il, les incidents étaient rares. Une fois par an environ, "quand je sortais en habit religieux, des juifs, ultra-orthodoxes en général, crachaient à côté de nous". "On n'y faisait pas attention parce que c'était tellement isolé". Mais depuis trois-quatre ans selon lui, c'est devenu quotidien : "quand on sort, les gens crachent à côté de nous". Devant la basilique, un prêtre britannique, qui ne sort jamais sans son habit religieux noir et préfère rester anonyme confirme: les crachats en sa direction, insultes, "rentre chez toi !" sont son quotidien.

Les catholiques attendent une réaction des autorités

"Tout le monde se disait que ça arriverait un jour", assure sur le parvis Pierre, un fidèle de 30 ans "pas étonné" et qui redoute le pire. Le jour de l'agression de la sœur, raconte-t-il, un religieux parmi ses connaissances était dans un supermarché quand un homme s'est arrêté devant lui. "Il a dit à son enfant, en hébreu, "lui, il faut le tuer". Si rien n'est fait, un jour (...) quelqu'un va franchir le pas", s'inquiète-t-il. "C'est très choquant", abonde Ouriel Levisohn, rabbin de 28 ans, qui dit peiner à croire que les incidents soient réguliers. "Avec l'aide de Dieu, ça va être la dernière fois que quelque chose comme ça arrive ici", espère-t-il.

Les fidèles de la messe sont moins optimistes, et disent attendre des actes de la part des autorités israéliennes. Ils évoquent des discours de plus en plus "véhéments" et "suprémacistes" dans le pays, parfois de la part de hauts responsables, et rappellent les incidents récents dans le sud du Liban, où Israël affronte le Hezbollah pro-iranien : un soldat filmé en train de frapper à l'aide d'une masse une statue de Jésus et un couvent endommagé par l'armée. Le frère Catel refuse de "vivre dans la peur". "Je continue d'aller dans la vieille ville en habit" - tout en évitant certains quartiers - mais "globalement, je n'ai pas changé mes habitudes".

Depuis plusieurs années, les cas d'agressions de religieux et de pèlerins à Jérusalem se multiplient. En février 2024, un bénédictin avait ainsi été agressé par deux jeunes juifs orthodoxes à l’est de Jérusalem, se faisant cracher dessus puis insulter. Un an plus tôt, en pleine messe au Tombeau de la Vierge, deux agresseurs s'étaient introduits dans ce lieu saint en criant et en menaçant les fidèles présents avec une barre de fer, blessant l'un des religieux au front. Un Israélien âgé de 27 ans avait été arrêté. "Les attaques terroristes par des groupes israéliens radicaux visant des églises, des cimetières et des propriétés chrétiennes, en plus des agressions physiques et verbales contre le clergé chrétien, sont devenues quasi quotidiennes et leur intensité augmente de façon évidente en période de fêtes chrétiennes ", déplorait alors déjà le patriarcat orthodoxe grec de Jérusalem.

"Il y a effectivement une hausse, depuis plusieurs années, de la violence anti chrétiens, qui se banalise du fait de l’impunité donc jouissent le plus souvent les auteurs", reconnaît le frère Olivier Poquillon. "La société israélienne est une société composite, très fractionnée, qui fait face à des défis, notamment celui de la violence sectaire. Cet effritement moral, s'il n’est pas traité fermement, résolument, risque de la conduire à perdre son âme", estime encore le religieux, qui tient cependant à marquer sa reconnaissance envers les "citoyens Israéliens venus manifester leur soutien, qui sont en première ligne face à cette violence".

Le Rossing Center, association pour le dialogue interreligieux basée à Jérusalem, a documenté le "harcèlement croissant" des chrétiens en Israël et à Jérusalem Est dans une étude parue en mars. En 2025, il a recensé 61 attaques physiques (crachats, spray au poivre, coups...), 28 cas de harcèlement, 52 dégradations sur des propriétés de l'Église (graffitis, jets de pierre ou de poubelles) et 14 panneaux de signalisation dégradés.

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