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Ce lundi 13 avril, Léon XIV a foulé le sol algérien, première étape de son voyage africain. Ce déplacement historique, le premier d’un successeur de saint Pierre dans le pays, a remis en lumière la situation des chrétiens. Trente ans après l’assassinat des moines de Tibhirine, malgré une liberté religieuse officiellement garantie par la Constitution, ces derniers continuent de souffrir.
Si l’Algérie est aujourd’hui en très grande majorité musulmane, elle fut dans l’Antiquité une terre pionnière du christianisme, patrie du grand Augustin d'Hippone, dont le pape se présente comme le « fils spirituel ». Aujourd’hui une Église catholique minoritaire y subsiste : elle compte quelque 8.000 membres qui forment une communauté très diverse et engagée au service de la société. Parmi les 156.000 chrétiens recensés par l’ONG Portes Ouvertes, la grande majorité d’entre eux sont d’anciens musulmans convertis au protestantisme évangélique, un mouvement qui touche massivement le pays depuis l’orée des années 1990.
Une pression juridique permanente
Les chrétiens subissent en Algérie une pression croissante, à la fois juridique et sociale. La Constitution algérienne fait de l’islam la religion d’État, tandis que la référence à la liberté de conscience a été supprimée en 2020. Le cadre juridique restreint tout pluralisme : les minorités religieuses ne bénéficient d’aucun statut spécifique, invisibilisées par le système. Dans la vie quotidienne, les difficultés sont nombreuses. Le droit de la famille, d’inspiration musulmane, interdit notamment à une femme musulmane d’épouser un chrétien. Les obstacles administratifs apparaissent dès la naissance, puisque les autorités peuvent refuser les prénoms à consonance chrétienne, et jusque dans la mort, puisqu’un croyant peut être privé de sépulture chrétienne. Trouver un travail en Algérie est également un défi pour le chrétien, en particulier dans la fonction publique.
Plus qu’une mission diplomatique, cette visite a pris la forme d’un pèlerinage, porteur d’espérance pour les chrétiens d’Algérie, les catholiques dont il est le berger, mais aussi les protestants.
Sans interdire formellement le culte, l’État s’appuie sur un ensemble de textes réglementaires, notamment l’ordonnance de 2006, pour en restreindre l’exercice. Les chrétiens évoluent en pratique dans une « zone grise » juridique. Ainsi, si les Bibles ne sont pas officiellement prohibées, leur importation reste très difficile. Et surtout, presque toutes les églises protestantes ont été fermées, au nom de motifs sécuritaires ou sanitaires. Privés de lieux de culte, les fidèles sont contraints de se réunir discrètement, dans des maisons aménagées, en ligne, via Google Meet ou Zoom, voire en plein air.
Toute activité missionnaire est interdite
La menace est également pénale. Le prosélytisme est pénalement sanctionné, de même que le blasphème, avec des peines pouvant aller jusqu’à plusieurs années de prison. Ces dispositions, aux contours flous, sont à l’origine de poursuites contre des dizaines de chrétiens pour de simples expressions de leur foi. Les anciens musulmans convertis au christianisme sont les premiers à en faire les frais.
La situation de l’Église catholique est moins difficile. Elle s’astreint en effet à une grande discrétion. Sa présence est tolérée, ses églises restent ouvertes, mais toute activité missionnaire lui est interdite. Pour les autorités, elle incarnerait une forme de vitrine du "dialogue interreligieux". Son service humanitaire, Caritas, n’en a pas moins été fermé en 2022.
Pèlerin de la paix
À cette pression juridique s’ajoute une forte pression sociale. Celle-ci est particulièrement vive pendant le ramadan, période où la pratique publique de l’islam devient omniprésente. Rompre le jeûne en public peut alors entraîner des réactions allant de la simple réprimande à l’arrestation. Les convertis sont, là encore, les plus exposés.
Le Saint-Père, qui a mis ses pas dans ceux de saint Augustin, s’est présenté au peuple algérien comme "un pèlerin de paix". Plus qu’une mission diplomatique, cette visite a pris la forme d’un pèlerinage, porteur d’espérance pour les chrétiens d’Algérie, les catholiques dont il est le berger, mais aussi les protestants. Elle a constitué aussi une occasion unique de mettre en lumière leur situation et de rappeler l’importance de la liberté de conscience, du respect des minorités et du droit de chacun à vivre sa foi librement.
Pratique :









