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C’est au Livre de l’Exode que le roseau au titre de plante biblique apparaît en premier, faisant de ce dernier une plante aromatique précieuse. En effet, le Livre de l’Exode nous livre une information importante sur cette plante en nous précisant que c’est Dieu lui-même qui la prescrivit à Moïse : "Procure-toi aussi du baume de première qualité ; de la myrrhe fluide, cinq cents sicles ; du cinnamome aromatique, la moitié, soit deux cent cinquante ; du roseau aromatique, deux cent cinquante…" (Ex 30,23). Ainsi, parmi les multiples plantes aromatiques exigées par le Seigneur pour élaborer l’huile d’onction sainte figure le roseau, ce qui peut nous apparaître quelque peu curieux... En fait, il s’agit d’une espèce particulière de roseau, qualifiée aussi de roseau odorant ou cymbopogon, en raison justement de son subtil parfum. À l’époque biblique, cette plante originaire d’Afrique et d’Asie se répandit largement en Israël, pouvant atteindre jusqu’à 3 m de hauteur, on rangeait également parmi celle-ci la citronnelle ou encore la verveine des Indes.
Une plante frêle
De manière générale, et en dehors de sa version aromatique, le roseau n’apparaît pas dans le récit biblique comme une plante vigoureuse, ainsi que le relève le Livre des Rois : "Le Seigneur frappera Israël, qui deviendra comme le roseau qui s’agite dans l’eau" (1R 14,15). Cette plante semble même être synonyme de petitesse dans les prophéties d’Isaïe : "D’Israël le Seigneur a tranché la tête et la queue, le palmier et le roseau, en un seul jour, – la tête, c’est l’ancien et le notable ; la queue, c’est le prophète, maître de mensonge" (Is 9,13-14). Fragile, et pouvant être facilement rompu, le roseau biblique n’apparaît pas dès lors comme une plante sur laquelle on peut compter, comme l’évoque encore Isaïe en ces termes : "Voici que tu as mis ta confiance dans le soutien de ce roseau brisé, l’Égypte, qui pénètre et perce la main de quiconque s’appuie sur lui : tel est Pharaon, roi d’Égypte, pour tous ceux qui mettent leur confiance en lui !" (Is 36,6).
Cependant, nous ne pouvons que souligner qu’a contrario, et bien plus tard, pour le célèbre poète Jean de la Fontaine, auteur des fameuses Fables, le roseau sera synonyme de souplesse et de résistance puisque capable de ne point se briser : "L'arbre tient bon ; le roseau plie", nous rappelle la Fable Le Chêne et le Roseau…
Dérision du Christ
Mais l’image que nous gardons malheureusement cependant le plus souvent du roseau biblique demeure celle que nous a livrée l’évangéliste Matthieu lors de la Passion du Seigneur : "Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient devant lui en disant : "Salut, roi des Juifs ! Et, après avoir craché sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête" (Mt 27,29-30). Le roseau n’est plus alors une plante aromatique utile aux rites sacrés, mais bien un symbole de raillerie aux mains des païens afin de tourner en dérision la royauté divine du Christ affublé par là-même d’un sceptre bien ordinaire…
Le grand peintre flamand Antoine van Dyck (1599 -1641) a représenté cette terrible scène dans son célèbre tableau intitulé "Le Christ au roseau". Dans cette œuvre éminemment dramatique, le Christ subit les tortures comme un agneau innocent aux mains de ses bourreaux. L’un d’entre eux lui tend un roseau alors même que - détail infâme, Jésus a les mains liées. Le roseau contribue alors à la dérision du Christ ; une image qui sera bibliquement dès lors à jamais associée au roseau.










