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Depuis trois ans, une bonne partie de l’Église en France se réjouit des chiffres des baptêmes d'adultes qui progressent : c’est un signe du temps, la preuve que le catholicisme intéresse encore, qu’il ne va pas disparaître, que Dieu n’oublie pas son Église et que la Providence travaille à surprendre les croyants pour les bousculer et leur rappeler que tout est dans sa main. De leur côté, historiens et sociologues ont souligné les limites de ces lectures spirituelles. Cette croissance signe plutôt un basculement du catholicisme, sa transformation en religion minoritaire d'élection, celle d’un groupe particulier de la société. Au terme d’une évolution déjà ancienne ne subsiste de plus en plus qu’un noyau dur de catholiques, les individus qui, dans la société contemporaine, configurent leur identité sociale par, avec et autour de l’Église.
Les catholiques du premier cercle
Si l’on prend en compte la pratique religieuse dominicale (critère plus pertinent que celui de la pratique mensuelle, car disant une intensité d’engagement supérieure), elle concerne environ 1,5 à 2% des Français adultes (à 1 à 1,5 million de personnes). Les plus de 65 ans (spécialement les femmes) y sont massivement majoritaires, avec de fortes variations locales : Compiègne n’est pas Saint-Denis, la campagne aveyronnaise pas Rambouillet, la Martinique pas la Haute-Savoie. Structurellement, le catholicisme est en train de devenir la croyance et la pratique d’un ensemble globalement limité de familles qui réussissent souvent à transmettre leurs modes de vie de génération en génération.
À ce premier cercle, plus diversifié qu’on ne le pense mais tendant à s’homogénéiser, s’agrègent désormais des individus qui ont choisi le catholicisme à un moment donné de leur cycle de vie, en fonction de leur situation personnelle et de leurs attentes et besoins spirituels. Ils représentent une modalité qui fut longtemps marginale, désormais plus importante qu’au début des années 2000 mais toujours restreinte en quantité. Un peu plus de 100.000 adultes ont été baptisés de 2001 à 2026, soit, s’ils sont tous encore vivants (hypothèse gratuite) et pratiquants dominicaux (ce qui est fort incertain selon les données disponibles : 56% des néophytes interrogés en 2026), moins de 10% des catholiques adultes les plus intégrés à l’institution.
Peu de confirmations
D’autres indicateurs pointent cette minorisation croissante du catholicisme, de plus en plus rétracté sur une base restreinte qui assure sa perpétuation mais n’est pas en mesure de renverser la situation. Ainsi des confirmations, le principal signe d’une transmission familiale réussie. Aux alentours de 90-95 000 par an en 1990, elles ont été divisées par 2,3 en un peu moins de 35 ans (41.000 en 2023), essentiellement avant 2007 (44.000), la situation 2007-2023 étant celle d’un déclin tendanciel mais lent. On pourrait les rapporter au nombre de baptêmes d’enfants, mais le rapport entre les deux est ténu. En effet, en France, la confirmation est déconnectée du catéchisme, censé toucher toutes les cohortes de baptisés mais n’en atteignant en fait en moyenne qu’environ 15%. De plus, elle n’est pas administrée automatiquement aux annuelles cohortes de baptisés arrivés à 7 ans (l’âge canonique), mais surtout à des adolescents entre 11 et 17 ans — les analystes acerbes diraient que la pastorale la repousse tard dans l’adolescence afin de conserver des effectifs un peu fournis aux aumôneries et de penser que l’Église est encore attractive auprès des « jeunes ».
Si l’on voulait donc comparer aux baptisés le nombre de confirmations de moins de 18 ans (il faut retirer environ 4 à 8.000 unités aux chiffres disponibles : les confirmés adultes et les baptisés-confirmés-communiés adultes, dont le nombre augmente), il faudrait les rapporter au total des baptêmes des 6 ou 7 années débutant 10-11 ans plus tôt (on prend ainsi en compte les enfants catéchisés). Finalement, une fois le calcul fait, aux alentours de 1,1-1,3% des enfants baptisés sont confirmés. C’est une base fort restreinte pour agir structurellement en assurant le renouvellement générationnel des pratiquants et des oblats volontaires (prêtres et consacrés divers).
L’impact de la disparition des boomers
Cette réduction en amont du catholicisme à son noyau le plus intégré et militant s’accompagne d’une vidange en aval de ses groupes d’âge majoritaires. Les catholiques pratiquants des cohortes du baby-boom sont, comme leurs contemporains ayant abandonné l’essentiel de leur affiliation catholique, appelés à disparaître dans les trente ans qui viennent. Et comme ils constituent l’essentiel des pratiquants, les églises vont se vider, à moins d’un radical retournement de situation que l’Esprit saint, qui respecte après tout les causes secondes et les libertés humaines, même en régime de modernité avancée, aura du mal à susciter.
Les chiffres des donateurs au denier du culte et des légataires permettent de penser que le phénomène a déjà commencé. En 2015, il y avait 1,173 million de donateurs ; il n’en reste que 0,77 million en 2024. Disparaissent sans doute les donateurs les plus âgés, alors que les jeunes adultes catholiques n’ont pas encore intégré cette pratique. Le don moyen a quasi doublé, signant un engagement plus important des donateurs, peut être aussi de plus grandes disponibilités financières, caractéristique globale des générations les plus âgées. Quant au montant des legs, il est passé dans la même période de 94 à 139 millions d’euros. Cette augmentation peut s’expliquer par le nombre plus important de catholiques pratiquants décédant en léguant à l’Église.
L’accompagnement de la mort
Bref, tout n’est pour le mieux dans le meilleur des mondes. À moins qu’il ne faille considérer que la mort à venir des baby-boomers pourrait être une temporaire opportunité catholique. Avec 19 millions de Français de plus de 60 ans affiliés à 60-70% au catholicisme par le baptême, considérer la mort comme une ressource proprement catholique (répondre aux questions existentielles, donner des instruments pour le deuil, offrir des services cultuels) pourrait assurer des rentrées financières intéressantes en casuel, quêtes et legs. Cela permettrait aussi de tisser ou de retisser des liens avec les familles de ces défunts à venir, qu’on sait éloignées ou indifférentes au catholicisme à des degrés croissants. On ne peut ignorer que les étapes importantes du cycle de vie peuvent être des moments de reconfiguration identitaire, notamment en matière religieuse.
Encore faudrait-il pour cela que fût offert systématiquement le rite le plus authentiquement catholique et le plus susceptible d’avoir des effets sur des populations déchristianisées, la messe d’obsèques. Au risque d’une préparation qui serait à soigner et de la surcharge cléricale, certes. Mais ne serait-ce pas ici aussi aller aux périphéries et être un authentique hôpital de campagne ?









