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Marie et Espérance, sœurs siamoises : 28 minutes qui ont changé toute une famille

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Anna Ashkova - publié le 01/05/26
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Marie et Espérance, sœurs siamoises nées à Paris le 22 novembre 2011, ont partagé un seul cœur. Malgré la gravité du diagnostic et la pression des médecins, leurs parents Geoffroy et Hélène Daquin ont choisi de mener la grossesse jusqu’au bout. Ils témoignent pour Aleteia comment en seulement 28 minutes, la vie brève mais intense de leurs bébés a laissé une empreinte indélébile dans le cœur de leur famille… et bien au-delà.

Dans le monde, la naissance d’enfants siamois est extrêmement rare, survenant environ une fois toutes les 50.000 à 100.000 naissances. Ces enfants, qui naissent soudés l’un à l’autre par une partie du corps, doivent leur nom à Chang et Eng Bunker, originaires du Siam, qui furent exhibés en Amérique et en Europe durant le XIXᵉ siècle. Cette pathologie, extrêmement rare, peut parfois conduire au partage de certains organes, rendant la naissance et la survie de ces enfants très délicates. C’est au milieu de cette rareté et de ces risques que la vie de Marie et Espérance a commencé, unie par un seul et même cœur.

Deux bébés, un seul cœur

Mariés en 2002, Geoffroy et Hélène Daquin ont rapidement eu quatre enfants : Victoire en 2003, Clément en 2005, Blanche en 2007 et Alexis en 2008. "Nous voulions avoir une grande famille. Lorsque j’ai découvert que j’étais enceinte d’un cinquième enfant, j’étais très heureuse", raconte Hélène à Aleteia. Rapidement, elle a la sensation d’être enceinte de jumeaux car, comme elle l’explique, "tous ses symptômes étaient multipliés par deux". Un pressentiment qui se confirme lors de la première échographie. Une joie aussitôt teintée d’un goût amer : le médecin annonce que les bébés n’ont qu’un seul cœur. "Il m’a dit qu’il s’agissait de bébés conjoints. Je suis infirmière, j’ai tout de suite compris que mes enfants étaient des siamois", se souvient Hélène. Rapidement, le corps médical soumet de mettre fin à la grossesse car les bébés ne sont pas viables. Effondrés, Geoffroy et Hélène, qui estiment que chaque vie est sacrée, résistent à la pression de certains membres du corps médical. "On nous a expliqué qu’il y avait aussi un risque vital pour moi et que le thorax des bébés étant conjoint, elles ne pourraient pas sortir de toute façon." Guidée par sa foi et son courage, Hélène fait face à ces pressions avec détermination, même si, comme elle le confirme, elle n’était pas prête à mourir ayant quatre enfants en bas âge.

"Une de mes sœurs, Colombe, qui travaillait à la Fondation Jérôme Lejeune, m’a mis en contact avec un médecin de la fondation. Il a eu un discours rassurant, me proposant de prendre mon temps. Je me suis aussi rapprochée de la maternité Sainte Félicité à Paris, où les Petites Sœurs des Maternités Catholiques m’ont apporté beaucoup de consolation. Un gynécologue de la maternité m’a même proposé de suivre ma grossesse", se souvient encore Hélène. En parallèle, une neuvaine à Notre-Dame de Guadalupe est lancée par sa famille et ses amis. Le neuvième jour de la neuvaine, le couple est reçu par un professeur de Necker qui nuance un peu les propos de ses confrères. Il respecte le choix de Geoffroy et Hélène de garder les bébés et propose de pratiquer une césarienne à 32 semaines d’aménorrhée pour éviter les grands risques d’hémorragie à Hélène. "À partir de ce moment, j’ai eu une sérénité incroyable !", s’exclame Hélène, qui précise même que son ventre, jusqu’ici invisible, s’est mis à grossir d’un coup. "J’ai voulu les porter et les protéger jusqu’au bout, in utero. Je les sentais bouger, elles étaient bien vivantes en moi, et ces mouvements étaient précieux".

J'ai dit au Seigneur : “Vous m’avez fait un cadeau de ces bébés et je m’abandonne à vous, je vous fais confiance, aidez-moi à aller jusqu’au bout de votre volonté.

Cette paix du cœur est nourrie par des petits clin-Dieu, comme la fois où Hélène se rend à Paray-le-Monial pour recevoir le sacrement des malades. Durant un temps d’adoration sous la grande tente de la prairie où plus de deux mille pèlerins prient à genoux, un prêtre passe au milieu de la foule en portant le Saint-Sacrement. "Je priais les yeux fermés quand soudain j’ai remarqué une présence au-dessus de moi. C’était le prêtre qui était là, avec l’ostensoir en train de me bénir. Je me souviens alors à ce moment des paroles d’abandon résonner en moi : “Abandonne-toi, mon enfant. Je suis là avec toi.” J’ai dit au Seigneur : “Vous m’avez fait un cadeau de ces bébés et je m’abandonne à vous, je vous fais confiance, aidez-moi à aller jusqu’au bout de votre volonté.”" En parallèle, le couple fait le choix de parler de ce qui se passe à leurs enfants. "Nous leur avons parlé immédiatement, avec des mots simples et vrais."

Habitués à découvrir le sexe de leurs enfants le jour de la naissance, Geoffroy et Hélène font le choix de le connaître avant, cette fois-ci, et choisissent leurs prénoms. Leurs deux petites filles vont s’appeler Marie et Espérance. "C’était comme une évidence pour nous", glisse Hélène. La date de leur accouchement a aussi une symbolique : un 22, le 11e mois de l’année 2011, parfait pour des sœurs siamoises. La veille de la césarienne, Hélène est très sereine. "Nous avons eu la surprise de découvrir que l’une de nos sages-femmes n’était autre que la sœur d’un ami de Geoffroy. Je savais que le Seigneur était bien présent avec nous".

Naissance, baptême et entrée dans la vie éternelle

Le jour J, une vingtaine de personnes sont présentes dans le bloc opératoire. L’opération est filmée, le couple récite discrètement le chapelet. À 14 h 32, les bébés sont là ! "La pédiatre me les a posés délicatement sur la poitrine, tout en veillant à surveiller les battements faibles de leur cœur." Rapidement, l’aumônier, déjà sur place, les baptise et leur donne le sacrement de confirmation. "Leur cœur a arrêté de battre à 15 h, elles ont vécu 28 minutes", raconte Hélène, qui souligne avoir eu la sensation d’accomplissement : "Le Seigneur nous a confié ces petites vies et nous sommes allés au bout ensemble." Marie et Espérance sont nées dans les bras l’une de l’autre, et c’est aussi ainsi qu’elles ont rejoint le Ciel. Avant d’être amenées pour être préparées par la pédiatre et une sage-femme et déposées dans une chambre adjacente à celle de Hélène, Geoffroy a le temps de serrer ses filles dans ses bras une dernière fois.

Marie et Espérance

Le courage et la foi du couple font le tour de l’hôpital ce jour-là. "Le chirurgien qui m’a opérée est venu me voir le lendemain pour me dire que nous avions fait le bon choix. Il s’est dit bouleversé par ce qu’il a vu", se souvient Hélène. Puis vient le tour de l’anesthésiste, des Petites Sœurs des Maternités Catholiques, du médecin de la Fondation Jérôme Lejeune… Tous se disent admiratifs.

L’"enciellement", comme appelle l’enterrement de ses filles Hélène, s’est déroulé magnifiquement bien. "Il y a eu un très beau rite de la lumière, en présence de nos enfants. Nous avons déposé une robe de baptême sur leur petit cercueil. Ce fut un moment d’une grande intensité", se souvient Hélène, précisant que le moment le plus douloureux a été la mise en terre qui a eu lieu à Annecy, dans le carré familial. "Il pleuvait à verse, une pluie battante… comme pour cacher mes larmes. C’était la séparation charnelle, humaine."

La valeur d’une vie se compte à l’amour qu’elle fait naître

Cinquième et sixième d’une fratrie de neuf, Marie et Espérance font partie intégrante de la famille Daquin. "Nous avons mis leurs photos dans la maison. Nous les prions chaque jour et demandons leur intercession. Chaque 22 novembre, on fait un gâteau pour fêter leur anniversaire au Ciel. Ces deux petites vies-là restent uniques, irremplaçables, et à jamais inscrites dans notre histoire", précise Hélène, ajoutant que même si Marie et Espérance n’ont vécu que 28 minutes après 32 semaines in utero, elles ont apporté une fécondité folle à leur famille. "En si peu de temps, elles ont transformé nos vies. Leur passage a été bref, mais leur trace est immense."

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Cinquième et sixième d’une fratrie de neuf, Marie et Espérance font partie intégrante de la famille Daquin.

Le couple, qui ne pensait pas avoir d’enfants après cet accouchement — les médecins avaient peur que la cicatrice de la césarienne ne le permette pas —, a finalement eu la joie d’avoir trois autres enfants : Jean en 2013, Pia en 2016 et Maguelone en 2018.

Convaincue que la valeur d’une vie ne se compte ni en années, ni en jours, ni en minutes, mais à l’amour qu’elle fait naître, Hélène a à cœur que l’histoire de ses filles soit connue pour "aider les autres et éviter les déchirures à vie". "Je prends souvent l’image d’un album de famille : arracher une page ne fait pas disparaître ce qui a été vécu. On ne peut pas faire comme si cette page n’avait jamais existé, elle fait partie de l’histoire tout comme Marie et Espérance font pleinement partie de notre famille. Invisibles aux yeux, mais bien vivantes dans nos cœurs."

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