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Léon XIV aux députés européens : l’idéal politique au service de la personne

Léon XIV lors d'une audience générale

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Charles Vaugirard - publié le 01/05/26
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Recevant les députés du Parti populaire européen à l’occasion du 50e anniversaire de leur mouvement, le 25 avril dernier, Léon XIV a donné sa vision de la politique et de l’engagement du chrétien en politique. Pour l’historien Charles Vaugirard, auteur de "La Pensée politique de Frédéric Ozanam" (Téqui), cette ligne pleinement "populaire" correspond à l’essence de la démocratie chrétienne.

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Le Parti populaire européen regroupe au parlement européen les principaux partis politiques d’Europe se situant dans l’héritage de la famille démocrate chrétienne. Même s’ils se sont souvent éloignés de leur origine, ses députés tiennent à garder le contact auprès du Pape et certains d’entre eux tiennent à cet héritage. Dans le discours qu’il leur a adressé le 25 avril, Léon XIV a délivré un puissant message aux catholiques engagés en politique, en rappelant le sens de la politique et ce que signifie une vision chrétienne de la démocratie.

La personne au centre

Le Pape indique la voie en disant que "la tâche première de toute action politique est de proposer une vision idéale". Mais cet idéal n’est pas coupé du réel et n’est surtout pas une idéologie contre laquelle il met en garde : "Poursuivre un idéal ne signifie pas glorifier une idéologie. En effet, l'idéologie résulte toujours d'une distorsion de la réalité et d'une forme de violence qui lui est infligée. Toute idéologie pervertit les idées et soumet les individus à son propre agenda." Et Léon XIV précise : "Poursuivre un idéal signifie placer la personne humaine au centre." Ce n’est donc ni l’État, ni la nation, ni le pays, qui sont au centre du politique, mais la personne humaine. Le Pape expose ensuite l’importance du lien direct et concret entre les hommes politiques et le peuple, c’est-à-dire sur l’essence même de la démocratie :  "Être présent auprès du peuple et l’associer au processus politique est le meilleur remède au populisme, qui ne recherche que l’approbation facile, et à l’élitisme, qui tend à agir sans consensus. Ces deux tendances sont très répandues dans le paysage politique actuel. Une politique authentiquement "populaire" exige du temps, des projets partagés et un amour de la vérité."  Léon XIV ne cite évidemment personne, mais il cible bien deux pathologies politiques qu’il dénonce sans langue de buis ni fausse diplomatie. Léon XIV nous montre ici une ligne pleinement "populaire", qui correspond à l’essence de la démocratie chrétienne : être proche des gens en profondeur, sur la durée, et en vérité, sans démagogie ni manipulation des foules.

Démocratie chrétienne

Pour ceux qui fondent leur action sur les "valeurs de la démocratie chrétienne", le Pape précise :  "Avant tout, cela signifie redécouvrir et embrasser l’héritage chrétien dont on est issu, tout en maintenant la distinction nécessaire entre le témoignage religieux prophétique — réservé à la communauté ecclésiale — et le témoignage chrétien exprimé par des choix politiques concrets. Être chrétien en politique ne signifie pas afficher ouvertement sa foi ; cela signifie plutôt laisser l’Évangile guider les décisions à prendre, même celles qui ne suscitent pas facilement l’adhésion. Cela signifie œuvrer à préserver le lien entre le droit naturel et le droit positif, et entre les racines chrétiennes et l’action politique." 

Le mode opératoire est clair, Léon XIV reprend implicitement la distinction entre la notion d’engagement des laïcs "en chrétien", et de celle de l’Église "en tant que chrétien" citée lors du concile Vatican II et conçue par Jacques Maritain. Il précise bien qu’"être chrétien en politique" signifie d’abord agir concrètement pour le bien commun. Distinction essentielle : les hommes politiques chrétiens qui s’affichent comme tels risquent bien d’instrumentaliser la religion. C’est ce qui se passe aux États-Unis où le président Donald Trump récupère la religion pour obtenir un poids politique, mais ne supporte pas une parole critique du Pape. 

Une référence fondamentale : le droit naturel

Le chrétien en politique agit donc sans tambour ni trompette, et sans étiquette confessionnelle. Il spiritualise le politique sans politiser la religion. Parmi les éléments de cette action politique, Léon XIV donne, au travers d’une courte phrase, un élément fondamental : "préserver le lien entre le droit naturel et le droit positif". Petite phrase qui nous renvoie à l’ADN de la démocratie chrétienne telle que pensée par le bienheureux Frédéric Ozanam en 1848, mais aussi par le pape Pie XII dans son radio message de Noël 1944 et évoqué par Benoît XVI : une démocratie fondée sur le droit naturel, loi non écrite accessible par la conscience de l’homme et qui s’impose à lui, source de ce qui est beau, bien et vrai et à laquelle le droit positif doit se raccorder. Notion qui est malheureusement mise à mal depuis plusieurs décennies. 

Le message est fort, qui rejoint les principes de la démocratie chrétienne voulus par ses fondateurs, notamment Frédéric Ozanam, et constitue un appel aux chrétiens engagés en politique à prendre leurs décisions sous l’éclairage de l’Évangile.

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