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Ni introvertis ni extravertis : la voie des otrovertis

Êtes-vous otroverti ?
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Anna Ashkova - publié le 30/04/26
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Ni introvertis ni extravertis, les otrovertis sont des personnes qui tissent des liens forts sans jamais se sentir appartenir à un groupe. Le psychiatre Rami Kaminski, à l’origine de ce concept, éclaire Aleteia sur la manière singulière dont les otrovertis vivent les relations sociales.

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Les concepts développés par Carl Jung d’extraverti, "tourné vers l’extérieur", et d’introverti, "tourné vers l’intérieur", sont devenus des références incontournables de la psychologie populaire. Pourtant, une autre manière d’être au monde, moins connue, échappe à cette opposition : l’otroversion, otro signifie "autre", et la racine latine vertere signifie "tourner", littéralement "celui qui est tourné vers une autre direction". Développé par le Dr Rami Kaminski, psychiatre à New York et auteur de Suis-je otroverti ? Ni introvertis, ni extravertis : Trouver sa place (éd. Leduc), ce concept désigne des personnes qui se situent en dehors du spectre extraverti-introverti.  

Dans une société qui valorise fortement l’"esprit de groupe", parfois qualifié d’"esprit de ruche", les otrovertis restent en dehors de ce cadre collectif et entretiennent un rapport singulier à l’appartenance. Ils peuvent être très sociables, voire extravertis, dans des interactions en tête à tête, tout comme présenter un réel désintérêt pour les activités de groupe. Leur réticence face aux environnements fortement sociaux les amène souvent à être mal compris. Beaucoup finissent ainsi par chercher à s’adapter ou à s’assimiler afin d’éviter d’être mis à l’écart. Le Dr Rami Kaminski revient pour Aleteia sur cette notion encore peu connue et propose une lecture de l’otroversion comme une manière singulière de vivre les relations sociales tout en maintenant des liens humains riches et authentiques.

Aleteia : L’otroversion se situe-t-elle entre l’extraversion et l’introversion, comme une forme intermédiaire ? Comment définiriez-vous simplement une personne "otrovertie" ?
Dr Rami Kaminski : Les introvertis et les extravertis se distinguent par leur relation au groupe. Les otrovertis, quant à eux, ne font pas partie du groupe (et ne l'ont jamais fait) et, par définition, ne s'inscrivent pas dans le spectre introverti/extraverti. En termes simples, l’otroversion est l’expérience émotionnelle de ne pas appartenir à un groupe. Les otrovertis développent des attachements et une sociabilité tout à fait ordinaires avec leurs pairs et les autres. Cependant, le conditionnement culturel et l’apprentissage de l’obéissance qui préparent les enfants à devenir membres de la communauté ne fonctionnent pas pour eux. Il est important de noter que les otrovertis sont très doués pour créer des liens avec les autres, que ce soit en amitié ou en amour. Ils ne s’unissent simplement jamais aux autres à travers une identité partagée que la plupart des gens tiennent pour acquise et jugent nécessaire. Les otrovertis sont très connectés aux individus, mais ils ne fusionnent jamais avec un groupe. Je les appelle des rebelles discrets. Ils sont accommodants, respectueux des règles et attentionnés. Mais intérieurement, ils ont leurs propres définitions et sont très peu susceptibles de céder au conformisme de groupe, quel qu’en soit le domaine. Le fait d’être détaché du groupe libère l’otroverti du besoin de convaincre les autres de ses idées et/ou de rechercher leur validation. Cela apporte une clarté sur la réalité, non entravée par les perceptions collectives. Les otrovertis qui perçoivent le fait de ne pas appartenir comme un don peuvent mener des vies riches en créativité et en originalité.

L’otroversion est-elle une typologie clinique, un concept psychologique, ou plutôt un cadre existentiel ?
Il s’agit avant tout d’un cadre existentiel pour vivre sans identité de groupe. C’est un ressenti intérieur qui ne se manifeste pas extérieurement, et les otrovertis ne sont pas superficiellement différents de n’importe quelle autre personne "normale".

Il existe des domaines où l’autonomie émotionnelle et la pensée solitaire sont essentielles à la réussite, comme l’écriture, la musique ou la physique théorique.

Il est important de comprendre que les otrovertis ne sont pas des parias. Ils n'ont tout simplement jamais fait partie du groupe. Ils ne sont pas non plus des étrangers au premier abord : la plupart sont très bien accueillis dans les groupes et les communautés et peuvent même être très appréciés. Le sentiment de ne pas appartenir à un groupe est intérieur et imperceptible pour l'entourage. Ce phénomène est souvent mal compris par les otrovertis eux-mêmes.

Ce fonctionnement peut-il entraîner certaines difficultés ?
J’aime donner l’exemple de la gaucherie. Je suis moi-même gaucher et j’ai vécu toute ma vie dans un monde de droitiers. Être différent de cette manière n’est pas du tout un problème. Le problème commence lorsque les gauchers sont forcés d’utiliser leur main droite. Tant que l’on n’attend pas d’un otroverti qu’il rejoigne un groupe et en fasse partie, il est à l’aise. Une grande partie de la vie sociale repose sur le sentiment de communauté, mais pas toute. Et il existe des domaines où l’autonomie émotionnelle et la capacité à tolérer la séparation d’avec les groupes sont essentielles à la réussite. Ce sont généralement des domaines où la pensée solitaire est primordiale, comme l’écriture, la composition musicale ou la physique théorique, ainsi que de nombreuses professions qui ne nécessitent pas de travail d’équipe.

Ce n’est donc pas un problème que d’être otroverti ? 
Le sentiment de ne pas appartenir à un groupe ne signifie pas être incapable de nouer des liens avec autrui ou être asocial. Il s'agit plutôt de la participation à l'identité de groupe, du sentiment d'appartenance à une communauté, qui est absent de l'expérience intérieure de l'otroverti. Pour la plupart des gens, cela est difficile à comprendre, car nous avons tendance à assimiler le fait d'être communautaire à la norme. Il est vrai que de nombreuses personnes marginalisées aspirent à appartenir à un groupe et sont rejetées par celui-ci. Mais les otrovertis sont des marginaux émotionnels au sein de toute communauté, tout en étant capables de tisser des liens chaleureux et étroits avec chaque membre de la communauté, qu'il s'agisse de leur famille, de leur partenaire, de leurs amis ou de leurs collègues. Bien que la solitude leur soit familière, elle ne provoque pas la même douleur ni la même peur que chez la plupart des gens. Au fil des années, les otrovertis apprennent ce qui favorise leur bien-être et ce qui y nuit. Les plus chanceux sont ceux qui parviennent à réduire les sources d’épuisement et à augmenter les sources d’épanouissement. En réalité, les otrovertis entretiennent des relations très profondes, mais celles-ci sont individuelles et non liées à une identité de groupe.

Pratique

Suis-je otroverti ? Ni introvertis, ni extravertis : Trouver sa place de Dr Rami Kaminski, psychiatre à New York, éditions Leduc, mars 2026, 21,90 euros.
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