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Depuis un siècle, au cœur des pèlerinages du sanctuaire de Lourdes, une présence discrète mais essentielle accompagne les malades et les pèlerins : celle des Foulards Blancs. Créée en 1926 par les Scouts de France, cette association est issue de la volonté de jeunes adultes de prolonger concrètement leur engagement scout. En 2026, elle célèbre son centenaire, une étape symbolique qui témoigne de la solidité de l’engagement et de la fidélité de ses bénévoles.
Après 100 ans d’existence, l’ambition des Foulards Blancs reste la même, celle de mettre leur énergie, leur foi et leur sens du service au profit des pèlerins, en particulier des plus vulnérables. Un week-end de célébration s’ouvrira dès demain à Lourdes, du 1er au 3 mai. À cette occasion, la présidente de l’association et plusieurs Foulards Blancs ont témoigné pour Aleteia, partageant leur engagement auprès des malades et le sens profond de leur mission.
Une mission au coeur des pèlerinages
Chaque année, plus d’une centaine de bénévoles venus de différents mouvements scouts s’associent aux Foulards Blancs. Tous sont animés par une même volonté : servir. Thérèse, 29 ans, éducatrice de vie scolaire dans un lycée au Havre, fait partie de ces bénévoles qui se mettent au service des autres et témoigne de ce qui donne du sens à son engagement. "Je suis scout du plus loin que je me souvienne. Je suis allée à Lourdes avec les Foulards Blancs pour la première fois en 2012, et j’ai pris mon foulard en 2015", raconte Thérèse. "J’ai une famille entièrement engagée chez les Foulards Blancs. Petite, je regardais mes frères et sœurs partir à Lourdes, et moi aussi, je rêvais d’y aller. Lorsque j’ai pu rejoindre les Foulards Blancs, j’ai adoré me mettre au service des autres. C’est ressourçant et invite à une certaine forme de simplicité qui est nécessaire dans une vie", poursuit-elle.

Alexia, 33 ans, kinésithérapeute et présidente de l’association des Foulards Blancs depuis plus de 3 ans, témoigne de la signification profonde de cet engagement au service des plus fragiles. "Être Foulard Blanc, c’est venir à Lourdes faire une rencontre, d’un lieu où les personnes malades ou vulnérables ne sont pas seulement les bienvenues, mais où leur présence est pleinement accueillie, et où elles sont traitées humainement avant leurs pathologies". Elle ajoute, "être Foulard Blanc, c’est aussi donner l’opportunité de découvrir le service en le vivant, et montrer qu’il y a toujours, quelle que soit la tâche que l’on a, quelqu’un à rencontrer, quelqu’un à accompagner, à rejoindre".
Un siècle après la création de la communauté, les Foulards Blancs demeurent un acteur reconnu et fidèle de la vie du sanctuaire.
L’engagement des Foulards Blancs se traduit par des actions concrètes et essentielles à la vie du sanctuaire, allant de l’aide au déplacement des personnes vulnérables, notamment par le brancardage, à l’accueil des pèlerins, en passant par le soutien logistique, tout en apportant une présence humaine et fraternelle à chaque instant. En lien avec les pèlerinages diocésains, ils interviennent en complément des équipes déjà présentes afin de faciliter l’organisation. En prenant ponctuellement le relais auprès des malades, ils permettent aux brancardiers des diocèses de se reposer, tout en offrant aux jeunes l’opportunité de rencontrer les pèlerins, de découvrir concrètement le service et de se rendre pleinement utiles. Ainsi, au-delà de ces gestes, c’est une véritable attitude qui les caractérise, faite de disponibilité, d’attention à l’autre et d’un profond sens du collectif. Un siècle après la création de la communauté, les Foulards Blancs demeurent un acteur reconnu et fidèle de la vie du sanctuaire.
Un cheminement personnel et spirituel
La Communauté des Foulards Blancs réunit des guides et des scouts issus de l’ensemble des mouvements du scoutisme catholique français. Chefs et cheftaines, routiers, guides-aînées, compagnons peuvent ainsi s’y retrouver et s’engager au service des pèlerins à Lourdes. Ouvert principalement aux scouts âgés de 18 à 25 ans, le mouvement permet néanmoins à ceux qui le souhaitent de prolonger leur engagement au-delà de ces années en prenant des responsabilités dans l'association.
Constance, 26 ans, secrétaire générale des Foulards Blancs et attachée de presse, raconte son parcours. "C’est à 18 ans, après un camp où je ne me sentais pas vraiment à ma place, que j’ai vécu quelque chose de fort et que j’ai compris que je devais rejoindre les Foulards Blancs. En une semaine, j’ai échangé avec des personnes que je ne connaissais pas comme je ne l’avais jamais fait auparavant, et cela m’a profondément marquée", confie la jeune femme. Une expérience fondatrice qui l’a conduite à s’engager davantage. "J’ai eu envie, à mon tour, de permettre à des jeunes de vivre ce que j’avais vécu, et d’avoir la chance d’être touchés comme je l’ai été". Profondément marquée par la jeunesse et la vitalité, la communauté repose ainsi sur une transmission naturelle entre les générations, où les plus expérimentés initient les nouveaux aux gestes du service et à l’esprit qui l’anime, assurant une continuité vivante et fraternelle d’une génération à l’autre.

Cela fait dix ans qu’Alexia a rejoint les Foulards Blancs. "J’ai trouvé extraordinaire et bouleversant de découvrir tout ce que j’avais en commun avec des scouts que je n’avais jamais vus de ma vie. Ce lien de fraternité, entre des jeunes dont le seul point commun était d’être venus à Lourdes pour se mettre au service des malades, m’a profondément touchée. L’expérience m’a tellement marquée que je reviens chaque été depuis dix ans. Et chaque année, je me dis que ce sera la dernière… mais je reviens malgré tout. Car au-delà de tout cela, il y a ce désir de transmettre, pour que les suivants puissent à leur tour prendre le relais", confie la présidente de l’association.
Chaque année, ceux qui le souhaitent peuvent "endosser" le foulard blanc sur leur uniforme et participer à une permanence. "C’est un moyen de vivre autrement l’engagement scout", souligne Alexia. À la fois neutre et marial, ce foulard est chargé d’une forte symbolique, puisque c'est un morceau des draps de lits d'hôpitaux des malades, devenant ainsi le signe visible d’une proximité et d’un engagement au service. "On choisit de se rendre proche de celui qui est malade, qui peut parfois être désagréable, difficile d’accès, et qui peut aussi nous renvoyer à une vulnérabilité qui nous bouscule ou nous fait peur. Et comme un antidote à cela, on porte leurs draps autour du cou", explique la présidente de la communauté.
Cette démarche n’a toutefois rien d’obligatoire, certains scouts choisissent simplement de venir vivre une permanence ponctuelle, pour découvrir ou s’impliquer sans prendre d’engagement durable. C’est le cas de Zélie, 24 ans, ostéopathe parisienne. "Cela fait douze ans que je suis scout. J’ai participé à une permanence avec les Foulards Blancs en 2022 et je me suis vraiment sentie utile en pouvant aider des pèlerins qui n’en avaient pas toujours les capacités, mais surtout en essayant de me mettre à leur place, de comprendre et de vivre selon leurs difficultés", explique la jeune femme.

Pour ceux qui souhaitent s’engager au sein des Foulards Blancs, le cheminement se vit en deux étapes. La première est la prise de foulard, qui marque l’entrée dans la communauté. Elle suppose notamment d’être majeur, d’avoir prononcé sa promesse scoute, d’être parrainé et d’avoir déjà effectué une permanence complète. La seconde étape correspond à l’engagement Foulard Blanc, qui approfondit la promesse scoute en l’enracinant dans le service des personnes malades au quotidien. Pour témoigner de cet engagement, certains portent un foulard marqué des lettres "NLD" (Notre-Dame de Lourdes). Celui-ci se formule ainsi :
"[…] Je m’engage aujourd’hui à servir mes frères malades à Lourdes. Je m’engage également à assurer amitié et réconfort à un frère malade tout au long de l’année. Je place mon engagement sous la bienveillante protection de la Vierge Marie."
Il ne s’agit pas d’un engagement supplémentaire, mais bien d’un appel à aller plus loin, à vivre pleinement l’esprit du scoutisme à travers le service des personnes souffrantes, à Lourdes et au-delà. Cet appel, Thérèse a fait le choix d’y répondre. "J’ai décidé de prendre mon foulard et de m’engager pour me faire une promesse à moi-même, celle de continuer à aider les autres, aussi en dehors de Lourdes. Ce n’est pas toujours facile, mais c’est une manière de se donner de la vie", affirme-t-elle. Dans cette même dynamique, Alexia ajoute : "À Lourdes, on dit que l’on apporte aux malades prière, service et joie. Mais beaucoup de Foulards Blancs mettent la joie en premier. Parce que c’est déjà quelque chose d’extraordinaire d’entrer dans la chambre d’une personne malade ou fatiguée avec une vraie bonne humeur, et de partager cette joie d’être ensemble, une joie qui ne dépend pas d’être en bonne santé".
Cent ans au service des autres, et demain encore
"100 ans au service des malades, c’est extraordinaire !", déclare Alexia. La célébration du centenaire des Foulards Blancs, du 1er au 3 mai, offre l’occasion de rendre hommage à un siècle d’engagement bénévole. Le week-end de célébration s’ouvrira par une messe inaugurale, avant de laisser place à des temps de témoignages et de rencontres. Les participants se retrouveront ensuite pour un grand banquet, suivi d’une procession mariale, moment fort de prière et de recueillement. La communauté vivra également une consécration à Notre-Dame de Lourdes, marquant ce centenaire d’une dimension spirituelle particulière. Enfin, des temps plus fraternels, comme un pique-nique convivial, viendront ponctuer ces journées, mêlant célébration, partage et simplicité.
Cent ans après leur création, les Foulards Blancs incarnent toujours l’esprit de service et d’espérance propre au message de Lourdes, une fidélité qui se transmet de génération en génération et repose sur une conviction simple : servir là où les besoins sont les plus grands. "Nous vivons un pèlerinage d’action de grâce pour tout ce que nous avons reçu et partagé avec les générations qui nous ont précédés, avec les pèlerins malades, les hospitaliers et le sanctuaire. C’est l’occasion de mesurer combien de personnes se rassemblent autour d’un même élan, profondément bon, généreux et porteur de joie", affirme la présidente de l’association.
"Cette chose qui n'est pas du tout naturelle, à savoir le service des plus vulnérables, devient une évidence."
Soucieuse de rester accessible aux jeunes, l’association demande une participation d’environ dix euros par jour et par bénévole, incluant le logement et les repas, afin de permettre notamment aux étudiants de s’engager sans contrainte financière. Une volonté qui se vérifie dans les témoignages, comme celui de Zélie. "Le petit plus des Foulards Blancs, c’est qu’on est aussi très bien accueillis", confie-t-elle. "On peut simplement se rendre disponible pour servir, tout en faisant partie d’une vraie petite communauté, presque une famille sur place, avec des temps de prière et de convivialité." Une expérience qui devient ainsi "un moment de communion et d’inter-scoutisme avant tout".

Au fil des années, l’engagement des Foulards Blancs continue de transformer ceux qui s’y investissent, en faisant grandir une attention sincère aux plus fragiles. Ce qui peut sembler exigeant au départ devient peu à peu familier, portée par l’expérience concrète du service et de la rencontre. "Cette chose qui n'est pas du tout naturelle, à savoir le service des plus vulnérables, devient une évidence", affirme Alexia.










