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Le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, a publié le 25 avril 2026 une lettre pastorale majeure intitulée "Ils retournèrent à Jérusalem dans une grande joie". D'une longueur de plus de 30 pages, elle propose une vision renouvelée de la vocation de l'Église en Terre sainte dans un contexte de conflit prolongé.
L'Église du Patriarcat Latin s'étend sur plusieurs territoires – Israël, Palestine, Jordanie et Chypre – chacun confronté à des réalités politiques et pastorales distinctes. Cette complexité constitue à la fois sa richesse et son défi, explique le cardinal Pizzaballa. À Gaza, les chrétiens vivent dans une détresse extrême. La paroisse de la Sainte Famille et Caritas sont devenues "le Visage du Christ au milieu de l'horreur", transformant les églises en refuges pour des centaines de personnes déplacées. Dans le reste de la Palestine, la situation se détériore quotidiennement avec l'expansion des colonies, comme le montre notamment la situation à Taybeh, dernier village entièrement chrétien constamment confronté à des agressions de colons. En Israël, les communautés chrétiennes font face à la discrimination sociale, aux inégalités économiques et à une insécurité croissante, rappelle encore Mgr Pizzaballa.
Jérusalem comme modèle spirituel
Dans ce contexte où le retour de la paix et de la coexistence semble plus que jamais compromis, le cardinal Pizzaballa réaffirme la mission spécifique des chrétiens. Celle-ci ne consiste pas en un "pont neutre" entre juifs et musulmans, entre Palestiniens et Israéliens, avertit le cardinal. "Les chrétiens de Terre sainte ne sont pas un tiers indésirable, ni un tampon neutre entre Israéliens et Palestiniens, ni un groupe distinct de leurs frères non chrétiens. Ils sont plutôt le sel, la lumière et le levain au sein des sociétés auxquelles ils appartiennent de plein droit", écrit-il ainsi. S'appuyant sur la vision biblique de la "Jérusalem nouvelle" de l'Apocalypse, la lettre du prélat reprend plusieurs caractéristiques essentielles pour mieux comprendre le rôle crucial de la présence chrétienne en Terre sainte.
Telle est la contribution, la mission, que l'Agneau nous confie. Le témoignage auquel nous sommes destinés […] : oser une vision qui ne naît pas de la possession, de la peur ou de la revendication, mais de la rédemption de l'histoire.
"La mission de la Jérusalem terrestre consiste, en quelque sorte, à devenir l’image et le reflet de la Jérusalem céleste, "une prophétie, la promesse de la réconciliation universelle et de la paix que Dieu désire pour toute la famille humaine"", rappelle le cardinal en citant Benoît XVI. "C’est cette mission que nous avons perdue de vue dans le tourbillon des événements de ces dernières années. Et c’est à cette mission que nous devons revenir."
L'Église de Jérusalem a pour vocation de "guérir les nations", offrant au monde le témoignage du pardon et de la réconciliation. "La Terre sainte aura besoin de guérison. Il faudra de longs processus de guérison pour panser les innombrables et douloureuses blessures que ce conflit inflige à toutes les communautés". Face à ces blessures, la communauté chrétienne a "beaucoup à partager". "Elle ne dispose d’aucun pouvoir militaire ni économique, mais puise auprès de l’Agneau la "douceur" de ceux qui, selon la béatitude évangélique, hériteront de la terre. Elle possède la force de l’amour qui se donne, la seule force que le mal ne peut vaincre."
L'audace de vivre le message du Christ
Alors que les épreuves s'enchaînent, les chrétiens maintiennent leur engagement sans faille, notamment dans les écoles catholiques, véritables "laboratoires du futur", qui accueillent des élèves de toutes confessions et constituent des espaces où la coexistence devient une expérience quotidien. Le cardinal mentionne également les hôpitaux et œuvres sociales, "feuilles qui guérissent" et lieux où juifs, chrétiens et musulmans "naissent, sont soignés et parfois meurent ensemble", incarnant silencieusement la puissance de l'enseignement christique. "C’est là que le dialogue prend corps. Pas besoin de grands discours. Il suffit du geste de celui qui prend en charge une épreuve, de celui qui tend un verre d’eau, de celui qui reste aux côtés d’un mourant. Dans ces gestes, l’amour de Dieu se manifeste et guérit."
Face au scepticisme ambiant, le patriarche appelle à une "confiance chrétienne" qui n'est pas un optimisme naïf mais "la certitude que Dieu n'a pas abandonné l'histoire au chaos". Cette confiance doit se traduire par des gestes concrets de fraternité et de solidarité. Le cardinal conclut en reconnaissant que cette vision peut sembler "trop chrétienne" ou "utopique" pour beaucoup, mais affirme : "Telle est la contribution, la mission, que l'Agneau nous confie. Le témoignage auquel nous sommes destinés […] : oser une vision qui ne naît pas de la possession, de la peur ou de la revendication, mais de la rédemption de l'histoire." Et de conclure : "Revenons à Jérusalem avec joie. Revenons à notre vie avec passion. Portons dans notre cœur le rêve de Dieu pour sa ville, et laissons ce rêve devenir, pas à pas, jour après jour, notre propre vie."









