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Morale sexuelle et conversion : retrouver la véritable largeur catholique

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Clément Barré - publié le 29/04/26
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La morale chrétienne ne se résume pas à la morale sexuelle, a rappelé le pape Léon XIV en Afrique. La véritable question est spirituelle, précise l’abbé Clément Barré, prêtre du diocèse de Bordeaux : venez tous, et convertissez-vous.

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Je ne cesse d’être étonné de la place qu’a prise la morale sexuelle dans la parole ecclésiale. Je fais partie de cette génération qui, adolescente, a parfois davantage entendu parler d’affectivité, de corps, de désir et de sexualité — souvent avec embarras, maladresse ou réductionnisme — que de Trinité, d’Eucharistie ou de vie éternelle. Comme si l’Évangile avait peu à dire sur Dieu, beaucoup sur l’homme, et presque tout sur sa chambre à coucher. Et pourtant, cela ne manque jamais. Il y a toujours un journaliste, un synode local, ou un évêque allemand pour remettre le sujet sur la table, comme si l’avenir de l’Église dépendait, en dernier ressort, de sa capacité à s’aligner sur les dernières évolutions morales de l’Occident libéral.

Une évidence salutaire

Au retour de son voyage en Afrique, interrogé sur la question des bénédictions de couples homosexuels, le pape Léon XIV a rappelé une évidence salutaire : la morale chrétienne ne se résume pas à la morale sexuelle, et ces sujets ne doivent pas devenir un lieu de division dans l’Église. Rien de nouveau, sans doute. Mais il fallait encore le redire. Car chacun semble désormais avoir choisi son drapeau, son camp, sa ligne de front. Pour les uns, toute fidélité à l’Évangile se mesure à la fermeté doctrinale affichée sur ces questions. Pour les autres, toute crédibilité pastorale se jauge à la rapidité avec laquelle l’Église acceptera de modifier sa pratique, puis, tôt ou tard, sa doctrine. Dans cette guerre de positions, on oublie l’essentiel : l’Église n’est pas une coalition de sensibilités rivales. Elle est le Corps du Christ. Et l’unité de ce corps vaut plus que les victoires idéologiques de chaque camp.

La véritable largeur catholique

Que ceux qui poussent certaines évolutions pastorales entendent cette exigence. Leur souci des personnes blessées, marginalisées ou éloignées de l’Église est souvent sincère. Mais aimer des personnes ne donne pas le droit de transformer l’Église en laboratoire d’expérimentations imposées au reste du corps, au prix de fractures toujours plus profondes. On ne construit pas la communion contre la communion. Que ceux qui défendent la doctrine traditionnelle entendent aussi cet avertissement. On peut avoir raison sur le fond et devenir spirituellement faux dans la manière. À force de faire de la morale sexuelle l’obsession centrale de la foi chrétienne, on finit par réduire la sainteté à quelques interdits, en oubliant que le Christ tonne d’abord contre l’hypocrisie religieuse, l’argent idolâtré, la dureté de cœur, l’orgueil spirituel, cette manière de brandir la loi pour éviter la conversion.

La vraie question n’est peut-être pas d’abord doctrinale. Elle est spirituelle : où est le trésor de l’Église ?

Lorsqu’il rencontre le péché charnel, Jésus n’est ni complaisant ni brutal. À la femme adultère, il oppose à la fois la miséricorde qui relève et l’exigence qui convertit : " Va, et désormais ne pèche plus " (Jn 8,11). Voilà la véritable largeur catholique : une porte grande ouverte, et un chemin étroit. Une Église qui accueille tous, mais qui appelle chacun à changer de vie.

Le trésor de l’Église

C’est ici que la question allemande devient révélatrice. Dans une Église portée par des milliards d’euros de ressources fiscales, habituée à un niveau de confort institutionnel que bien des diocèses français peineraient même à imaginer, la tentation est grande de penser la réforme d’abord en termes de maintien, de reconnaissance sociale, d’acceptabilité culturelle. Comment retenir ceux qui partent ? Comment redevenir désirable ? Comment ne pas heurter ceux dont dépend encore l’équilibre d’un système prospère ?

Le glissement est alors subtil, mais redoutable : on ne demande plus d’abord comment conduire les hommes au salut ; on se demande comment demeurer audible, fréquentable, compatible avec l’air du temps. Le souci du Royaume cède doucement la place au souci de la structure. Une Église qui vit richement peut finir par annoncer l’Évangile avec prudence de peur de perdre ses cotisants. Et revient alors cette parole terrible du Christ : "Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur " (Mt 6,21). La vraie question n’est peut-être pas d’abord doctrinale. Elle est spirituelle : où est le trésor de l’Église ?

Retour à l’essentiel

Le tutti, tutti, tutti du pape François, répété par Léon XIV ne signifie pas : " Venez tous, restez comme vous êtes, et surtout ne changeons rien qui puisse vous heurter. " Il signifie : venez tous, car le Christ veut sauver tous les hommes, et parce qu’il veut les sauver, il veut aussi les convertir.

Moins de querelles ecclésiales obsessionnelles sur la morale sexuelle. Plus de Jésus-Christ. Plus d’Évangile. Plus d’annonce du Royaume. Plus de Croix. Plus de Résurrection. Plus de vie éternelle.

La réponse à ces questions ne viendra ni d’une crispation doctrinale, ni d’une fuite en avant pastorale. Elle viendra d’un retour à l’essentiel. L’Église parle trop souvent de morale là où elle devrait d’abord parler de salut. Trop de sexualité, pas assez de sainteté. Trop d’affectivité, pas assez d’adoration. Trop de discours sur les formes de vie, pas assez d’annonce de la Vie elle-même. Ce qui convertit un cœur, ce n’est pas d’abord une réforme disciplinaire. Ce n’est pas davantage la répétition sèche de principes moraux. C’est la rencontre avec Jésus-Christ. C’est la découverte bouleversante d’un Dieu qui aime, qui pardonne, qui appelle, qui promet plus que cette vie : la vie éternelle.

"Convertissez-vous"

Voilà ce dont notre temps a besoin. Moins de querelles ecclésiales obsessionnelles sur la morale sexuelle. Plus de Jésus-Christ. Plus d’Évangile. Plus d’annonce du Royaume. Plus de Croix. Plus de Résurrection. Plus de vie éternelle.

Le salut de l’Église ne viendra pas de sa capacité à épouser l’évolution des mœurs, ni de son acharnement à en commenter chaque soubresaut. Il viendra de sa fidélité à annoncer, envers et contre tout, cette parole unique, toujours neuve, toujours brûlante : " Convertissez-vous, et croyez à l’Évangile" (Mc 1,15).

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