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"Le malheur des uns fait le bonheur des autres" : la formule chère à Voltaire est décidément malvenue. Non seulement elle est peu charitable, mais encore elle est fausse. En politique, le malheur des uns fait presque toujours le malheur des autres. Nous sommes sur le même bateau. Il n’y a rien de joyeux à découvrir une voie d’eau sous la cabine du voisin. C’est pourtant ce que beaucoup de nos journaux s’emploient à nous dire. Depuis quelques semaines, le Suave, mari magno — "Il est doux quand la mer est agitée" de Lucrèce est devenu le mot de passe de la chronique politique française. Joie morbide !
Le chaos et la haine
Gardons-nous de céder à cette tentation sotte de nous réjouir du possible effondrement de l’Occident. Les dérapages du président américain, le chaos qui se prépare, la désinhibition générale des propos, qui n’est pas l’expression d’une libération mais d’une panique, la confusion des valeurs, la diplomatie de la canonnière, tous ces dérèglements ne sont une bonne nouvelle pour personne.
Le Sud global, qui n’est ni global, ni exclusivement au Sud, ne propose rien en dehors de la haine partagée des vieilles démocraties. Le géant chinois ronronne comme Raminagrobis. Pour connaître sa politique, il suffit de lire Sun Tzu : gagner la guerre sans faire de bataille. Pendant ce temps, l’Europe commente le monde depuis le banc de touche. Elle n’a plus envie de courir sur le terrain : elle fait la leçon à des joueurs qui ne l’entendent pas. Elle jouit du plaisir très court de se tenir assise après avoir couru, quand les autres s’agitent encore.
Assumer l’héritage chrétien
Que faire ? Revenir à nos fondamentaux. Le peuple américain garde cette force de vouloir à tout prix connaître la vérité sur lui-même. Il passe son temps à exiger que la lumière soit faite. C’est que, là-bas, la loi morale reste mêlée à la règle politique, quelles que soient les frasques des dirigeants : là-bas, le malheur des uns fait le malheur des autres. Chaque catastrophe appelle une documentation. Chaque parjure appelle un procès. C’est une forme possible de la démocratie d’inspiration chrétienne.
Chez nous, qui nous croyons tellement plus intelligents que la religieuse Amérique, l’avenir est à l’humilité. Il nous faut faire la lumière sur ce que nous sommes et ce que nous voulons. Cette lumière nous conduit inévitablement à la question fondamentale : acceptons-nous, nous Français, d’assumer le choix de notre héritage chrétien ? Cet héritage est un héritage d’avenir. Il nous appelle à quitter le banc de touche et à nous remettre au travail.









