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On connaît les OGM, mais connaissez-vous les NGT ? Non ? Pourtant, vous en aurez bientôt dans vos assiettes, sans moyen de le savoir. Ce mardi 21 avril 2026, la France vient en effet de voter au Conseil européen pour la déréglementation des "Nouvelles Techniques Génomiques", ces OGM nouvelle génération censés aider les agriculteurs à résister aux nouveaux aléas climatiques. En pratique, tandis que les OGM empruntent un ou plusieurs gènes à d’autres espèces animales ou végétales, les NGT modifient le génome d’une variété de graine en lui ajoutant des gènes issus d’une même espèce. Il s’agirait, par exemple, de renforcer une tomate vulnérable aux pucerons en lui donnant un gène issu d’une autre variété de tomates plus résilientes.
Techniques génomiques
Où est le problème, me direz-vous ? Les paysans ne font-ils pas ce genre de croisements depuis l’invention de l’agriculture ? Oui, et c’est bien tout l’enjeu ! Là où les semences circulaient de manière libre et expérimentale, les NGT, tout comme les OGM, constituent une véritable entreprise de brevetage du vivant, censé être interdit par l’Union européenne. Où est l’embrouille ? Dans le sigle. Là où les OGM sont des "organismes" génétiquement modifiés, du vivant, les NGT sont des "techniques" génomiques, de l’artificiel. Comme telles, ces "nouvelles techniques génomiques" peuvent faire l’objet d’un brevet, donc être privatisées par des grands semenciers qui en détiendront le monopole. Comme quoi, il faut parfois prendre les acronymes à la lettre…
Les opposants, pourrait-on penser, n’auront qu’à acheter leurs bonnes vieilles semences paysannes à l’ancienne, boudant les NGT comme leurs pères ont refusé les OGM. C’est là qu’intervient Aristote. Grand penseur du vivant, ce dernier distingue dans la Physique la "nature", qui détient en elle-même le principe de son mouvement, et la "technique" qui consiste à reproduire artificiellement et de manière contrôlée les processus naturels. Au premier abord, les NGT sont donc bien des techniques, qui se contentent de reproduire les propriétés de certaines variétés naturelles. Pourtant, il ne s’agit pas seulement ici de mimer de manière artificielle le génie naturel. Tel est le cas, par exemple, du biomimétisme, cette branche de l’ingénierie qui consiste à s’inspirer de la nature pour fabriquer des matériaux innovants. Ainsi, le TGV japonais imite l’aérodynamique du martin-pêcheur, l’adhésif ultra-puissant prénommé "Geckskin", les capacités adhésives du gecko, ou encore certains revêtements anti-bactériens prometteurs la peau du requin des Galapagos. Ces hommages de l’art à la nature ne posent aucun problème éthique ou politique, précisément parce qu’il s’agit d’innovations techniques, par conséquent artificielles. Avec les NGT, on bascule en revanche dans tout autre chose : lorsqu’on modifie le génome d’un être vivant, que les gènes proviennent ou non d’une espèce différente, ce dernier demeure vivant, hybride, certes, mais appartenant encore au règne naturel.
Aucun recul
Or, si l’on suit Aristote, est naturel ce qui "possède en lui-même le principe de son mouvement", autrement dit ce qui peut évoluer et se mouvoir de manière autonome. Concrètement des semences NGT peuvent parfaitement s’envoler et fertiliser le champ du voisin, qui voulait continuer de cultiver ses plantes à l’ancienne, ou la nature environnante, dont les écosystèmes ne sont pas prévus pour intégrer ce genre d’expériences. Or, nous n’avons aucun recul pour anticiper l’impact de tels organismes sur la santé de nos corps et de la biodiversité. Non seulement la circulation des semences échappe au contrôle de l’agriculteur qui les utilise, mais elle échappera aussi à celui du consommateur qui les mangera sans le savoir, l’étiquetage des NGT n’étant pas prévu dans la proposition de loi. L’évolution du vivant étant par essence imprévisible, il est impossible d’anticiper le comportement et les mutations à venir des NGT.
Il est tout à fait possible, en revanche, de prévoir quelques conséquences politiques de leur introduction. Les agriculteurs risquent non seulement de dépendre toujours plus d’une poignée de grands semenciers détenant le monopole des graines, mais également des pesticides qui permettent leur bonne croissance. Ironie tragique, les paysans dont le champ aura été accidentellement ensemencé par les NGT risquent même des procès pour utilisation illicite de semences brevetées. Le consommateur, lui, ne pourra même pas choisir de soutenir une agriculture autonome, puisque les NGT ne seront pas tracés sur l’emballage. Le cynisme de la situation éclate au grand jour quand on apprend que le G7, qui s’est réuni ces jeudi 23 et vendredi 24 avril à Paris, soit deux jours après le vote en faveur des NGT, a soigneusement évité de mentionner le réchauffement climatique et ses conséquences, pour ne pas risquer de fâcher les États-Unis de Donald Trump. Un comble, quand on sait que les leaders mondiaux de la semence transgénique sont américains, et que le principal argument en leur faveur est qu’ils renforcent la résilience des graines et des agriculteurs face aux aléas provoqués par le réchauffement climatique ! Ou comment vendre les remèdes aux catastrophes dont on dénie les causes…
Un don de Dieu
Dans la Bible, la semence symbolise souvent la gratuité des dons divins, la disproportion fabuleuse entre la cause visible, minuscule graine sans valeur, et les fruits qui en abondent, mirifique moisson dans les champs du Seigneur. En écho à cette générosité de la nature, le Lévitique ordonne aux Israéliens de partager avec les plus pauvres les fruits de la terre : "Quand vous ferez la moisson dans votre pays, tu laisseras un coin de ton champ sans le moissonner, et tu ne ramasseras pas ce qui reste à glaner. Tu abandonneras cela au pauvre et à l'étranger. Je suis l'Éternel, votre Dieu" (Lv 23, 22). La germination mystérieuse des plantes, qui échappe au contrôle de l’homme, doit lui rappeler que la nature est un don de Dieu qu’il ne peut pas s’approprier, surtout si c’est au détriment des plus pauvres. Saint Paul le rappellera avec force, 500 ans plus tard : "Car celui qui sème pour sa propre chair moissonnera de la chair la corruption, mais celui qui sème pour l’Esprit moissonnera de l’Esprit la vie éternelle" (Ga 6, 8). Alors choisissons bien quelles semences nous voulons répandre dans nos champs, nos corps et nos âmes, de peur d’en récolter les fruits pourris de la corruption, de la pauvreté et de l’aliénation.










