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Le Mali en proie à des attaques jihadistes d’une ampleur sans précédent

MALI UNREST

Des rebelles touaregs de la coalition du Front de libération de l'Azawad (FLA) à l'arrière d'une camionnette à Kidal, le 26 avril 2026.

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Cécile Séveirac - avec AFP - publié le 27/04/26
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Le Mali est confronté à une flambée de violences sans précédent depuis plus d’une décennie, avec des attaques coordonnées menées depuis samedi 25 avril par des groupes jihadistes alliés à des rebelles touareg contre des positions stratégiques du pouvoir militaire. Ces offensives, qui ont notamment coûté la vie au ministre de la Défense, fragilisent davantage une junte déjà contestée et illustrent l’aggravation d’une crise sécuritaire persistante depuis 2012.

Le Mali est plongé dans une situation sécuritaire critique après une série d'attaques coordonnées sans précédent menées samedi à travers le pays par des jihadistes alliés à la rébellion touareg contre des positions stratégiques de la junte au pouvoir, dont l'armée a continué de combattre sporadiquement dimanche 26 avril sur le terrain.

Cette situation au Mali depuis samedi 25 avril – attaques coordonnées d'ampleur et présence des groupes armés dans plusieurs villes, décès du ministre de la Défense - est sans précédent depuis près de 15 ans et les évènements de mars 2012. À l’époque, des rebelles indépendantistes touareg, vite évincés par leurs alliés islamistes associés à Al-Qaïda au Maghreb islamique, avaient pris le contrôle des villes de Kidal, Gao puis Tombouctou, dans le Nord.

Le Mali est depuis en proie aux conflits et aux violences jihadistes, mais les attaques samedi des jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM, allié à Al-Qaïda) et de la rébellion indépendantiste touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA) sont également inédites depuis la prise du pouvoir en 2020 par la junte.

Les rebelles du FLA, groupe séparatiste réclamant le territoire de l'Azawad dans le nord du Mali, ont revendiqué le contrôle "total" de la ville-clef de Kidal (nord), après des affrontements qui avaient repris dans la matinée et qui se sont interrompus. Le FLA a aussi annoncé être parvenu à un "accord" permettant aux soldats russes de l'Africa Corps (organisation paramilitaire russe contrôlée par Moscou) de se retirer de Kidal. Kidal avait été reprise en novembre 2023 par l'armée malienne appuyée par des combattants du groupe paramilitaire russe Wagner (devenu Africa Corps depuis), mettant fin à plus d'une décennie de contrôle par des groupes rebelles.

Le chef de la junte silencieux

Le FLA revendique en outre avoir pris le contrôle de plusieurs positions dans la région de Gao (nord). Les combats ont cessé mais les rebelles se trouvent toujours aux abords de la ville, a indiqué un élu à l'AFP. Le calme est revenu à Kati, ville-garnison et fief de la junte situé à une quinzaine de kilomètres de Bamako, la capitale, après des tirs signalés dans la matinée, selon un habitant interrogé par l’AFP.

Mais à Sévaré (centre), la situation restait "confuse" et des coups de feu sont encore entendus par endroits, d'après un élu local. Selon un bilan annoncé par le gouvernement, les combats depuis samedi 25 avril ont fait 16 blessés civils et militaires et des "dégâts matériels limités", mais le nombre de victimes pourrait s'alourdir, notamment chez les civils.

Coup dur porté au régime militaire, le ministre de la Défense, Sadio Camara, 47 ans, un des principaux responsables de la junte, a été tué lors des attaques "terroristes" samedi par "un véhicule piégé conduit par un kamikaze" ayant ciblé sa résidence à Kati, a dit le gouvernement dans un communiqué dimanche soir, confirmant son décès déjà annoncé par ses proches un peu plus tôt dans la journée. Lors des "incidents terroristes" ayant visé sa résidence, le général Camara a "engagé des échanges avec les assaillants dont il a réussi à neutraliser certains", affirme la junte.

Le général Camara a été blessé puis transporté à l'hôpital où "il a malheureusement succombé", dit le communiqué, selon lequel il aura droit à "des funérailles nationales". De son côté, le général Assimi Goïta, chef de la junte, n’a pas été vu et n'a pas pris la parole depuis le début des hostilités. Une source sécuritaire malienne a indiqué à l’AFP qu’il "a été exfiltré de Kati dans la journée de samedi et se trouve en lieu sûr " mais plusieurs observateurs s'étonnent de son silence.

Crise sécuritaire

Le JNIM, qui lutte depuis des années contre les militaires au pouvoir à Bamako, a proclamé samedi soir la "victoire". Il déclare assumer "la responsabilité" pour les assauts ayant visé samedi "le siège du président malien Assimi Goïta, le siège du ministre malien de la Défense Sadio Camara, l'aéroport international" de Bamako et "les sites militaires dans la ville de Kati".

Le Mali est confronté depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire, nourrie notamment par les violences de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation État islamique (EI), ainsi que de groupes criminels communautaires et des indépendantistes.

Avant la rupture avec Bamako, la France a joué un rôle central dans la lutte contre les groupes jihadistes au Mali. Elle est intervenue militairement en janvier 2013 avec l’opération Opération Serval, à la demande des autorités maliennes, pour stopper l’avancée des groupes islamistes vers le sud du pays et reprendre les principales villes du nord. Cette intervention a ensuite été élargie à l’échelle régionale avec l’opération Opération Barkhane, mobilisant plusieurs milliers de soldats dans le Sahel pour traquer les groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. 59 militaires français ont perdu la vie. Malgré certains succès militaires, la situation sécuritaire est restée dégradée, et un sentiment anti-français croissant a fini par pousser les troupes françaises vers la porte de sortie. Après les coups d’État de 2020 et 2021 et la montée des tensions avec la junte, la France a été contrainte de retirer ses troupes en 2022, accusant la junte militaire d’entraver leurs opérations et dénonçant une dégradation profonde de la coopération sécuritaire, dans un contexte de rapprochement de Bamako avec la Russie.

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