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Marathon de Londres : la belle histoire derrière le record de Sabastian Sawe

Sabastian Sawe remporte le marathon de Londres en moins de deux heures.

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Laura Marchais - publié le 27/04/26
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Le Kényan Sabastian Sawe est entré dans l’histoire en devenant le premier homme à courir un marathon officiel en moins de deux heures. Interrogé par Runner's World, il s’est confié avec simplicité sur son parcours. Derrière cet exploit au marathon de Londres ce 26 avril se dessine une trajectoire profondément humaine, portée par une famille qui l’a façonné, nourrie par la foi et éprouvée par les obstacles, où la résilience et la détermination ont peu à peu ouvert la voie à l’exceptionnel.

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C’est un exploit que beaucoup pensaient impossible ! Ce dimanche 26 avril à Londres, le Kényan Sabastian Sawe est entré dans l’histoire en devenant le premier homme à courir un marathon homologué en moins de deux heures. Le coureur a franchi la ligne d’arrivée en 1 h 59 min 30 s, établissant un nouveau record du monde, précédemment détenu par Kelvin Kiptum, disparu tragiquement dans un accident de voiture le 11 février 2024 à l’âge de 24 ans. Kelvin Kiptum avait parcouru cette distance en 2 h 00 min 35 s.

Derrière cet exploit hors norme Sabastian Sawe dévoile une vie d’une grande simplicité, façonnée par la foi, traversée d’épreuves et soutenue par une détermination inébranlable

Qui est vraiment l’homme derrière le "recordman" ?

Né le 16 mars 1994, Sabastian Sawe a grandi dans une famille modeste à Cheukta, situé à l’est du Kenya. Son père, Simion, cultivait le maïs, tandis que sa mère, Emily, ancienne sprinteuse prometteuse, a choisi de renoncer à sa carrière sportive pour se consacrer à sa famille à la suite d’une grossesse précoce. La famille vivait dans une maison rudimentaire, aux murs de boue, aux sols en terre battue et sans électricité. "C'était un travail difficile, mais nous n'avons jamais manqué de rien", confie le trentenaire au média Runner’s World.

Mais la figure qui marque le plus profondément son enfance est sans doute celle de sa grand-mère, Esther, qu’il appelle affectueusement "Koko". De fait, lorsque ses parents partent s’installer dans le comté de Nandi pour travailler la terre, Sabastian Sawe supporte mal cet éloignement. Habité par le mal du pays, il ne pense qu’à une chose : revenir à Cheukta et retrouver celle qui compte tant pour lui. Finalement, sa sœur aînée Vivian et lui retournent vivre auprès de leur grand-mère. "Elle les adopta avec joie", raconte son oncle Abraham. "Elle traitait Sabastian comme son dernier-né" ajoute-t-il.

Le garçon était timide, il se cachait parfois des courses près de la cantine de l’école. Mais j’ai refusé de le laisser se dégonfler. Je lui ai dit que la course à pied n’était pas qu’une question de talent, c’est sa chance et son avenir.

C’est auprès d’elle que Sabastian Sawe s’est construit. "Elle m'a élevé. Elle a toujours été là pour moi. Elle me disait toujours : tout ira bien", déclare l’athlète. Chaque dimanche, il l’accompagnait à l’église catholique de Cheukta. C’est là, peu à peu, que se façonne sa vision de la vie.

La course, entre épreuve et vocation

Très tôt, la course à pied prend une place importante dans la vie de Sabastian Sawe. Dans son quotidien d’enfant, courir n’est pas un effort, mais un réflexe. "Nous allions tous à l'école en courant", raconte son oncle Jack. "Le trajet durait dix minutes, mais personne ne marchait". Un souvenir que confirme sa mère. "Où qu'il aille, il courait".

Peu à peu, cette habitude devint une véritable vocation, encouragée par plusieurs figures déterminantes. Son professeur, Julius Kemei, perçoit très tôt son potentiel, malgré sa timidité. "Le garçon était timide, il se cachait parfois des courses près de la cantine de l’école. Mais j’ai refusé de le laisser se dégonfler. Je lui ai dit que la course à pied n’était pas qu’une question de talent, c’est sa chance et son avenir".  Son oncle Abraham Chepkirwok, joue lui aussi un rôle clé. Ancien athlète accompli, il devient une source d’inspiration pour Sabastian Sawe lorsqu’il établit en 2008 en Ouganda le record national du 800 mètres en 1 min 43 s 72, une performance toujours inégalée.

En 2017, l’athlète quitte son village pour rejoindre Iten. Située non loin de Cheukta et considéré comme un haut lieu de l’athlétisme kényan, cette ville représente pour lui une véritable porte d’entrée vers une carrière internationale. Pourtant, malgré son engagement et ses efforts, il peine à se faire une place dans un environnement extrêmement compétitif et décevant. Les opportunités lui échappent, les conditions sont précaires, et la reconnaissance tarde à venir. De plus, la pression familiale s’intensifie alors qu’on lui propose et l’encourage à suivre une carrière stable dans la police. Mais Sabastian Sawe refuse, et choisit de poursuivre son rêve.

Puis, en 2020, une rupture de tendon l’éloigne brutalement des pistes, freinant son élan et remettant en cause tout ce pour quoi il s’était battu jusqu’alors. Au même moment, la pandémie de COVID-19 n’a fait qu’aggraver la situation, mettant à l’arrêt les compétitions et suspendant ses espoirs. “C'était si difficile pour moi”, confie Sabastian Sawe. Au cœur de cette période sombre, il raconte cependant avoir trouvé une lumière dans son mariage avec Lydia et dans la naissance de son fils, Tyrese, qui lui ont donné la force de continuer.

La renaissance

Un tournant décisif intervient lorsqu’il rejoint le 2Running Club, dans le comté de Nandi, grâce au soutien de son oncle et de l’entraîneur Abel Mutai. Il y découvre un cadre totalement différent, un environnement structuré, professionnel, avec un suivi médical attentif et des méthodes d’entraînement rigoureuses. Une véritable transformation s’opère alors. “J'étais tellement heureux, je l'ai senti dès le début, comme si c'était enfin mon tour.” Malgré des rechutes physiques, Sabastian Sawe ne renonce pas. Porté par la patience, une valeur ancrée depuis l’enfance, il reconstruit peu à peu son corps, mais aussi sa confiance.

Le 30 janvier 2022 marque un nouveau tournant dans sa vie. Lors du semi-marathon de Séville, Sabastian Sawe apprend que sa grand-mère est gravement malade. Bouleversé, il décide de courir pour elle. Porté par cette intention, il dépasse les consignes, accélère le rythme et parcourt l’intégralité du semi-marathon, alors qu’il n’était censé en courir que 10 kilomètres. Il s’impose finalement avec un temps exceptionnel de 59 minutes et 2 secondes, pulvérisant le record du parcours de plus d’une minute et demie. Quelques jours plus tard, il enterre celle qui l’a élevé. Cette course devient alors bien plus qu’une victoire. Elle révèle, aux yeux du monde comme aux siens, toute l’étendue de son talent.

Les performances de Sabastian Sawe s’enchaînent rapidement. Il signe un 10 km en 26 min 54 s, remporte le titre national kényan de cross-country, puis s’impose aux Championnats du monde de semi-marathon en 2023. "Cela a prouvé que j'étais un coureur", déclare l’athlète. Derrière ces succès, sa stratégie reste inchangée, fondée sur la discipline et une confiance totale en sa capacité à accélérer au moment décisif.

Puis, en 2024, Sabastian Sawe franchit une nouvelle étape en se lançant sur marathon. Son entraînement s’intensifie considérablement, atteignant jusqu’à 200 kilomètres par semaine, avec des sorties longues de 40 kilomètres. Dès ses débuts à Valence, il impressionne en réalisant 2 h 02 min 05 s, l’un des meilleurs temps jamais enregistrés pour un premier marathon. Mais c’est à Londres qu’il entre véritablement dans la légende. En franchissant la ligne d’arrivée en 1 h 59 min 30 s, il devient le premier homme à courir un marathon officiel en moins de deux heures. Une performance vertigineuse, qui revient à courir chaque 100 mètres en moins de 17 secondes, et à soutenir ce rythme sur l’ensemble des 42 kilomètres.

À l’arrivée, Sabastian Sawe pose un geste à la fois simple et profondément symbolique en faisant un signe de croix. Un geste à l’image de son parcours. "Je cours à mon rythme. Sans pression. Je n'ai jamais ressenti de pression", affirme le gagnant. Malgré le succès, il continue de mener une vie sobre, dans un camp d’entraînement simple, loin du luxe, et ne retrouve sa famille que deux fois par mois. Pour lui, le sacrifice demeure une condition essentielle de la réussite.

Ce jour-là à Londres, bien au-delà du record, c’est toute une histoire humaine qui s’est révélée. Celle de Sabastian Sawe, façonnée par la foi, la persévérance et l’espérance. Car le marathonien ne se définit pas seulement par ses performances, mais par le chemin parcouru pour y parvenir. En franchissant la ligne d’arrivée, il inscrit aussi dans sa course l’héritage de ceux qui l’ont porté, rendant hommage à la foi de sa grand-mère, aux rêves interrompus de sa mère et à l’exemple inspirant de son oncle.

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