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Boualem Sansal lassé par les censeurs

L'écrivain Boualem Sansal emprisonné à Alger.

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Jean-Étienne Rime - publié le 27/04/26
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Les nouveaux censeurs interdisent les propos qui dérangent, réinventent l’histoire, redéfinissent le bien et le mal. Lassé par le climat de terreur verbale liberticide qui prétend disqualifier toute pensée non-conforme, l’écrivain Boualem Sansal pourrait quitter la France.

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal annonce qu’il souhaite quitter la France qui l’a accueilli pendant de nombreuses années. Il se dit blessé par des insultes quotidiennes et inquiet pour sa liberté de penser, d’écrire, de prendre des positions. Dans un entretien au Figaro, Il précise : "Pourquoi rester en France avec toutes ces attaques que je subis matin et soir ? […] Ce sont des insultes, ce n’est plus de la critique."

On musèle le présent

La liberté de penser fait pourtant partie de l’esprit et de la culture française depuis des siècles. Celle-ci s’est forgée au fil des temps par des écrivains, philosophes, poètes ou gouvernants devenus figures de la nation. Tant de personnalités se sont succédé avec cette liberté. Elles ont été parfois embastillées, mais relâchées puis publiées. Les Abélard, Villon, les poseurs de placards sous François Ier, Montaigne, La Bruyère et les philosophes du XVIIIe siècle, les écrivains du XIXe, les poètes maudits et jusqu’aux libertaires de mai 68… tant d’autres se sont exprimés, sans réserve. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Voilà où nous en sommes. Un écrivain détenu arbitrairement pensant un an dans des conditions matérielles et morales inacceptables ne peut plus s’exprimer en France et pire, il est menacé, alors qu’il est si populaire dans l’opinion réelle.

Tout change et vite. Scandale, quand des jeunes gens organisent un banquet dans la tradition de la cuisine française. Révision de l’histoire, quand Jean-Luc Mélenchon affirme contre toute vérité scientifique que les cathédrales n’auraient pas pu être construites sans l’apport des mathématiques et de l’architecture musulmanes. Mise au ban des militaires qui ont œuvré dans les colonies, sans préciser qu’ils étaient aux ordres de gouvernements de gauche. On interdit, on réinvente l’histoire, on dénonce le passé, on musèle le présent, on crée de nouvelles Bastilles avec les mots de la bien-pensance.

Oligarques de la pensée

Plus grave encore, il ne s’agit pas d’une vague poussée de fièvre de telle ou telle couleur politique : tous s’y mettent et suivent le mouvement. Les mots sont changés. Le vocabulaire de Voltaire ou de Brassens n’est plus audible aujourd’hui, faute d’utiliser les bons termes pour qualifier par exemple les "minorités sexuelles" et les origines ethniques. Dans le même temps, d’autres minorités sont méprisées, tels les anciens que l’on pousse à "mourir dans la dignité", les handicapés qui coûtent cher à la société, etc. Les films d’Audiard ne pourraient plus sortir dans les salles sans subir la censure nouvelle qui n’utilise pas les ciseaux mais la dénonciation.

Monsieur Sansal, restez en France. La France dans son immense majorité vous respecte et aime votre œuvre.

"Attention à ce que tu dis, attention même à ce que tu penses !" Voilà où nous en sommes. Un écrivain détenu arbitrairement pensant un an dans des conditions matérielles et morales inacceptables ne peut plus s’exprimer en France et pire, il est menacé, alors qu’il est si populaire dans l’opinion réelle. Boualem Sansal confirme : "Les Français sont adorables. Moi, j’ai l’impression que je fais presque l’unanimité… des vieux, des jeunes, même des enfants, des adolescents qui viennent, qui me disent merci. Mais c’est le problème d’une poignée d’oligarques de la pensée, de petits dictateurs de bureau."

Une liberté constitutive

Ceux qu’il qualifie de poignée d’oligarques et de dictateurs de bureau sont en train de mettre une chape de plomb sur la pensée en France. Ils définissent le bien et le mal, ce que l’on peut dire et ce qui est interdit. Ils sont peu nombreux mais possèdent les rênes du pouvoir. Leurs incubateurs sont dans les universités, leurs relais dans de nombreux médias dont beaucoup du service public, leurs porte-parole imposent les limites de la pensée.

Devons-nous nous résigner ? Monsieur Sansal, restez en France. La France dans son immense majorité vous respecte et aime votre œuvre. Vous avez été élu à l’Académie française, parlez librement, vous savez que vos propos sont écoutés et appréciés en dehors de ces "dictateurs de bureau" que vous pointez du doigt. Nous n’allons pas subir une terreur verbale qui peut dériver à tout moment. Les Français comptent sur des personnalités comme vous pour endiguer cette peste idéologique. Les Français ont toujours été libres de penser, de parler, de croire et de promouvoir leurs idées, cette liberté est constitutive de notre nation.

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