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Contre les ravages du soupçon, l’avertissement de saint Dorothée

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Sophie Baron - publié le 26/04/26
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Que nous disent les Pères du Désert pour guider notre vie spirituelle, dans les circonstances très concrètes de notre vie ? Donner prise au soupçon, c’est se laisser envahir par les ravages du mensonge par la pensée, avertit saint Dorothée de Gaza.

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Dorothée, abbé du VIe siècle, fait partie d’un groupe de moines célèbres de Gaza. Ces frères du désert nous ont laissé de profondes remarques spirituelles, où ils se montrent très soucieux de la qualité des relations humaines et nous enseignent comment éviter les pièges de la vie commune. 

Juger le prochain

Aujourd’hui, abba Dorothée nous met en garde, dans ses Instructions spirituelles, contre les soupçons qui naissent d’autant plus vite qu’on est en silence et que chacun garde devers soi son jugement sur la conduite des uns et des autres. Qui que nous soyons, moines ou pas, nous devons nous méfier des non-dits qui cachent souvent des appréciations faites à la hâte, sans vérification suffisante, et qui peuvent nous entraîner loin. 

"Voyez-vous quel grave péché l’on commet en jugeant le prochain ? Qu'y a-t-il en effet de plus grave ? Existe-t-il quelque chose que Dieu déteste autant et dont il se détourne avec autant d'horreur ? Les Pères l'ont dit : « Rien n'est pire que de juger." Et pourtant, c'est par ces choses soi-disant de peu d'importance que l'on en vient à un si grand mal. On admet un léger soupçon contre le prochain, on pense : "Qu'importe si j'écoute ce que dit tel frère ? Qu'importe si je dis seulement ce mot moi aussi ? Qu'importe si je vois ce que va faire ce frère ou cet étranger ?”" (Instructions, 69)

Le mensonge par la pensée

Selon, l’abbé Dorothée, "il ment par la pensée, celui qui accueille les soupçons". "Voit-il quelqu'un parler avec un frère, il pense : « C'est pour moi qu'ils parlent. » Cessent-ils leur entretien ? Il soupçonne encore que c’est à cause de lui. Si quelqu'un dit un mot, il soupçonne que c'est pour lui faire de la peine. Bref, à tout propos, il soupçonne le prochain et dit : “C'est à cause de moi qu’il a fait ceci, c'est à cause de moi qu'il a dit cela ; c'est pour telle raison qu'il a fait cela.” Tel est celui qui ment par la pensée : il ne dit rien selon la vérité, mais tout par conjecture. De là des curiosités indiscrètes, des médisances, l'habitude d'être aux écoutes, de discuter, de juger." (Instructions, 97) Rien n'est plus grave en effet que les soupçons. "Ils sont si préjudiciables qu'à la longue ils arrivent à nous persuader et à nous faire croire avec évidence que nous voyons des choses qui ne sont pas et n'ont (jamais) été." (Instructions, 98) 

Les ravages du soupçon

"Rien n’est plus grave que les soupçons !" Cet avertissement sévère, émanant d’un aussi bon observateur de la vie communautaire, doit nous mettre sur nos gardes. Il sait par expérience les ravages que peuvent semer des affabulations, qui, même non communiquées à autrui, peuvent pervertir le jugement, rendre odieuse telle personne, faire démarrer des oppositions qui divisent les esprits. La mise en garde de Dorothée nous invite à passer au crible nos soupçons, repérer ceux qui n’ont vraiment pas de fondement et dérivent souvent de quelque chose qui nous a été dit et dont nous n’avons pas été témoins. Quand on nous déclare : "Voilà ce qu’un tel dit dans votre dos à votre sujet », il faut par principe l’écarter, car forcément le rapporteur est partial, il n’est pas un observateur neutre et nous risquons de nous laisser entraîner dans ses querelles à lui. Si, à l’expérience, le rapport qui nous est fait se révèle objectif, nuancé, dépourvu de ressentiment, on pourra y prêter attention mais seulement comme un avertissement qui nous permettra d’être sur nos gardes, sans nous laisser aller à un jugement de valeur, que nous n’avons en aucun cas le droit de porter. Car "rien n'irrite Dieu davantage, précise Dorothée, rien ne dépouille l'homme et le conduit à sa perte comme le fait de médire du prochain, de le juger ou de le mépriser"" (Instructions, 69).

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