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Cette Espérance qui pousse à l’inaccessible

5 min de lecture
"Les jeunes, les exclus, les fidèles, les malades : tous seront rencontrés et, finalement, emmenés spirituellement vers ce qui sera l’aboutissement de ce voyage, la ville de Metz", commente le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille.

Crédit : Aleteia

Pour le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille, les chrétiens de France ne sont pas nombreux mais en nombre suffisant pour porter le message de paix de l’Évangile.

Quand le monde nous enferme dans l’horizon limité de ce qui "ne peut pas être autrement", l’Espérance est cette voix intérieure qui nous pousse à voir au-delà de ce qui est accessible. De génération en génération, rappelle le père Benoist de Sinety, les saints ont cru qu’une autre voie était possible.

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"Pourquoi devons-nous passer notre vie à nous efforcer d’être quelque chose que nous ne voudrions jamais être, si seulement nous savions ce que nous voulions ? Pourquoi perdons-nous notre temps à faire des choses qui, si nous ne faisions qu’y penser, sont exactement le contraire de ce pour quoi nous avons été faits ?" Dans ce qui est souvent désigné comme son "traité de la perfection", No man is an island, Thomas Merton, lumineuse figure du XXe siècle nous renvoie aux questions essentielles. Né en pleine Première Guerre mondiale, fils d’artistes néo-zélandais et américains alors installés dans le sud de la France, baptisé anglican par des parents quakers, élevé sur les deux continents séparés par l’Atlantique, le jeune homme devient moine trappiste sous le nom de Père Louis. Fauché par la mort dans les années soixante, à 53 ans, dans un stupide accident domestique alors qu’il participait à une rencontre interreligieuse en Thaïlande, il laisse une œuvre d’une poésie et d’une intensité qui percutent en plein cœur.

La conscience devant le manque d’espérance

Thomas Merton interroge la conscience moderne qui veut se persuader qu’il n’y a pas d’autres solutions que celles qui étreignent nos vies, qu’il n’y a pas d’autre monde possible que celui dans lequel on nous somme de nous tenir. 

Je repensais à ces phrases écrites alors que je n’étais pas né, en entendant des jeunes partager devant moi leurs rêves de transgresser bien des non-dits qui semblent régir une société qui se durcit à mesure qu’elle ne parvient plus à proposer de sens et d’horizon. Il y a un plafond de verre à notre monde d’aujourd’hui comme sans doute il n’y en eut jamais. Sans doute par manque d’espérance. C’est bien cette Espérance qui permit à un jeune homme d’Assise, de se débarrasser des soieries qui étouffaient son souffle pour se jeter, nu ou presque, sur les chemins du monde où tout se révèle alors signe d’une fraternité qui jaillit d’une commune filiation. C’est bien cette Espérance qui suscita dans le cœur d’une religieuse albanaise au service des "bonnes familles" de se vouer à communier aux derniers souffles des mourants de Calcutta, sans se soucier de l’origine ou de la foi de celui qui expire dans ses bras. 

"Ce que le Seigneur dit en eux"

L’Espérance ne connaît aucune frontière géographique ou temporelle. Au cœur du XVIe siècle, la plume d’un jeune jésuite parti aux Indes, François-Xavier, traçait avec gravité ces mots sur une lettre qui mettrait des mois à parvenir jusqu’à son frère Ignace, à Rome. Il écrivait : 

"J’ai très souvent eu l’idée de parcourir toutes les universités d’Europe, et d’abord celle de Paris, pour hurler partout d’une manière folle et pousser ceux qui ont plus de doctrine que de charité, en leur disant : “Hélas, quel nombre énorme d’âmes, exclu du ciel par votre faute, s’engouffre dans l’enfer !” Beaucoup d’entre eux, bouleversés par cette pensée, aidés par la méditation des choses divines, s’entraîneraient à écouter ce que le Seigneur dit en eux et, en rejetant leurs ambitions et leurs affaires humaines, ils se soumettraient tout entiers, définitivement, à la volonté et au décret de Dieu. Oui, ils crieraient du fond du cœur : “Seigneur, me voici ; que veux-tu que je fasse ? Envoie-moi n’importe où tu voudras, même jusque dans les Indes.”"

Au-delà de ce qui est accessible

Il n’est pas interdit de penser que ces mots, d’une manière ou d’une autre, ont eu une influence considérable sur des générations depuis lors. En passant par Frédéric Ozanam, professeur en Sorbonne, jusqu’à l’un de ces jeunes qui, l’autre soir se souvenait vaguement avoir une fois ou l’autre entendu proclamer cet appel et qui l’avait tellement fait sien qu’il semblait découvrir qu’il n’en était pas l’inventeur.

Face aux défis de l’Intelligence artificielle qui promet d’avoir — qui a déjà ? —  réponse à tout, c’est bien l’Espérance qu’il faut cultiver et promouvoir : rien ne peut s’imposer comme supérieur aux rêves de l’homme. Voir au-delà de ce qui est accessible, croire qu’il existe une réalité toujours plus grande. "La plus grande tentation de l’homme, écrivait Merton, est de se contenter de trop peu."