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Pierre Souvet : “Les polluants nous attaquent sans qu’on s’en aperçoive”

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Anna Ashkova - publié le 25/04/26
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Invisibles mais omniprésents, les polluants s’immiscent partout. Pierre Souvet, cardiologue, président de l’Association santé environnement France (Asef) et auteur de "Anti-toxique, le guide des polluants cachés" publié début avril, revient sur leurs effets sur la santé et préconise des gestes simples pour limiter son exposition.

À l’heure où les polluants environnementaux s’invitent dans le quotidien — de l’air que nous respirons à l’alimentation que nous consommons, jusqu’aux meubles qui nous entourent — la question de leur impact sur la santé devient centrale. Dans son ouvrage Anti-toxique, le guide des polluants cachés (éd. Albin Michel), publié le 8 avril, Pierre Souvet, cardiologue et président de l'Association santé environnement France (Asef), alerte avec ses confrères sur cette exposition diffuse, souvent invisible, mais bien réelle, et propose des clés pour mieux s’en protéger sans pour autant céder à l’alarmisme. "Vous ne pouvez pas tout changer d’un coup, mais petit à petit, en adoptant les bonnes actions, vous pouvez vous protéger, vous, votre famille et vos enfants", explique-t-il à Aleteia, en revenant sur les principaux risques liés aux polluants, dont le cadmium, et les moyens concrets de réduire son exposition au quotidien.

Aleteia : Vous montrez dans votre livre à quel point les polluants sont omniprésents dans notre quotidien, nos maisons ou encore notre alimentation. C’est assez vertigineux… Comment repérer concrètement ces substances toxiques dans son quotidien alors même qu’elles sont souvent invisibles ?
Pierre Souvet : Quand vous voyez une voiture vous foncer dessus, vous avez un réflexe de survie immédiat. Les polluants, eux, nous attaquent sans qu'on s'en aperçoive. Il existe près de 100.000 substances chimiques en circulation. Vous ne pouvez pas toutes les connaître. Pour les repérer, il faut adopter des achats plus réfléchis : se renseigner sur les fournisseurs, privilégier les marques qui se sont engagées dans des démarches plus vertueuses comme celles qui ont supprimé certaines substances controversées de leurs produits. Bien sûr, tout le monde n’est pas chimiste. Il est donc utile de se faire aider, notamment grâce à des applications qui permettent de scanner les produits. Cela peut paraître fastidieux au début, mais une fois que vous avez identifié les bons produits, il n’est plus nécessaire de tout scanner à chaque fois dans le supermarché. Nous devons être des consommateurs avertis qui donnent leur avis au lieu de subir.

L'augmentation de certaines maladies s’explique en partie par le vieillissement de la population mais aussi par une évolution de nos modes de vie et de notre environnement.

Quel est aujourd'hui l'impact réel des polluants sur notre santé, notamment à long terme ?
Ils contribuent d’abord aux maladies cardiovasculaires et aux AVC. Ce sont aujourd’hui les principaux effets liés aux facteurs de risque environnementaux. Viennent ensuite les cancers, les maladies respiratoires, mais aussi les troubles de la fertilité. On observe également une augmentation des troubles métaboliques, notamment liés aux perturbateurs endocriniens, qui favorisent des pathologies comme le diabète ou l’obésité. Enfin, certains polluants, comme le plomb, sont associés à des troubles neurologiques.

Comment expliquez-vous l’augmentation de certaines maladies aujourd’hui, que l’on observait moins auparavant ?
Cette hausse s’explique en partie par le vieillissement de la population mais aussi par une évolution de nos modes de vie et de notre environnement. Les générations précédentes étaient moins exposées aux pesticides et aux produits chimiques. L’alimentation était aussi différente. On cuisinait davantage soi-même avec des aliments plus variés et moins transformés. Enfin, pour certains polluants comme le cadmium, les niveaux d’exposition étaient plus faibles car les sols étaient moins contaminés qu’aujourd’hui.

Vous évoquez le cadmium. Pouvez-vous expliquer de quoi s’agit-il ?
Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans les sols. On en trouve partout dans le monde, y compris en France, mais en quantités variables selon les gisements, qui sont nécessaires à l'agriculture conventionnelle. En France, nous avons depuis des décennies enrichi les sols avec du cadmium à travers des engrais phosphatés. Ces engrais proviennent majoritairement de gisements, notamment au Maroc, qui sont naturellement riches en cadmium. Or le cadmium remonte dans la plante. Deux phénomènes aggravent aujourd’hui cette situation. D’une part, la nature des sols : lorsqu’il y a peu de matière organique, le cadmium est moins retenu et peut plus facilement être absorbé par les plantes. Et d’autre part, il y a l’acidification des sols, liée notamment à l’usage intensif d’engrais azotés. Or, plus un sol est acide, plus le cadmium devient biodisponible, c’est-à-dire facilement absorbé par les cultures.

Les enfants français sont trois à quatre fois plus contaminés que leurs homologues allemands, belges, italiens, américains ou canadiens. Chez les adultes, les niveaux de contamination sont également deux à trois fois plus élevés.

Nous avons donc un double effet : un stock de cadmium accumulé dans les sols depuis des années grâce aux engrais phosphatés, et le fait que le cadmium remonte de plus en plus vers les plantes aujourd’hui à cause d’un manque de matière organique et de l’acidification des sols. Cela peut expliquer pourquoi les Français sont davantage exposés que d’autres populations, comme les Allemands, les Américains ou les Canadiens, qui utilisent des sources d’engrais plus diversifiées et ont donc, globalement, moins enrichi leurs sols en cadmium.

Et quel est son impact sur la santé ?
Le cadmium a des effets multiples et bien documentés sur la santé. À ce jour, il y a eu près de 18.000 études scientifiques dans le monde qui montrent l’ampleur des recherches sur le sujet. Il n’existe pas de seuil réellement “sans risque”, puisqu’il s’agit d’une substance pour laquelle l’exposition devrait idéalement être nulle. Il existe néanmoins des valeurs de référence, comme le seuil de 0,50, historiquement considéré comme la dose à partir de laquelle apparaissaient les premiers effets cliniques. Or, même à ce niveau d’exposition, les études montrent déjà une augmentation importante du risque cardiovasculaire, de l’ordre de 2,7 fois plus élevé. Au-delà de cet effet cardiovasculaire, le cadmium touche plusieurs organes majeurs : il peut provoquer des neuropathies au niveau du cerveau, des insuffisances rénales, altérer le foie avec un risque de fibrose, et entraîner des troubles osseux. C’est également une substance cancérogène reconnue, associée à plusieurs types de cancers : poumon (historiquement par inhalation), mais aussi vessie, prostate, sein, ainsi que d’autres organes comme le pancréas ou la thyroïde. Des effets sur la reproduction ont également été observés. Enfin, le cadmium peut altérer l’ADN : il agit de manière fortement oxydative, ce qui peut provoquer des lésions de l’ADN et des dommages cellulaires, tout en réduisant les capacités de réparation de l’organisme.

Très concrètement, quels aliments ou habitudes alimentaires faut-il surveiller pour limiter cette exposition ?
Il faut se référer à l’étude de l’alimentation totale française 3 (EAT3) de l’Anses, publiée en février 2026. Certains aliments présentent des teneurs particulièrement élevées en cadmium, notamment les mollusques, les crustacés, les abats (foie, rognons) ou encore le chocolat issu de zones sud-américaines fortement contaminées. Les algues, ainsi que certains produits comme les biscuits ou les barres de céréales, peuvent également contenir des niveaux importants. Mais l’exposition des consommateurs dépend aussi des quantités consommées, y compris sur des aliments qui contiennent moins de cadmium. Ainsi, en France, l’exposition globale à ce métal lourd provient surtout d’aliments courants comme le pain et les produits céréaliers, les pommes de terre et les légumes à feuilles (épinards, etc.), consommés en plus grande quantité.

Comment mesurer son niveau de contamination ?
On peut le faire en réalisant un dépistage en laboratoire, sur prescription médicale, avec une analyse d’urine qui permet de mesurer le taux de cadmium. Il faut savoir que ce métal s’accumule dans l’organisme sur le long terme et il faut 30 ans pour en éliminer la moitié. Les enfants français sont trois à quatre fois plus contaminés que leurs homologues allemands, belges, italiens, américains ou canadiens. Chez les adultes, les niveaux de contamination sont également deux à trois fois plus élevés. Les représentants des biologistes médicaux et l’Assurance maladie ont trouvé un accord en avril sur le tarif du dépistage de l’exposition au cadmium. Celui-ci devrait s’élever à 27,50 euros, mais le remboursement sera probablement limité à certaines zones industrielles, où les sols sont pollués et où la métallurgie rejette du cadmium dans l’air depuis des années, comme à Fos-sur-Mer ou à Dunkerque. Tout le monde pourra néanmoins faire le test dont le coût s’élève à une quarantaine d’euros.

Trois gestes simples pour se protéger des polluants au quotidien

1. Surveiller son alimentation
Il faut varier son alimentation et limiter les sources d’exposition à certains polluants, notamment le cadmium, qui n’apparaît sur aucune étiquette. L’Asef propose un kit détaillé pour aider à réduire cette exposition, avec des recommandations adaptées aux adultes et aux enfants. Sans oublier de privilégier des produits bio locaux étiquetés AB, en France ou en Europe.

2. Aérer son intérieur
Les polluants s’accumulent dans les espaces clos. Il est donc important d’aérer son logement 5 minutes matin et soir, même en hiver.

3. Éviter les contenants en plastique
Il faut privilégier les contenants en verre et ne pas chauffer les aliments dans du plastique, car la chaleur favorise le transfert de substances chimiques dans les aliments.

Pratique

Anti-toxique, le guide des polluants cachés, Dr Pierre Souvet, Albin Michel, avril 2026, 24,90 euros.
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