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Le canapé, l’espérance et la messe du dimanche

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Célébration de l'eucharistie dans la basilique Sainte-Minerve à Rome.

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Jean-Michel Castaing - publié le 25/04/26
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Les pays de vieille tradition chrétienne ont perdu beaucoup de fidèles avec l’abandon de la pratique religieuse obligatoire. Dans cette crise culturelle, la vertu d’espérance est celle qui a subi les dégâts les plus considérables. Et pourtant, a expérimenté notre chroniqueur, c’est en s’habituant à sortir de son canapé pour aller à la messe qu’on entretient l’espérance qui vient de Dieu.

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Parfois, les grandes notions spirituelles résonnent en nous d’un tel prestige qu’elles finissent par apparaître comme des semi-divinités quasi-désincarnées. Voilà pourquoi il est opportun qu’une expérience personnelle, un moment de vie, nous rappellent que c’est dans la concrétude des jours ordinaires que la plupart de ces notions sont nées et que c’est au sein de nos existences quotidiennes que leurs vertus agissent à notre bénéfice. Pareillement, pour les fidèles, Dieu n’a pas seulement été une idée grandiose, sublime, mais d’abord l’objet d’un appel existentiel de la part d’hommes et de femmes en butte au mystère de leur présence sur terre, de leurs souffrances ou de leurs émerveillements devant la Création.

Les commandements ont du bon !

Ainsi, un dimanche matin, j’étais encore engourdi tandis que je me préparais à rejoindre l’église dans un village voisin. Je me fis cette réflexion toute simple : s’il n’y avait pas eu la messe, et si je n’avais pas été croyant, j’aurais vraisemblablement traîné cet engourdissement une bonne partie de la matinée. Mais, consécutive à cette pensée assez terre à terre, m’en vint une autre, plus spirituelle celle-là : l’obligation de participer à la messe dominicale me permettait de sortir de mon état cotonneux matinal et de commencer la journée de façon plus alerte. 

Élargissant ma réflexion, j’en vins à trouver bien des vertus à cette obligation. Elle s’inscrivait d’ailleurs dans un continuum d’habitudes prises depuis très longtemps. Certes, aller à la messe par simple obligation n’est pas le signe d’une dévotion très intérieure ! Toutefois, cette habitude n’obéissait pas chez moi, ni chez la plupart des catholiques, à la pensée de me mettre en règle avec les "commandements de l’Église", comme on disait jadis. Je ne versais pas dans le pharisaïsme. Seulement, je savais par expérience que rejoindre l’assemblée eucharistique n’aurait que du bon pour moi : me sortir de mon chez-moi, me propulser vers l’extérieur, rejoindre mes coreligionnaires et mes amis pratiquants, prier et communier au Corps du Christ. Excusez du peu ! En comparaison de telles richesses, que pesaient mes états d’âme, mon engourdissement et ma flemme passagers ? Les commandements ont du bon parce qu’en l’absence de tuteurs spirituels, ou de parents ou de conjoint religieux, ils nous "bottent le derrière" pour nous sortir hors de notre zone de confort émolliente !

Le retour de la culture de la pratique obligatoire est-il souhaitable ?

Le souvenir de tous les bienfaits reçus à l’assemblée dominicale activait en moi cette vertu fondamentale : l’espérance. Dieu tient toujours ses promesses. Et à cette confiance se joignait mon expérience qui les vérifiait semaine après semaine depuis tant d’années déjà ! L’espérance, c’est croire que Dieu tiendra ses promesses, mais c’est aussi croire que demain sera mieux qu’aujourd’hui ou, plus prosaïquement, que la matinée sera plus allante que le lever du lit ! 

Laissant ma pensée divaguer tandis que je continuais à me préparer, j’en arrivais à la conclusion suivante : les commandements, les obligations, ont beaucoup de biens à nous prodiguer pourvu qu’on les respecte intelligemment et sans servilité ou conformisme social. Mais qui pratique aujourd’hui pour se faire bien voir ? Au contraire, aller à la messe peut vous valoir, au mieux un haussement d’épaules, au pire des sarcasmes. Je me souvenais à cette occasion de la thèse selon laquelle la "sortie de la culture de la pratique obligatoire" avait précipité, parmi d’autres facteurs, la déchristianisation de la France. Dans son livre Comment notre monde a cessé d’être chrétien (Seuil, 2018), Guillaume Cuchet a analysé la corrélation des deux phénomènes. 

L’espérance se cultive jour après jour

Rejoignant ma voiture pour rejoindre l’assemblée eucharistique, j’en concluais que si l’espérance est une vertu théologale, et qu’à ce titre elle est un don de Dieu, il n’est pas moins important de rappeler qu’elle peut se cultiver sous forme d’obligations : aller à la messe, confesser ses péchés, jeûner en carême, etc. Obéir à des commandements est peut-être moins "sexy" que donner libre cours à sa liberté intérieure spontanée, mais si toutes les religions ont leurs obligations, c’est qu’il y a des raisons à cela. Le "vieil homme" en nous a besoin d’être éduqué, même à un âge avancé. À ce propos, dans son ouvrage cité plus haut, Guillaume Cuchet rapporte un commentaire du jésuite Pol Virton au sujet d’une enquête sur l’ampleur du décrochage des jeunes par rapport à la pratique sacramentelle, enquête effectuée en 1971 à Rouen : 

"Il serait trop sommaire de conclure qu’il suffit de retirer à la messe du dimanche son caractère d’obligation, ou d’atténuer profondément ce caractère, pour que, ipso facto, les consciences réagissent dans le sens d’une compréhension profonde du mystère. L’éducation de l’âme ne se fait pas d’un coup. Et comment arriveront-ils à comprendre le sens sacré de la messe, à la vivre, ceux qui n’y vont jamais ?" (Structures humaines et assistance dominicale dans le diocèse de Rouen, BERS, 1971, diocèse de Rouen, CNAEF).

De l’habitude à la liberté

Le commandement créé l’habitude, l’habitude créé l’expérience, et l’expérience finit par accoucher de la liberté dès lors que l’on a pris goût à Dieu et vérifié combien Il est bon (Ps 33, 9). En nous poussant à nous extirper de nos canapés pour sortir de chez nous, l’obligation aura un effet sans commune mesure avec la banalité de ce geste — geste très simple mais qui aura déclenché l’espérance que "plus tard" sera meilleur que "maintenant". Les grandes vertus n’ont pas toujours besoin de commencements retentissants pour réveiller en nous la semence que Dieu y a déposée à notre baptême. Comme la santé, l’espérance s’entretient — à cette différence près que les biens que nous fait espérer la seconde sont éternels.

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