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[HOMÉLIE] Jésus est la porte, modèle “porte-tambour”

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Jean-Thomas de Beauregard - publié le 25/04/26
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Dominicain du couvent de Bordeaux, le frère Jean-Thomas de Beauregard comment les lectures du IVe dimanche de Pâques. Quand Jésus dit "Je suis la porte", il invite à entrer et sortir, tout en demeurant en Lui. Tout l’enjeu est alors de ne jamais sortir de cette porte-tambour qu’est le Christ.

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En 1888, l’ingénieur américain Theophilius Van Kannel fait breveter une invention promise à un grand avenir : la porte-tambour. Elle nous est familière, puisqu’elle est la porte de prédilection de beaucoup d’édifices recevant du public : supermarchés, hôtels, hôpitaux. Généralement constituée de quatre ailes vitrées tournant dans le même sens au sein d’une cellule cylindrique circulaire, la porte-tambour permet de limiter les échanges d’air entre l’intérieur et l’extérieur et donc d’économiser de l’énergie, et facilite la bonne circulation en évitant les attroupements et les collisions.

Entrer et sortir

Lorsque Jésus affirme : "Moi, je suis la porte", il ne pense sans doute pas à la porte-tambour. Il n’est pas absolument exigé de sa divinité qu’il en ait anticipé l’invention, ni même qu’il appose le sceau de son approbation sur une interprétation moderne et forcément discutable. Pourtant, la porte-tambour est sans doute, parmi tous les modèles de porte auxquels on puisse penser, la plus évangélique et la mieux adaptée pour servir son propos.

Car Jésus donne une explication paradoxale aux pharisiens : "Moi je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage" (Jn 10, 9) Et déjà lorsqu’il parlait uniquement en parabole, les brebis n’entraient que pour finalement sortir : "Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête" (Jn 10, 3).

L’Église en sortie

Dès lors, l’interprétation traditionnelle qui voit dans l’enclos une figure de l’Église, et dans le Christ-porte l’unique médiateur dit quelque chose de vrai, mais elle est boiteuse par un côté. Car il faudrait alors rendre compte du fait que Jésus, le bon berger, semble n’avoir qu’une hâte : que les brebis sortent de l’enclos. L’exhortation du pape François plaidant pour une "Église en sortie" offre une explication : Jésus ne veut certes pas que les baptisés sortent de l’Église, ou qu’ils aillent trouver en quelqu’un d’autre que lui leur Seigneur et Sauveur ! Mais Jésus veut que l’Église tout entière soit en sortie pour appeler d’autres en son sein. Ce faisant, les baptisés ne sortent pas de l’Église, ils la font déborder à l’extérieur.

Tout l’intérêt de la porte-tambour n’est pas d’entrer ni de sortir, mais de permettre d’entrer puis de sortir le plus vite possible, et cela de manière répétée, de plus en plus vite.

En ce sens, la porte-tambour offre une bonne illustration. Car tous les enfants du monde le savent : tout l’intérêt de la porte-tambour n’est pas d’entrer ni de sortir, mais de permettre d’entrer puis de sortir le plus vite possible, et cela de manière répétée, de plus en plus vite. C’est comme le battement du cœur et comme la respiration, un va-et-vient constant et vital, un mécanisme de diastole systole. On voit poindre ici le rôle de l’Esprit saint, qui nous mène au Christ et à l’Église et qui nous envoie de par le monde, qui nous incite au recueillement et à l’apostolat.

Demeurer dans la porte

Comme les garnements qui jouent sans se lasser, les chrétiens, dans la liberté des enfants de Dieu, savent que l’objectif ultime, c’est de rester dans la porte. D’entrer et de sortir infiniment, en demeurant dans la porte qu’est Jésus. Et cela, c’est la porte-tambour qui le permet le mieux. Il s’agit, avec saint Jean et tous les contemplatifs, de "demeurer" en la porte-tambour qu’est Jésus. En demeurant dans la porte-tambour qu’est Jésus, nous sommes à la fois en sécurité et lancés à l’aventure, dans l’Église et missionnaires, appelés et envoyés. Tout l’enjeu est alors de ne jamais sortir de cette porte-tambour qu’est le Christ.

Les regards courroucés des adultes qui s’agacent de voir les enfants rester indéfiniment dans la porte-tambour sont ceux du monde. Ce monde d’adultes vieillis par le péché, plus assez jeunes ni assez fous pour comprendre qu’on veuille demeurer sans cesse dans la porte-tambour qu’est le Christ. Ni à l’intérieur, ni à l’extérieur, entre deux, parce qu’attaché au Christ vrai Dieu et vrai homme, qui s’est voulu à la charnière par son Incarnation, et qui nous exhorte à être dans le monde mais pas du monde. Seul notre attachement constant au Christ permet ce paradoxe.

Fenêtres ouvertes et tri sélectif

La porte-tambour est constituée de quatre ailes vitrées tournant dans le même sens au sein d’une cellule cylindrique circulaire. Les quatre ailes vitrées permettent de voir à travers, à l’intérieur comme à l’extérieur, avec une parfaite netteté, et à 380°. Il en est bien ainsi des quatre Évangiles. Celui qui les contemple voit d’abord à travers eux le mystère de l’Église, le mystère de Dieu-Trinité, le mystère du Royaume des Cieux. Mais s’il tourne encore un peu, à travers les quatre Évangiles, il voit à la fois le monde et sa propre vie, mais éclairés d’une lumière nouvelle. Les quatre Évangiles lus dans la Tradition de l’Église sont autant de fenêtres ouvertes sur le Ciel et sur la terre, pour celui qui demeure dans la porte-tambour qu’est le Christ. Et les quatre Évangiles tournent dans le même sens, car malgré des divergences de chronologie, des récits qui sont chez l’un et pas chez l’autre, des détails propres à l’un et absents chez l’autre, ils nous dirigent d’un seul mouvement vers le Christ, vers l’Église, vers Dieu-Trinité, vers le Royaume des Cieux, tout en nous aidant à sanctifier le monde et notre vie.

La porte-tambour a été conçue entre autres pour limiter les échanges d’air entre l’intérieur et l’extérieur, dans des contextes de pollution et d’odeurs envahissantes. Ici il faut être subtil. Entre l’intérieur et l’extérieur, il faut bien que ça circule, c’est le but ! Une Église refermée sur elle-même est une contradiction dans les termes. Mais un tri s’impose. C’est que les effluves viciés du monde au sens johannique, c’est-à-dire marqué par le péché, ne doivent pas entrer à l’intérieur. Ou alors il faut un bon ventilateur, et c’est alors que l’Esprit saint revient ! C’est aussi le rôle du magistère, qui accueille tout ce qu’il y a de bon et corrige ce qu’il y a de mauvais dans ce que le monde propose. On se souvient des fumées de Satan dont le saint pape Paul VI craignait qu’elles n’aient pénétré à l’intérieur de l’Église. L’échange entre l’intérieur et l’extérieur doit-il alors être unilatéral ? Non. Mais c’est la grâce qui doit s’écouler de l’intérieur vers l’extérieur, et le monde en ce qu’il a de bon et de disponible à la grâce qui peut entrer. Et en effet, voilà qui économise de l’énergie.

Communion sans collision

Enfin la porte-tambour a été pensée pour faciliter la circulation et éviter attroupements et collisions. L’image pourrait ici être défectueuse. L’Église n’est-elle pas, par définition, assemblée, peuple, troupeau ? Les attroupements y sont la règle, entre messe et JMJ… Au contraire, l’image de la porte-tambour révèle ici sa force : on ne peut pas y entrer à trop de personnes, parce que dans l’attachement au Christ nul n’est jamais anonyme, nul n’est jamais perdu au milieu d’une foule ; mais en même temps, dans la porte-tambour, on est souvent deux ou trois, parce que là où deux ou trois sont réunis en son nom, Jésus se rend présent et agissant avec son Esprit saint. L’Église est cette communion qui ne dissout pas la personne. Il peut y avoir quelque friction, mais pas de collision si l’on s’attache fermement au Christ.

Oui, Jésus est la porte. Si nous acceptons de nous tenir dans la porte qu’est le Christ, alors nous aurons la vie, la vie en abondance.

Lectures du IVe dimanche de Pâques (année A) :

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