Et si votre lecture allait plus loin ?
Avec l’abonnement Aleteia, recevez notre magazine trimestriel, accédez à des contenus qui prennent le temps d’approfondir, et soutenez une information qui fait grandir.
Triste conséquence du manque de vocations religieuses. Mgr Jacques Benoit-Gonnin, évêque de Beauvais, Noyon et Senlis, a annoncé le 21 avril la fermeture de la communauté des carmélites de Compiègne, installée à Jonquières depuis 1992. "L’âge avançant, le nombre diminuant, les vocations se faisant attendre, des renforts extérieurs impossibles à trouver, nos Sœurs Carmélites de Compiègne ont décidé la fermeture de leur Communauté", précise l'évêque. Il reste aujourd’hui six religieuses sur place. Leur départ se fera progressivement dans les mois qui viennent.
Le Carmel de l’Annonciation, fondé à Compiègne en 1641 et vivant selon la Règle de sainte Thérèse d’Avila, était à l’époque la 53e fondation française. Il a rayonné de manière singulière en donnant à l’Église 16 saintes martyres à travers les 16 religieuses, expulsées de leur monastère à la Révolution française puis guillotinées à Paris le 17 juillet 1794 en haine de la foi. Pendant plus de 18 mois jusqu’à leur mort, elles prononcèrent chaque jour un acte de consécration par lequel elles offrirent leur vie à Dieu pour que la paix soit rendue à l’Église et à l’État. Le pape François a approuvé leur canonisation équipollente le 18 décembre 2024. Le 8 mai dernier, une célébration d’action de grâce pour leur canonisation a eu lieu à Compiègne. Et le 13 septembre, une messe a été célébrée à Notre-Dame de Paris suivie d'une procession retraçant le "chemin des charrettes".

En 1835, il y eut un essai de restauration du Carmel de Compiègne mais resté sans lendemain. Enfin le 18 janvier 1867, quelques religieuses du Carmel de Troyes s’installèrent rue Saint-Lazare, à Compiègne. La construction du monastère dura 16 ans, de 1872 jusqu'à l’inauguration de la chapelle en 1888. En 1992, le bâtiment vieillissant, les sœurs vendent le monastère et font construire un nouvel édifice à Jonquières, petit village à une dizaine de kilomètres de Compiègne.
Une espérance qui demeure
L’abbé Yann Deswarte, vicaire pendant sept ans de la paroisse des Saintes Carmélites de Compiègne et qui a rejoint en septembre la Société Jean-Marie Vianney à Ars, confie sa tristesse, liée au départ des Carmélites, mais aussi son espérance. "C’est triste parce que c'est la fin d'une ère, mais je trouve beau que le Seigneur ait permis la canonisation des Carmélites avant qu’elles ne partent. C'est une forme d'accomplissement, et le Seigneur portera des fruits". L’abbé Yann Deswarte célébrait la messe au Carmel une fois par semaine et confiait régulièrement les intentions de prière de la paroisse. "J’ai vraiment cette conviction que les carmélites portaient dans la prière notre paroisse et que tout ce qu’on est arrivé à faire portait du fruit grâce à la prière des carmélites. Il y a une vraie tristesse et en même temps une espérance parce que désormais les saintes carmélites prendront le relais !"

Mgr Jacques Benoit-Gonnin ne manque pas de souligner lui aussi toute la fécondité de la communauté : "Celles et ceux qui les ont rejointes à Jonquières, celles et ceux qui les ont visitées ou qui ont cheminé avec elles, savent ce que leur témoignage silencieux, leur prière fidèle, leur cœur ouvert aux intentions qui leur étaient confiées, ont porté comme fruits", assure-t-il. "Leur présence et leur témoignage continueront à en inspirer beaucoup."
Un message de paix
"Le message des carmélites, c'est un message de paix", abonde Baudouin Gérard, président des Amis des Saintes Carmélites de Compiègne. "L'association va essayer de tout faire pour pérenniser ce message." Un message qui rayonne particulièrement depuis la canonisation des 16 carmélites. "Pour susciter une dévotion, on a organisé avec le Carmel des pèlerinages, des colloques, des bus entiers venaient de Paris, tout cela a été un immense élan de foi et un chemin de paix", témoigne Baudouin Gérard. "Sœur Sœur Alix-Anne, qui a été prieure de la communauté, disait toujours qu'il fallait absolument que les 16 carmélites soient canonisées, parce que le message "que la paix soit rendue à l'Église et à l'État" est plus que d'actualité aujourd'hui", rapporte le président de l'association.

À Jonquières se trouve un Mémorial dédié aux 16 carmélites martyres qui attire bon nombre de pèlerins désireux de mieux connaître les saintes martyres. Il comprend la crypte de l’église où sont conservées des reliques et une salle du souvenir où sont exposés des objets qui ont soutenu leur vie de prière ainsi que des manuscrits. Le vœu de Baudouin Gérard ? "L'association aimerait bien sûr ne pas désacraliser le lieu, et garder la crypte qui attire beaucoup de monde, ce sont des questions qui vont être débattues avec l'Ordre du Carmel, la Fédération des Carmélites et le diocèse. Je pense personnellement que ce lieu pourrait accueillir une autre communauté religieuse ou une maison de retraite confessionnelle, et qui sait ? Un autre carmel pourrait essaimer et s'y installer dans de prochaines années."









![[REPORTAGE] Paris célèbre avec ferveur les carmélites de Compiègne](https://wp.fr.aleteia.org/wp-content/uploads/sites/6/2025/09/7.jpg?resize=300,150&q=75)
