Durant le vol qui le ramenait de Malabo (Guinée équatoriale) à Rome, ce 23 avril 2026, le pape Léon XIV a donné une conférence de presse aux 67 journalistes – dont I.Media – qui l’ont accompagné tout au long de son voyage en Afrique. Le Pape a notamment évoqué la position de la diplomatie vaticane face aux régimes autoritaires. Il a plaidé une nouvelle fois pour la voie du dialogue et le respect "du droit international" dans la guerre en Iran. Le pontife a aussi évoqué la question de la bénédiction des couples de même sexe, souhaitant que le message de l’Église ne soit pas réduit à la seule morale sexuelle.
"J’espère que vous allez tous bien, et que vous êtes prêts pour un autre voyage, avec les batteries déjà rechargées", a-t-il plaisanté au terme de onze jours de marathon dans quatre pays d’Afrique. Il a confié avoir "le grand désir de visiter plusieurs pays d’Amérique latine" à l’avenir, sans préciser de date ou de destination. Selon nos informations, ce déplacement pourrait avoir lieu fin 2026 ou début 2027.
En pointant du doigt les interprétations politiques de ses voyages apostoliques, il a insisté sur une clé d’interprétation pastorale de ses voyages. Certes, a-t-il reconnu, il est « important aussi de parler avec les chefs d’État », afin d’encourager "un changement de mentalité, une plus grande disposition à penser au bien du peuple" et évoquer des questions comme "la justice" ou "la distribution des biens dans un pays". « Mais il s’agit surtout de voir, de rencontrer le peuple », a insisté le pontife américain, mettant en avant d’abord son désir « d’annoncer l’Évangile » et de « s’approcher de la population », dans sa joie et sa souffrance.
Le travail "en coulisses" de la diplomatie vaticane
Dans la même ligne, interrogé sur le risque du "popewashing" – légitimer des régimes autoritaires en se rendant dans ces pays –, il a convenu que les rencontres d’un pape avec tout chef d’État pouvaient être interprétées "de façons différentes". Mais il a insisté sur la « grande valeur » du Saint-Siège qui continue, « parfois au prix de grands sacrifices, à maintenir des relations diplomatiques à travers le monde », y compris "avec des pays qui ont des dirigeants autoritaires".
Dans ces relations, « nous ne faisons pas toujours des grandes déclarations, critiquant jugeant ou condamnant, mais un énorme travail est fait en coulisses », a affirmé Léon XIV. Il a cité les « causes humanitaires », la promotion de la justice, la libération des prisonniers politiques, ou encore la lutte contre la faim et la maladie. Le Saint-Siège, en gardant sa neutralité, « cherche une façon d’appliquer l’Évangile à des situations concrètes afin que la vie des gens soit améliorée », et ce dans « n’importe quel pays », a-t-il appuyé.
L’unité dans l’Église « ne devrait pas tourner autour des sujets de sexualité »
Interrogé sur la décision du cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich et Freising, de permettre la bénédiction des couples de même sexe dans son diocèse, Léon XIV a signalé que "le Saint-Siège a déjà parlé aux évêques allemands". Celui-ci "a dit de manière claire que nous ne sommes pas d’accord avec les bénédictions formelles de couples homosexuels […], ou de couples en situations irrégulières, en dehors de ce qui a été autorisé par le pape François", a-t-il assuré.
Sous le pontificat de François, en décembre 2023, la déclaration Fiducia supplicans du dicastère pour la Doctrine de la foi, avait permis la bénédiction non rituelle de couples de même sexe. Ce document avait provoqué une levée de boucliers, notamment sur le continent africain. Sans désigner nommément ce texte, Léon XIV a mis en valeur le souci de son prédécesseur d’accueillir « tout le monde » dans l’Église et a comparé ces bénédictions à celles qui sont données « à la fin de la messe » et qui sont destinées à « tous ».
Le natif de Chicago s’est aussi inquiété que cette question puisse causer « plus de désunion que d’unité », estimant que « l’unité ou les divisions dans l’Église ne devraient pas tourner autour des sujets de sexualité ». « Nous avons tendance à considérer que quand l’Église parle de morale, le seul sujet de la morale est la sexualité. Et en réalité, je crois qu’il y a des sujets plus grands, plus importants, comme la justice, l’égalité, la liberté des hommes et des femmes, la liberté de religion, qui devraient tous avoir la priorité », a-t-il asséné.
Iran : « Je condamne la suppression de la vie des personnes »
Répondant à une question sur l’opportunité d’un changement de régime en Iran, il a estimé que la principale question était celle de la promotion d’une « culture pour la paix » – faisant observer au passage qu’« on ne sait pas quel est le régime en ce moment, depuis les premiers jours des attaques d'Israël et des États-Unis ». Il a regretté que la stratégie privilégiée soit trop souvent celle de « la violence, la guerre, l'attaque ».
Pour le chef de l’Église catholique, la priorité est de « promouvoir les valeurs auxquelles nous croyons sans la mort de tant d'innocents ». Face à la question « très complexe » de l'Iran, où les négociations s’enlisent, il a souhaité « des parties qui participent, qui cherchent, qui mettent tout en œuvre pour promouvoir la paix » et « que soit respecté le droit international ».
Léon XIV a aussi appelé à la protection des "innocents", confiant porter sur lui la photo d'un enfant musulman qui, lors de sa visite au Liban en décembre dernier, « attendait avec une pancarte disant ‘bienvenue au pape Léon XIV’ ». Mais cet enfant a ensuite été tué dans la résurgence des combats, s’est-il attristé.
« Je condamne toutes les actions injustes. Je condamne la suppression de la vie des personnes, je condamne la peine capitale », a déclaré le 267e pape, interpellé à nouveau par une journaliste américaine sur les exactions du régime iranien. Rappelant sa position pour le respect de la vie humaine « de la conception à la [mort] naturelle », il s’est élevé contre tout régime ou pays qui « prend des décisions qui suppriment la vie d'autres personnes injustement ».
Migrants : « Que fait l’Occident pour aider le Sud global ? »
Interrogé sur le thème des migrations en amont de son voyage en Espagne en juin – un thème qui polarise les débats dans ce pays –, il s’est demandé "que faisons-nous dans les pays les plus riches pour changer la situation dans les pays les plus pauvres ? […] Que fait l’Occident pour aider le Sud global, ou ces pays où les jeunes aujourd’hui n’ont pas d’avenir ?"
Le pontife a également dénoncé la traite d’êtres humains, dont les migrants représentant des proies faciles, et le traitement infligé aux migrants à leur arrivée dans certains pays. « Même si un pays dit qu’il ne peut pas recevoir davantage, quand les personnes arrivent, ce sont des êtres humains et ils méritent la dignité humaine », a-t-il martelé. Les migrants « sont des êtres humains » qui méritent d'être traités « d'une façon humanitaire », et non « comme des animaux », a insisté le Pape.
Un État "a le droit de mettre des règles pour ses frontières" et il ne s’agit pas de créer "des situations plus injustes dans les lieux où ils arrivent que ceux qu’ils ont laissés", a déclaré le Pape. Il a aussi incité à œuvrer pour le développement des pays d’origine des migrants, "avec des aides publiques ou privées", et le soutien "de grandes multinationales". "L’Afrique, aux yeux de beaucoup, est considérée comme un lieu où on peut aller pour prendre les minéraux, prendre les richesses, au profit des richesses d’autres pays", a-t-il dénoncé aussi, souhaitant « plus de justice, d’égalité".








