Et si votre lecture allait plus loin ?
Avec l’abonnement Aleteia, recevez notre magazine trimestriel, accédez à des contenus qui prennent le temps d’approfondir, et soutenez une information qui fait grandir.
Les chrétiens occidentaux ont-ils conscience des difficultés que rencontrent certains fidèles à travers e monde pour participer à la messe ? C’est pourtant une réalité encore aujourd'hui dans certaines régions du monde. Et ce fut notamment le cas en Haïti, où les fidèles pouvaient passer plusieurs mois voire même une année, sans pouvoir assister à une Eucharistie. C’est en tout cas ce qui a particulièrement marqué l’enfance de Hugues Paul, aujourd’hui âgé de 39 ans, prêtre dans le diocèse de Jacmel, et actuellement en Espagne pour une formation théologique.
Une communauté modeste mais une foi solide
Comme il le confie à Aleteia, c'est précisément ce manque qui a éveillé en lui la vocation. Le jeune homme a grandi dans une petite communauté que l'on appelle en Haïti "une chapelle", c’est-à-dire une église dépendant d'une paroisse où, faute de prêtres, les fidèles maintiennent la foi vivante grâce à des célébrations de la Parole animées par des laïcs. "Il y avait généralement un agent pastoral, que nous appelions directeur de la chapelle, qui était chargé de présider les célébrations de la Parole en l’absence des prêtres". C’est au cœur de cette réalité qu’Hugues Paul a ressenti l’appel de Dieu. "Dieu m'a appelé à prêter main-forte dans sa vigne, pour aider son peuple à le rencontrer et à vivre la foi de manière plus profonde, en plaçant l'Eucharistie au centre", confie-t-il ainsi. S’il a reçu une solide éducation catholique au sein de sa famille très croyante, sa formation scolaire s’est déroulée dans des établissements d’autres confessions. Cela ne l’a pas empêché, pendant son adolescence, de participer activement à la vie de l’Église locale. "J’ai vécu une adolescence très joyeuse et active, en participant à des groupes et à la chorale de la chapelle, jusqu’à ce que j’entre finalement au séminaire". Et c'est au sein de cette communauté modeste, où la foi se nourrissait de maigres ressources mais d'une grande conviction, que sa vocation s'est épanouie. Hugues Paul a été ordonné prêtre le 26 juin 2021, à l'âge de 34 ans.
Plus de 60% de la population est catholique
Depuis juin 2024, le père Hugues Paul est en Espagne, où il poursuit sa formation sacerdotale, grâce au soutien de la Fondation CARF (Centro Académico Romano Fundación, une organisation espagnole basée à Madrid dont la mission principale est de soutenir la formation des séminaristes et des prêtres catholiques). Il termine cette année une licence en théologie biblique. De loin, il observe avec inquiétude la situation de son pays, Haïti traversant une crise profonde marquée par la violence et l'insécurité. "La vie est devenue très difficile, surtout à cause de l'insécurité qui touche presque tout le territoire, en particulier la capitale". Pourtant, même dans ce contexte, la foi reste une force vivante. "Malgré tout, les gens continuent de croire : beaucoup prennent des risques pour trouver un endroit où vivre leur foi et participer aux célébrations". Les catholiques en Haïti représentent entre 60 et 66% de la population. Dans le diocèse de Jacmel, on compte environ 80 prêtres pour 36 paroisses, et dans tout le pays – en comptant les dix diocèses et les religieux –, on estime qu’il y a entre 800 et 900 prêtres. Le diocèse de Jacmel, dont il est originaire, est situé dans le sud-est du pays, et connaît une situation relativement plus stable que d’autres régions, même si les conséquences du grand séisme de 2010 restent visibles. "Nous attendons toujours l’achèvement des travaux de reconstruction de la cathédrale et de nombreuses paroisses détruites", ajoute-t-il, indiquant que le manque de ressources et d’aides suffisantes a retardé pendant des années ces travaux qui sont essentiels pour de nombreuses communautés.
La beauté des églises espagnoles et leur sécularisation
Fort de son expérience et de ses voyages, le père Hugues analyse les différences entre les réalités ecclésiales en Europe et en Haïti. Ce qui l'impressionne le plus en Espagne ? "La beauté des églises". Cependant, il s'inquiète de voir des églises où les jeunes sont peu nombreux. "Je suis frappé de constater que l'Église semble être principalement composée de personnes âgées, avec très peu de jeunes et d'enfants lors des célébrations". Selon lui, la société espagnole vit un processus profond de sécularisation. Il estime néanmoins qu’il existe aussi des opportunités pour revitaliser la vie de l’Église et pense notamment que les catholiques espagnols pourraient s’inspirer de la manière dont la liturgie est vécue en Haïti. « Ils pourraient apprendre de nous les Haïtiens l’enthousiasme pour les célébrations chantées, qui contribuent à les rendre plus vivantes et participatives".
Tourné vers l'avenir, Hugues Paul sait clairement de quel type de prêtres l'Église a besoin au XXIe siècle : "être proche, empathique et cohérent avec sa foi ; être un bon communicant, ouvert au dialogue, sensible aux problèmes sociaux, doté d'une vie spirituelle solide et capable d'accompagner sans juger". Il estime que cette même attitude est indispensable pour aller à la rencontre de ceux qui vivent aujourd’hui loin de la foi. "Pour évangéliser les jeunes et ceux qui sont éloignés de Dieu, je considère qu’il est fondamental de les écouter avec respect, de témoigner par sa propre vie, d’utiliser un langage actuel et les moyens numériques ; de créer des espaces d’accueil et de montrer que la foi répond aux questions réelles du monde d’aujourd’hui", analyse-t-il pour conclure.
Le témoignage de ce prêtre haïtien apporte une grande source d’espérance pour tous ceux qui croient en la mission. Si encore trop de chrétiens dans le monde ne peuvent participer régulièrement à l’Eucharistie, cela n'empêche pas les vocations de germer et de grandir, comme celle du père Hugues, preuve que la prière et le soutien de l’Église universelle portent toujours du fruit.









