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Curé des motards, il en existe quelques-uns. Mais celui-ci est Slovène et est à l’origine d’une association d’entraide entre motards qui s’est développée dans tout le pays. Le père Niko, franciscain depuis presque cinquante ans, a découvert la moto alors qu’il était jeune prêtre. Une passion débordante qu’il a mise au service de l’évangélisation, auprès des jeunes comme des motards, en sillonnant les routes et les paroisses. Il raconte à Aleteia son parcours pétaradant.
Aleteia: Comment est née votre vocation ainsi que votre attachement à votre saint patron, Nicolas ?
Père Niko: J’ai appris l’histoire de ma naissance alors que j’étais tout jeune prêtre, et elle démontre que Dieu ne m’a jamais abandonné. Ma mère a eu six enfants, dont moi, à qui elle a donné naissance deux mois avant son 44e anniversaire. Mais elle était de santé fragile, et on l'avait déjà sauvée de la mort à trois reprises. Pendant qu’elle m’attendait, le médecin lui a proposé un avortement, car nos vies étaient toutes deux en danger. Ma mère, qui aimait beaucoup les enfants, est allée voir son curé de l’époque pour se confier et lui demander conseil. Celui-ci lui a demandé de prier pendant neuf jours en l'honneur de saint Nicolas, qui est le protecteur des mères en difficulté. Après ces neuf jours de prière adressée à ce saint, elle a décidé de ne pas avorter. Nous avons tous les deux survécu, je suis né en bonne santé et elle m'a donné le nom de Nicolas. Ce qui est incroyable, c’est que le jour de ma première messe, j’avais choisi d’être accompagné par un vieux prêtre de la paroisse où j’officiais. Il avait eu plusieurs affectations dans sa longue vie de prêtre et nous avons réalisé qu’il avait été dans le village de mes parents, et que c’était lui, le curé à qui s’était confiée ma mère à l’époque ! Je l’affirme ici, il n'y a pas de hasard, ce sont les voies de Dieu, que l'on découvre peu à peu.
Je rends grâce à Dieu pour toutes ces années de vie religieuse.
En tant que religieux, avez-vous eu des doutes quant à votre vocation au cours de toutes ces années ? Si oui, comment les avez-vous surmontés ?
Je suis toujours là. Bien sûr, les doutes sont apparus à plusieurs reprises ; personne n’est à l’abri, ni de ce mode de vie, ni des aléas de la vie. Mais chaque expérience de ce genre nous apprend quelque chose et nous rend plus sages. Aujourd’hui, je rends grâce à Dieu pour toutes ces années de vie religieuse et, si c’est sa volonté, je célébrerai mon jubilé d’or dans trois ans. J’ai pu vivre pleinement les nombreux dons qu’il m’a accordés.
Parmi ces dons, celui de l’évangélisation des jeunes et des motards, d’où vient votre goût pour la moto ?
J'ai toujours admiré les motos. Quand j'étais enfant, nous, les gamins, admirions la moto de notre voisin, qu'il avait reçue en tant qu'ancien soldat allemand. Je viens moi-même d'une famille d'ouvriers, donc notre moyen de transport était le vélo de mon père, nous ne pouvions pas nous permettre autre chose. Puis adolescent, j’ai un peu voyagé, notamment en Australie, et j’ai sympathisé avec des motards dont j’ai découvert la culture (films, musique) que j’ai adoptée. Je suis devenu prêtre et dans mon village en Slovénie, les gens ont commencé à acheter des motos en masse. Ils venaient me voir pour me demander de les bénir. Je leur disais : "D'accord, mais d'abord, le père doit faire un tour !" (rires) Cela me donnait de plus en plus envie d’avoir la mienne, et une année, des amis ont réuni de l’argent pour m’acheter une Yamaha 250 cm³. J’ai passé mon permis moto à 45 ans, et je ne me suis pratiquement plus jamais séparé de ma moto. Sauf une fois, où je l'ai vendue pour aider un confrère dont le monastère se trouvait en difficulté. Je me suis dit que c'était un exercice pour ne pas trop s'attacher. Mais j’ai pu en retrouver une ensuite.
À quoi pensez-vous le plus souvent lorsque vous êtes au guidon ?
Je commence par prier pour une conduite en toute sécurité. Ensuite, je chante beaucoup. Même si les casques de moto sont aujourd’hui équipés de micros, d’écouteurs, voire d’une radio, je n’aime pas ça : je chante tout seul. Du coup, il m’arrive parfois que quelqu’un me jette un regard un peu méfiant depuis la fenêtre ouverte d’une voiture.
Je n’essaye pas de convaincre qui que ce soit, mais j’essaye de vivre ce en quoi je crois. C'est toujours ce qui fonctionne le mieux.
Quel genre de motard êtes-vous ? Votre ange gardien a-t-il fort à faire avec vous ?
Mon ange gardien a même déjà été en arrêt maladie. Mais il est quand même drôlement costaud pour pouvoir freiner tout ce poids. (rires) Je me décrirais comme un "easy rider" qui essaie de profiter au maximum de la conduite. Mais les virages sont un vrai régal, alors avec mes potes motards, on cherche aussi ce genre de routes. Quand quelque chose tourne mal, mon ange gardien a pas mal de boulot – pas tant à cause de mes bêtises, mais malgré toute ma prudence. À moto, on roule toujours pour deux : pour soi-même et pour l’autre usager de la route. La plupart des accidents de motards se produisent en effet à cause d’un non-respect de la priorité lors de l’insertion d’une route secondaire sur une route principale.
Vous avez lancé les bénédictions annuelles des motards dans plusieurs paroisses où vous êtes passé, puis vous avez co-fondé l'association « Les motards pour les motards », qui vient en aide aux accidentés, comment évangélisez-vous parmi eux ?
Cette association vient en aide aux motards blessés ou aux familles des victimes d'accidents. Notre première activité principale est la solidarité, l'aide aux motards victimes, et la seconde est la prévention. Au cours des vingt dernières années, nous avons aidé les motards et leurs familles en difficulté à hauteur d'environ 170.000 euros. Concernant l’évangélisation, je n’essaye pas de convaincre qui que ce soit, mais j’essaye de vivre ce en quoi je crois. C'est toujours ce qui fonctionne le mieux. Dans ces rencontres, il y a une multitude de conversations très variées, dans lesquelles j'essaie parfois d'introduire une piste de réflexion pour plus tard. C’est vrai que cela m’arrive aussi, si quelqu’un maudit Dieu devant moi, de lui dire : "S’il te plaît, ne maudis pas Dieu, car ensuite, il se venge sur moi." Beaucoup s’arrêtent alors de le faire à l’avenir dès qu’ils m’aperçoivent !

Vous accompagnez également beaucoup de jeunes, notamment des confirmands. Quelles sont les questions qu’ils vous posent le plus souvent ?
Tout les intéresse, surtout comment vivre sa foi au quotidien. Les gens doivent percevoir à travers ta vie que tu es chrétien ; que tu n’es pas tendu et aigri, mais détendu, plein d’amour et de liberté. Tout cela, ce sont des dons de Dieu. Il est également important d’accepter la diversité. J’en ai moi-même fait l’expérience au sein de ma propre famille, où nous étions six enfants ; certains ont par la suite adopté des convictions différentes, ne fréquentaient pas l’église, étaient même membres du Parti communiste. Dans ma jeunesse, nous avions des débats assez animés à la maison, mais plus tard, nous nous sommes apaisés et avons compris que le respect est ce qui compte le plus. Cela signifie accepter et découvrir l’image de Dieu dans notre prochain, ce qui est le plus grand défi. Pour revenir aux jeunes d’aujourd'hui, ils ont un vrai défi avec les écrans et les réseaux sociaux qui ont une grande influence sur eux. Nous abordons beaucoup cette question lors de la préparation à la confirmation : comment apprendre qu’il faut parfois faire des sacrifices ou trouver des compromis. Lors d’un week-end spirituel, par exemple, ils n’ont pas leurs téléphones et nous découvrons ensemble qu’il est possible de vivre ainsi et qu’une société est vivante lorsqu’on peut regarder les gens dans les yeux, et non dans un appareil. Mais les jeunes font preuve de beaucoup de bonne volonté et de curiosité, je suis donc optimiste à leur sujet. Je pense que nous trouverons la bonne approche avec les jeunes lorsque nous saurons les écouter et leur transmettre des valeurs fondées sur le respect.








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