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"Comment cultiver les amitiés ? Déjà, il faut en avoir envie !", s’exclame Albane, 42 ans, Parisienne, mariée et mère de quatre enfants. "Et puis je n’ai pas non plus cinquante amis !", se défend-elle, soulignant par là qu’entretenir l’amitié n’est pas exempt de tout effort et que par conséquent le nombre d’amis, de vrais amis, est limité. Nous avons interrogé plusieurs personnes particulièrement fidèles en amitié et voici trois éléments qui paraissent incontournables pour conserver ses amis durant des années.
1Rester en contact
Premier élément, rester en contact. "J’appelle mes bonnes amies de temps en temps, pour prendre des nouvelles", confie Albane. "Les groupes WhatsApp aident aussi à entretenir l’amitié, on s’envoie des photos, on partage un petit peu de notre quotidien et cela permet de garder le lien". Même constat dressé par Nicolas, 52 ans, marié et père de quatre enfants, habitant dans le Val d’Oise. "Nous marchons chaque été avec plusieurs amis sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, rien de tel pour créer des liens solides ! En 2022, nous avons créé le groupe WhatsApp "Saint Jacques" et finalement ce groupe est actif toute l’année, on s’envoie des nouvelles, on se soutient par la prière quand certains vivent des épreuves…"

Mais WhatsApp, aussi pratique soit-il, ne suffit pas. L’amitié se nourrit avant tout de retrouvailles régulières, qu’Albane prend soin de prévoir : "Quand est-ce qu’on se voit ?", demande-t-elle souvent à la fin d’une conversation téléphonique. Sans oublier ses amis éloignés géographiquement. "Si on passe dans leur coin, en vacances par exemple, je leur demande si on peut passer les voir. Je me dis qu’il faut être simple et ne pas attendre que les gens proposent. Parfois cela fait faire un petit détour, mais je n’aime pas passer près de chez eux et ne pas les voir !", assure-t-elle.
2Être prêt à "se déranger"
Cultiver l’amitié demande de faire des "petits détours", voire parfois des centaines de kilomètres ! Anne et son mari, la soixantaine, mariés, parents et grands-parents, n’ont jamais compté les kilomètres et sont prêts à traverser la France pour aller à des mariages ou à des enterrements. Une manière d’être présents et de partager les joies ou les peines de leurs amis.
Entretenir l’amitié exige aussi parfois de bousculer ses plans. "Un jour, nous devions partir en vacances, tout était prêt, les enfants étaient dans l’entrée, excités comme des puces, ma voisine et amie de l’étage juste au-dessus est passée devant notre porte à ce moment-là, elle venait d’apprendre que son mari demandait le divorce et n’allait vraiment pas bien. Nous avons reporté le départ au lendemain et j’ai passé la soirée avec elle, elle m’en parle encore des années après", raconte Élisabeth, 48 ans. De même, quand Pierre, quadra Parisien, a appris que le fils de son meilleur ami était hospitalisé d’urgence à Marseille pour une suspicion de cancer, il a posé deux jours de congé et a sauté dans un train. "Je ne pouvais pas rester là, à Paris, les bras ballants, totalement impuissant, alors que ma présence pouvait un tant soit peu réconforter mon ami", confie Pierre.
"Le vrai amour des hommes doit se développer dans la pratique, et par conséquent doit commencer par s’exercer sur nos parents et nos amis autour de nous." (Saint John Henry Newman)
Être là pour l’autre, vouloir son bien, renoncer à son confort ou à son programme bien ficelé pour visiter un ami en détresse… C’est par ces petits gestes concrets du quotidien que se manifeste et se vit l’amitié. C’est ce que décrit saint John Henry Newman, apôtre de l’amitié véritable : "Le vrai amour des hommes doit se développer dans la pratique, et par conséquent doit commencer par s’exercer sur nos parents et nos amis autour de nous ; autrement il n’aura pas d’existence", écrit le prêtre anglican devenu cardinal et saint de l’Église catholique. "En essayant d’aimer nos parents et nos amis, en nous soumettant à leurs désirs, même s’ils sont contraires aux nôtres, en supportant leurs faiblesses, en surmontant leurs sautes d’humeur occasionnelles par notre gentillesse, en mettant en relief leurs qualités, et en essayant de les imiter, c’est de cette manière-là que nous formons en nos cœurs cette racine de charité qui, bien que petite au début comme la graine de moutarde, enfin couvrira la terre". Pour Newman, l’amour pour ses amis et sa famille est la source d’un amour chrétien plus étendu. Car les affections qu’il qualifie de "domestiques" sont une école du renoncement à soi.
3Partager l’intime
"Avec le temps, je me rends compte que les bons amis sont aussi ceux avec qui on a fait partie de groupes de prière. Prier ensemble, avoir des échanges profonds, de se confier des intentions de prière, cela fortifie les relations", affirme Anne. "Le fait d’être parrain ou marraine d’un enfant d’ami crée également un lien particulier", constate-t-elle.
Une expérience vécue par Nicolas. Depuis quelques années, il participe, avec des amis proches, au parcours de carême Virtus. "On se soutient dans nos engagements, dans nos efforts, à plusieurs, on est plus fort ! Durant le carême, j’ai envoyé tous les jours un message à un ami en Guyane, juste quelques mots, mais cela suffit à apporter un réel soutien." Pour Nicolas, partager sa foi est un ciment de l’amitié. "Témoigner du Christ, parler de sa foi, ouvrir son cœur à l’autre, tout cela permet de fonder l’amitié sur quelque chose de profond, sur ce qui nous anime vraiment, c’est dans ces conditions que les liens d’amitié sont les plus forts et les plus durables." En ce sens, Newman écrivait à son ami anglican John Keble : "Le premier devoir de la charité, c’est d’essayer de pénétrer l’âme et les sentiments des autres". Non pas par volonté de contrôler l'autre, mais avec le désir d'échanger ses pensées, ses sentiments, les mouvements de son âme, en vue d'un cœur à cœur fondé sur la vérité, la confiance et la liberté.











