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Quel est le vécu réel de ceux qui reçoivent le sacrement de l’onction des malades ? Qu’en attendent-ils ? Quels effets, spirituels ou corporels, en rapportent-ils ? Pour répondre à ces questions trop souvent laissées sans données précises, une enquête a été conduite de novembre 2025 à février 2026, avec le soutien et le relais de la Conférence des évêques de France. 263 personnes ayant reçu ce sacrement y ont répondu. Les résultats invitent l’Église à redécouvrir, dans toute son amplitude, ce que le Rituel lui-même affirme avec sobriété : l’onction des malades n’est pas seulement un accompagnement de la souffrance, elle est aussi un sacrement de guérison.
Un sacrement qui n’est plus réservé à l’extrême urgence
Contrairement à une représentation encore trop répandue, qui associe l’onction des malades à la seule agonie, 55,1% des répondants déclarent que leur maladie ne présentait pas de risque mortel. Les motifs sont multiples : maladie chronique, maladie grave, opération à venir, troubles psychiques, grande vieillesse ou accident. Le lieu de célébration le plus fréquent est l’église paroissiale (42%), devant le domicile (18%) et l’établissement de santé (14%). Ce sacrement de l’Église se vit, dans une large proportion, au cœur même de la communauté réunie.
La demande du sacrement : le rôle irremplaçable des proches et des prêtres
Dans près de la moitié des cas (48%), c’est la personne elle-même qui a demandé l’onction. Dans l’autre moitié, c’est un prêtre (26%) ou des proches (24%) qui ont encouragé à la demander. Beaucoup de fidèles, même pratiquants, ignorent encore qu’ils peuvent demander ce sacrement bien avant les derniers instants. Clémence témoigne : "Avoir un curé qui m’a invitée à recevoir le sacrement comme soutien et consolation, en demandant la guérison, a été une grâce immense. Dans les mois qui ont suivi, le Seigneur nous a donné la grâce infinie d’accueillir de nouveau la vie. Deo gratias." Par ailleurs, 45% des répondants déclarent n’avoir bénéficié d’aucune préparation particulière, ce qui invite à développer des outils concrets : livrets de préparation, accompagnement par des laïcs formés, ressources en ligne.
La guérison : un effet réel, souvent inattendu
56,3% des répondants font état d’une guérison au moins partielle — immédiate ou progressive, totale ou partielle. Quand une amélioration survient, elle est attribuée à l’onction seule ou conjointement à l’onction et aux médecins dans 81,8% des cas. Les témoignages donnent à ces chiffres leur chair. Catherine : "J’étais atteinte de deux cancers avec une forte probabilité de décès. J’ai ressenti comme une certitude que j’allais guérir, ce qui s’est passé. On a arrêté tous les traitements six mois après et cela fait dix ans." Martin avait 4 ans lors de sa méningite nosocomiale : les antibiotiques administrés s’avèrent hors cible selon l’antibiogramme, ils n’auraient pas dû agir. Le neurochirurgien jugé sa guérison incompréhensible ; à ses parents qui répondaient "il a reçu le sacrement des malades", long silence, puis : "La science n’explique pas tout, en effet."
Ce témoignage soulève une question canonique et théologique : le Code de droit canonique fixe l’usage de la raison comme condition minimale (CIC 1004, 1), héritage probable d’une conception ancienne du sacrement davantage orientée vers le pardon des péchés. S’il est bien ordonné au salut du corps et de l’âme, il n’y a pas d’âge pour être malade — ni, dès lors, d’âge pour que Dieu guérisse. Ces témoignages ne sont pas des garanties, mais ils sont la réalité vécue de fidèles qui ont fait l’expérience de la puissance agissante de Dieu dans un sacrement dont le Catéchisme rappelle qu’il confère la grâce du Saint-Esprit pour "conduire le malade à la guérison de l’âme, mais aussi à celle du corps, si telle est la volonté de Dieu" (CEC, 1520).
Des effets spirituels puissants et une dimension communautaire à cultiver
79,5% des répondants font état d’une paix intérieure, 60,1% d’une force pour lutter, et près d’une personne sur cinq témoigne d’une conversion personnelle. Olivier, diagnostiqué bipolaire, formule avec lucidité : "Je n’ai jamais perçu aucun effet, ce qui ne change pas ma foi profonde et totale en l’efficacité et au bienfait de ce sacrement." La grâce sacramentelle n’est pas toujours sensible, et la foi n’a pas besoin de l’émotion pour être réelle. La dimension communautaire est elle aussi significative : 36% ont reçu le sacrement au sein de leur communauté paroissiale, 32% entourés de proches. Monique le note : "La force reçue par ce sacrement se fait encore plus sentir par la prière de l’assemblée qui nous entoure et nous porte."
Enfin, près d’un tiers des répondants (30,8%) a également vécu une prière de type "prière des frères" ou "veillée de guérison". Ce chiffre invite à réfléchir à l’articulation entre ces deux offres de l’Église : le sacrement, acte du Christ dans son Église efficace par lui-même, et la prière fraternelle, expression de la charité de la communauté. C’est là un sujet qui gagnerait à être approfondi.
Redonner toute sa place à l’onction des malades
Cette enquête est une première en France. Elle ne prétend pas à la représentativité statistique d’un sondage aléatoire. Elle a cependant le mérite de faire entendre une voix, celle des bénéficiaires eux-mêmes, trop rarement écoutée dans les débats pastoraux et théologiques sur ce sacrement. Les données recueillies appellent à une catéchèse renouvelée, à des outils de préparation mieux adaptés, et à une culture paroissiale où l’onction des malades retrouve toute sa place : non pas comme un signe de la fin, mais comme un signe de la présence agissante du Seigneur au cœur de l’épreuve. Tous ces témoignages disent, chacun à leur manière, que Dieu guérit. Pas toujours comme on l’espère, pas toujours au moment où on l’attend. Mais il guérit.
Pratique :









