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Falsifier la Bible pour justifier la guerre, c’est un vrai problème

5 min de lecture
"Les jeunes, les exclus, les fidèles, les malades : tous seront rencontrés et, finalement, emmenés spirituellement vers ce qui sera l’aboutissement de ce voyage, la ville de Metz", commente le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille.

Crédit : Aleteia

Pour le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille, les chrétiens de France ne sont pas nombreux mais en nombre suffisant pour porter le message de paix de l’Évangile.

Manipuler l’évangile pour faire croire que la guerre est la seule solution, cela constitue un "vrai problème", estime le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille. 

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Mais comment se fait-il que personne en France ne s’indigne des propos du président étatsunien et des essais théologiques de son vice-président lorsqu’ils s’en prennent au pape ? Nous faisons facilement la morale à nos concitoyens musulmans en les sommant, lorsqu’un attentat se produit, de dire haut et clair leur solidarité avec les victimes et leur rejet des terroristes. Alors pourquoi ne pas avoir la même exigence avec les chrétiens ou les juifs qui utilisent les Écritures pour justifier ce qui ne saurait l’être ? Il y a des fanatiques religieux qui prennent leurs textes sacrés et qui pensent qu’ils doivent s’appliquer littéralement. Et cela est possible dans toutes les religions.

Bible de cinéma

Les évêques américains ont eu ce courage de répondre à J.-D. Vance que la seule guerre justifiable l’était en réponse à une agression, après avoir épuisé tout autre médiation. Ajoutant que la guerre ne saurait se justifier par la vengeance. Mais désormais nous passons à un autre stade : après la littéralité idiote, voici la falsification proclamée publiquement. Des hommes qui n’ont sans doute jamais ouvert une Bible se posent en sermonneurs, d’autres sur lesquels pèsent de lourds soupçons de corruption et de débauches délictueuses osent se comparer au Sauveur du monde. On ne parle plus que de "narratif". Raconter une histoire supplante toute velléité de vérité.

Écoutons les mots mêmes du ministre de la Guerre de Washington, prétendant citer un passage du livre d’Ézéchiel (25, 17) alors qu’il cite mot pour mot le scénario du film Pulp Fiction de Quentin Tarentino, lors d’une scène où un homme braque sur un autre un revolver, s’apprêtant à le tuer : 

"La marche des aviateurs vertueux est parsemée d’obstacles qui sont les entreprises égoïstes que fait sans fin surgir l’œuvre du Malin. Béni soit il l’homme de camaraderie qui, au nom du devoir, se fait berger des faibles qu’il guide dans la vallée des ténèbres. Car il est vraiment le gardien de son frère et la providence des enfants égarés. J’abattrai alors le bras d’une terrible colère, une vengeance furieuse et effrayante sur les hordes impies qui pourchassent et réduisent à néant mes frères. Et tu connaîtras pourquoi mon nom est Sandy One, quand sur toi s’abattra ma vengeance. Amen".

Un vrai problème

Il y a une première question : comment un homme normalement intelligent peut-il prononcer ces phrases sans se rendre compte qu’il y a un problème ? Il y en a une seconde : s’il ne s’en rend pas compte, n’est-il pas inquiétant que cet homme ait ainsi le droit de vie et de mort sur des millions d’autres ? Et s’il sait que tout cela est faux, alors n’est-on pas en face d’une farce macabre terrifiante qui se met en place sous nos yeux et qu’il est du devoir de tout homme de bonne volonté de dénoncer ? Il faut se rappeler la manière dont dès le début des années trente les zélateurs du nazisme ont cherché à modifier la Bible en en transformant les paroles essentielles avant d’exiger des églises luthériennes allemandes qu’elles retirent toute croix pour la remplacer par celles du régime. Nul ne peut dire ce qui se passe dans ce pays qui fut pour des générations celui d’une terre promise. Mais il est raisonnable de s’inquiéter de ces manipulations de la Bonne Nouvelle de l’Évangile auxquelles on assiste avec tant de vulgarité. 

Quand des élus parlent de la nécessité de déporter massivement les étrangers, quand les dignitaires du régime rivalisent de violence et de cynisme en présentant la guerre comme un jeu vidéo et les bombardements sur des civils comme des anecdotes ; quand, enfin, des dirigeants qui se présentent comme catholiques pour séduire des électorats qu’ils méprisent, pensent pouvoir donner des leçons de théologie à l’évêque de Rome alors qu’eux-mêmes peinent à comprendre ce dont ils parlent, on peut dire que nous avons un vrai problème. Tout cela pourrait ne concerner que nos frères et sœurs d’outre-Atlantique, si certains ne cherchaient à établir en nos contrées les mêmes amalgames, à entretenir les mêmes confusions.

Un monde à l’envers

"Les maîtres de la terre font semblant de ne pas savoir qu’il suffit d’un instant pour détruire, alors qu’une vie entière ne suffit souvent pas à reconstruire. Ils ferment les yeux sur le fait que des milliards de dollars sont dépensés pour tuer, sont dépensés pour la dévastation, au détriment des ressources nécessaires pour la guérison, l’éducation et la restauration. Ceux qui volent leur terre de ses ressources investissent généralement une grande partie des bénéfices dans les armes perpétuant ainsi un cycle sans fin de déstabilisation et de mort. C’est un monde à l’envers, une exploitation de la création de Dieu qui doit être dénoncée et rejetée par chaque conscience honnête" disait le pape Léon XIV le 15 avril dernier au Cameroun. 

Un monde à l’envers dont le désir de ceux qui le retournent et le fragilisent est de nous faire croire qu’il n’y a pas d’autre solution et qu’il est en fait, ainsi, sur sa bonne trajectoire. Comme si la mort pouvait être l’avenir de l’homme.