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Sœur Marie-Suzanne, missionnaire mariste et scientifique reconnue

Une figure religieuse et scientifique au destin hors du commun. Sœur Marie-Suzanne (1889 - 1957) fut missionnaire en Océanie, tenta de mettre au point un vaccin contre la lèpre et reçut le prix de Meilleur Ouvrier de France.

4 min de lecture

Source: Archives des Sœurs Missionnaires de la Société de Marie via Wikimedia Commons.

Religieuses missionnaires maristes et leurs patients lépreux de Makogai (Fidji).

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Une religieuse française reconnue comme une scientifique de premier plan à son époque. Alice Novial, née le 19 avril 1889, grandit dans une famille aisée d’industriels du Creusot. Elle choisit, malgré la désapprobation de ses parents, d'entrer comme novice à 17 ans dans ce qui deviendra la congrégation des Sœurs de la Société de Marie. Elle prend le nom de sœur Marie-Suzanne du Sacré-Cœur. Elle suit une formation d’infirmière et part exercer aux antipodes, en plein Océan Pacifique. Elle marche ainsi dans les pas de la fondatrice de sa congrégation, Marie-Françoise Perroton, une intrépide lyonnaise qui, à 49 ans, quitta pour la première fois son pays pour partir évangéliser Wallis et Futuna.

C’est dans la petite île de Makogai, au centre de l’archipel des Fidji, que sœur Marie-Suzanne découvre le fléau de la lèpre. Les lépreux sont ostracisés et parfois menacés de mort par peur de la contagion. Pendant 26 ans, elle travaille dans la léproserie de l’île, accueillant jusqu’à 900 malades. Elle se consacre aux lépreux avec ardeur et très peu de moyens. Elle commence aussi à chercher un remède à cette pathologie effrayante, évoquée d’ailleurs à plusieurs reprises dans la Bible.

En 1935, elle rentre à Paris étudier la médecine et faire de la recherche à l’Institut Pasteur et à l’hôpital Saint-Louis. Neuf ans plus tard, elle s’installe dans le Rhône et se voit confier le laboratoire de recherche sur la lèpre, nouvellement créé à l’initiative de Mgr Joseph Lavarenne, président du conseil central de Lyon des Œuvres pontificales missionnaires. Le laboratoire est situé dans les locaux de la Faculté catholique des sciences de Lyon et accueille notamment des religieux missionnaires ayant contracté la lèpre dans des pays lointains. Sœur Marie-Suzanne est soutenue par des professeurs renommés et collabore avec des bactériologistes et des léprologues du monde entier. 

Un antigène pour le traitement de la lèpre

La première, elle réussit à mettre en culture une mycobactérie isolée à partir d’une lésion lépreuse et à la tester sur des rats. En hommage à sœur Marie-Suzanne et à sa congrégation, la Société de Marie, la bactérie est appelée Mycobacterium Marianum. En 1953, cette découverte est présentée au cours du sixième Congrès international de microbiologie à Rome. On en parle dans de nombreuses revues scientifiques dont les prestigieuses Annales de l'Institut Pasteur de Paris. Un antigène pour le traitement de la lèpre et un vaccin sont alors développés.

Dès lors sœur Marie-Suzanne est pressentie pour le Prix Nobel, mais elle refuse de poser sa candidature. Sa notoriété grandit et, à la demande de ses sœurs, elle donne 90 conférences aux États-Unis et au Canada. Dans les années 1950, avec l’autorisation du Ministère de la santé, le traitement et le vaccin antilépreux Marianum sont distribués gratuitement dans le monde entier. Leur efficacité a été controversée, mais ils ont incontestablement contribué à soulager de nombreux malades. 

En 1957, sœur Marie-Suzanne décède d’une tumeur cérébrale à l’institut des Sœurs Maristes. Ses obsèques à Sainte-Foy-les-Lyon sont présidées par le cardinal Gerlier, primat des Gaules. Elle demeure un exemple de dévotion sans limite, à Dieu et à la recherche contre la maladie. Religieuse et scientifique de premier plan, son destin est unique. Elle fut même sacrée Meilleur Ouvrier de France laborantine (spécialité microphotographie), une première pour une femme en 1949 !