Le carême nous prépare à Pâques durant quarante jours. Le temps pascal, lui, nous fait profiter de la grâce de la Résurrection durant cinquante jours, jusqu’à la Pentecôte. Pour les Pères de l’Église, le temps pascal est un unique jour de fête, comme un "grand dimanche" (saint Athanase). Autrement dit, c’est tous les jours le dimanche de Pâques jusqu’à Pentecôte ! Dans ces conditions, on peut légitimement se poser la question : pourquoi cette période n’a-t-elle pas la même densité spirituelle que le carême pour les croyants ? Plusieurs raisons, au moins, expliquent cette différence.
Les différences entre le carême et le temps pascal
D’abord, après avoir atteint le sommet de Pâques, suite à l’ascension des quarante jours du carême, les chrétiens éprouvent le besoin de souffler. Une sorte de décompression spirituelle se produit. Ensuite, le temps pascal n’est pas "finalisé" comme l’est le carême par Pâques. La Pentecôte est trop loin dans le temps et beaucoup de croyants ignorent que cette fête est le couronnement de Pâques.
Troisième raison, en lien avec la précédente : la finalité du carême, Pâques, est autrement plus puissante que la Pentecôte. La Semaine sainte, le Triduum pascal, avec leur charge dramatique extraordinaire, sont plus marquants que la fête de l’effusion de l’Esprit. De même, on ne peut pas demander aux fidèles de se réjouir durant cinquante jours comme ils l’ont fait à Pâques ! Les chrétiens ne sont pas des surhommes. Eux aussi subissent la loi de l’entropie spirituelle qui veut qu’au fil du temps, une déperdition d’énergie se produise. De plus, insérés dans le monde, ce n’est pas tous les jours dimanche pour eux dans leurs vies de famille, de travail, pour les problèmes de santé, de relations, etc.
Ni accompagnement, ni actions précises
Une autre différence : durant le temps pascal, l’Église n’accompagne pas les catéchumènes vers le baptême, comme elle le fait durant le carême. Or, cet accompagnement contribue à densifier considérablement le temps pré-pascal. Ajoutons que pour le grand public, le carême est plus facilement identifiable que le temps pascal. Qui n’a pas entendu cette interrogation : "Le carême, c’est le ramadan des chrétiens, n’est-ce pas ?" Étrange question quand on sait qu’elle est posée dans un pays qui est chrétien depuis deux mille ans ! Le carême a d’ailleurs irrigué la culture et la langue : ne dit-on pas "tirer une face de carême" ? Quel chrétien n’a jamais été sollicité pour ramener des rameaux bénis durant la messe qui ouvre la Semaine sainte ?
Enfin, last but not least, les personnes sont plus impliquées quand on leur demande quelque chose (à faire). Or, le carême repose sur trois piliers : jeûne, prière, aumône. Ces actions de travail sur soi ou au profit des autres, sont causes de mobilisation et d’unification spirituelle. On le constate beaucoup chez les jeunes, très demandeurs de radicalité et d’ascèse. Le temps pascal n’offre rien de tel. Inévitablement, le relâchement qui suit les efforts du carême est préjudiciable à la pleine réception des grâces du temps pascal.
L’enjeu du suivi post-baptismal des néophytes
Pour toutes ces raisons, le temps pascal n’a pas la densité spirituelle du carême. Il ne sert à rien de le regretter car l’homme ne peut pas vivre sur les sommets bien longtemps. Cependant, cette réflexion n’est pas oiseuse parce qu’elle nous oblige à nous pencher sur la situation des nouveaux baptisés de la vigile pascale : les néophytes. Pour eux aussi, Pâques a représenté un aboutissement. Pourtant, le baptême n’est pas une fin en soi.
Né à nouveau de l’eau et de l’Esprit dans la cuve baptismale à Pâques, le néophyte ne fait que commencer sa vie chrétienne. Or, beaucoup de nouveaux baptisés "décrochent" rapidement de la vie ecclésiale après le baptême. Là aussi, les raisons de ce phénomène sont connues : panne d’intégration dans la vie paroissiale, absence d’accompagnateurs "post-baptême", manque de propositions d’activités pour que le néophyte se sente reconnu comme un membre à part entière de la communauté chrétienne, etc. C’est ainsi que certains diocèses ont mis en place un service de "néophytat" chargé d’accompagner et d’intégrer les nouveaux baptisés dans leur nouveau milieu de vie. L’enjeu est immense, surtout avec l’explosion du nombre de demandes de baptême que l’Église de France connaît actuellement.









![[VIDÉO] Malick, néophyte : “Ma joie est de voir grandir cette passion de Dieu chez les autres”](https://wp.fr.aleteia.org/wp-content/uploads/sites/6/2026/03/temoignage-de-Malick.jpg?resize=300,150&q=75)
