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Un chantier d’une ampleur historique. L’orgue de la cathédrale Saint-André de Bordeaux a enfin été démonté au mois de mars 2026, après dix ans d’attente. Composé de 6.200 tuyaux, il doit être refait à neuf par deux facteurs d’orgue reconnus : l’autrichien Rieger Orgelbau et l’atelier breton Orglez L’Haridon Freyburger. "Un chantier de cette ampleur n’arrive qu’une fois par siècle, et encore. Il s’agira du plus grand orgue neuf jamais construit dans une cathédrale française. C’est exceptionnel", souligne Jean-Baptiste Dupont, organiste de la cathédrale et maître d'œuvre. Un travail de réfection qui a officiellement commencé début avril et pour lequel trois millions d’euros ont été récoltés. Une somme à laquelle il manque aujourd’hui un million d’euros pour que le projet aboutisse et que le nouvel orgue puisse être inauguré en 2030.
Un projet exceptionnel et novateur
La nomination de Jean-Baptiste Dupont en tant que titulaire de l’orgue de la cathédrale, en 2012, marque le début du projet : il découvre "l’envers du décor" de l’instrument. "L’orgue souffrait d’une obsolescence liée aux matériaux utilisés dans les années 1970, mais aussi de problèmes acoustiques plus profonds." Concrètement, le buffet du XVIIIe siècle, l’un des plus grands de France, est en très mauvais état. Il doit être restauré avec soin, en respectant son caractère patrimonial unique. "En revanche, explique Gwennin L’Haridon, facteur d’orgue de l’atelier Orglez, la partie sonore datant de 1975 ne va pas être conservée : un nouvel orgue va entièrement être refait avec une organisation partiellement repensée." L’ambition est de produire un instrument d’une grande flexibilité, "parfaitement adapté à l’acoustique de la cathédrale".

Cette réfection se distingue aussi par sa dimension innovante. "On va créer un instrument capable d’interpréter des répertoires variés, du XVIIIe au XXIe siècle, tout en s’ouvrant à la création contemporaine." Une évolution qui passe par une recherche sonore mais aussi par des avancées technologiques. Parmi celles-ci : une transmission permettant un toucher plus sensible ainsi qu’une console mobile qui permettra à l’organiste de jouer depuis différents endroits de la nef et de contrôler à la fois le grand orgue et l’orgue de chœur. Et Jean-Baptiste Dupont de résumer : "Ce projet constitue une première en France : jamais autant d’innovations n’ont été réunies dans une cathédrale."
Parrainer un tuyau d’orgue
Pour financer un tel projet, l’Etat a mandaté l’association Cathedra, chargée d’animer des sessions musicales à la cathédrale de Bordeaux. Pour ce qui est de la création du nouvel orgue, l’Etat apporte un tiers du budget, estimé au total à quatre millions d’euros. "Pour le reste, on nous a missionnés pour animer le projet et récolter les deux tiers manquants", développe Jean-Denis Portelli, président de Cathedra. Une somme acquise auprès de collectivités territoriales, du diocèse, mais surtout de nombreux mécènes institutionnels.

Originalité qui fait toute la saveur du projet : Cathedra propose sur son site de parrainer un tuyau de l’orgue, et même d’en choisir la note, en échange d’un don. "Cette méthode est peu connue en France mais beaucoup employée en Allemagne. Un peu moins de 50.000 euros ont été récoltés grâce à cette levée de fonds. Ça fonctionne gentiment", raconte Jean-Denis Portelli. Le défi aujourd’hui ? Poursuivre cette collecte. "Il faut continuer à convaincre collectivités locales et grands mécènes, mais aussi les particuliers, car sans ce petit million qui nous manque, on ne finira pas la réfection".
"Une nécessité liturgique et culturelle"
L'ambition portée par ce projet est aussi de redonner à la cathédrale un instrument à la hauteur de la célébration, mobilisant la grandeur architecturale et la musique. "Du point de vue de la cathédrale, le projet répond à une nécessité à la fois liturgique et culturelle", explique le frère Jean-Clément Guez, recteur de la cathédrale. L’orgue est ainsi pensé comme un élément central d’un projet plus large, visant à renforcer la capacité d’expression artistique du lieu notamment à travers l’accueil de créations contemporaines.

Le projet s’inscrit enfin dans une dynamique d’avenir. Au-delà de sa dimension artistique, il possède une forte valeur pédagogique. "Un chantier de cette ampleur suscite un intérêt croissant et contribue déjà à éveiller des vocations, notamment chez les jeunes musiciens", témoigne Jean-Baptiste Dupont. Et l’organiste de conclure, enthousiaste : "L’objectif est de créer un véritable élan, afin que les générations futures s’approprient cet instrument et fassent vivre le patrimoine musical de Bordeaux.
Surnommé depuis des siècles "le roi des instruments", l’orgue occupe une place unique dans la liturgie chrétienne. Par l’ampleur de sa palette sonore et sa capacité à "remplacer un orchestre à lui seul", il accompagne et sublime la prière, soutenant le chant des fidèles tout en dialoguant avec l’espace architectural de l’église. Plus qu’un simple accompagnement musical, l’orgue participe ainsi pleinement à la dimension spirituelle et artistique de la liturgie.









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