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"An apple a day keeps the doctor away." Cette expression bien connue des Britanniques pourrait résumer l’ambition de Jacques. À 26 ans, ce fils d’agriculteur a quitté son CDI dans une start-up parisienne pour entreprendre. Son projet ? Transformer la production familiale de pommes des Hauts-de-France en une marque de jus sains, moderne et engagée. Entre retour aux racines, innovation et réseaux sociaux, il incarne une génération qui veut construire autrement.
"Le Verger de Morchies"
Diplômé d’une école de commerce, Jacques travaille d’abord pendant un an dans une start-up qui accompagne les collectivités dans la gestion des déchets abandonnés. Bras droit puis commercial, il s’y plaît, mais ressent un manque : "Ça m'embêtait d'être tout le temps derrière mon ordinateur." Fin 2025, il franchit le pas avec deux anciens collègues et quitte son CDI pour créer sa propre entreprise.
L'idée ? Valoriser une production familiale qui sommeillait : celle des pommiers plantés il y a dix ans par son père, agriculteur dans les Hauts-de-France, et arrivés à maturité. "Ça fait cinq ou six ans qu'on fait du jus de pommes, d'abord 200 litres, puis 400, 800… Cette année, on a produit 2.000 litres." Jusqu'alors réservé à la famille et aux amis, ce jus artisanal devient le point de départ d'un projet entrepreneurial ambitieux : "Le Verger de Morchies", du nom du village du Pas-de-Calais où se situe la ferme.
Défi : 2.000 bouteilles
Jacques et ses deux associés ne veulent pas être de simples producteurs. Leur ambition : créer une "digital native brand", une marque née sur les réseaux sociaux, à l'image des entreprises américaines qui transforment des produits traditionnels en concepts modernes. "On ne veut pas rester limités à la ferme. On veut créer une marque de jus de qualité, avec des recettes probiotiques, détox, à base de pommes mais pas seulement."

Sur Instagram et TikTok, Jacques partage son quotidien avec authenticité : récolte, mise en bouteille, anecdotes. Pas de vidéos trop montées, une recette naturelle. "Je n'ai pas envie d'être complètement la personne qui incarne la marque. Elle doit s'incarner d'elle-même." Une ambition portée par un premier défi : vendre 2.000 bouteilles de jus en six mois. Une stratégie qui fonctionne : en quelques semaines, les commandes affluent, moitié réseau proche, moitié inconnus.
S’engager localement
Fils d'agriculteur, Jacques porte un regard lucide sur le monde agricole français. "Le producteur ne peut pas fixer son prix de vente, il dépend trop de la grande distribution." Pour lui, une partie de la solution passe par la création de marques fortes, à l'image des Italiens qui ont su valoriser leurs pâtes, huiles d'olive ou panettones. "Il faut qu'on crée une agriculture de marque en France. C'est ce qui permettra de réconcilier le producteur avec son consommateur." À Morchies, Jacques s'engage aussi localement : élu au conseil municipal, il veut dynamiser le territoire. "On a monté une pièce de théâtre sous une grange, on produit du miel, j'aimerais organiser un festival de jus de pommes." Un ancrage territorial qui fait écho à son projet entrepreneurial : créer du lien, redonner du sens.

Une génération qui ose
À 26 ans, Jacques incarne un mouvement plus large : celui d’une jeunesse qui refuse la routine et veut construire quelque chose qui lui ressemble. "On dit que les jeunes ne veulent pas bosser. C'est faux. Ils ne s'intéressent juste pas aux mêmes choses qu’il y a trente ans. Il y a des jeunes de seize, dix-huit, vingt-cinq ans qui font des trucs incroyables." Pour lui, entreprendre n'a jamais été aussi accessible : "Tu branches ton ordi, tu regardes les réseaux, tu t'inspires, tu te lances." Mais il prévient aussi : "Partir seul, c'est dur. Il faut rencontrer les gens, s'entourer." Avec ses deux associés, il avance pas à pas, conscient des défis mais porté par une conviction : "On sait que ça va être très dur d'avoir le même niveau de vie que nos parents. Alors bizarrement, on est prêts à prendre des risques."

Sur la ferme familiale, Jacques expérimente : "On veut faire un petit laboratoire. On a planté d’autres arbres fruitiers qui permettront peut-être de faire des recettes." Et de conclure : "Si on arrive à partager ça sur les réseaux, c'est le meilleur moyen de créer une communauté de consommateurs fidèles qui choisira notre jus plutôt que celui vendu par la grande distribution."










