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En ces jours où de nombreux étudiants passent les écrits de leurs concours, le marathon de Paris du 12 avril et, surtout, la façon dont il a été évoqué sur France Inter, nous offrent l’occasion d’un petit conseil sur la bonne attitude à avoir devant un énoncé, pour éviter les contresens ou les hors-sujets. Le principe est a priori simple : traiter le sujet qu’on a et non celui qu’on aimerait avoir ! Cela suppose de ne pas tirer par tous les moyens le sujet vers ce qu’on sait, ce qu’on veut dire, ce qu’on rêve de pouvoir placer, ce qu’on a prévu de développer. Autrement dit, prouver qu’on est capable de réfléchir et non seulement de dérouler mécaniquement un argumentaire tout prêt. C’est la différence entre un esprit vivant et une machine ou un chien pavlovien. Devant la citation d’un grand écrivain, par exemple, la meilleure copie ne ramène jamais l’énoncé au connu, elle perçoit ce qui étonne, signale ce qui est inhabituel, souligne ce qui surprend : elle est plus sensible au relief qu’à la platitude, à l’idée spécifique qu’au déjà-lu. Pas de pire piège pour l’étudiant qu’un sujet en partie déjà traité ou qu’une conviction personnelle bien ancrée, si cela court-circuite sa réflexion sur un énoncé inédit.
L’attention à la vérité
Le rapport avec le marathon de Paris commenté par France Inter ? Qu’on en juge par l’annonce du contenu du journal de 9 heures, ce dimanche 12 avril : "Et puis le marathon de Paris et la folie du running, ce dimanche. Pourtant les femmes ont toujours beaucoup de difficultés à pratiquer ce sport, au cours duquel elles se font régulièrement harceler." Précisons qu’il s’agit en théorie d’un moment d’information sur les actualités du jour. Que tous les étudiants se nourrissent de ce contre-exemple parfait : immédiatement après le sujet supposé (le marathon de Paris), la journaliste introduit un jugement de valeur, certes assez innocent ("la folie"), et, surtout, passe à ce dont elle a envie de parler, quel que soit le sujet, à savoir les violences sexistes. C’est le type même d’introduction qui condamne par avance le candidat à rater la suite du devoir : le "pourtant", à la logique incertaine, masque mal le glissement vers un autre sujet que celui qui a été annoncé. Sur le marathon de Paris, on n’apprendra rien dans ses "informations", pas même son point de départ et son point d’arrivée, ce qui pourrait sembler la base (à moins que tous ne soient tenus de connaître depuis longtemps cette évidence parisienne).
La journaliste, comme les étudiants devant un énoncé, gagnerait à avoir en tête un beau passage de Simone Weil sur l’attention, comme forme de disponibilité de l’esprit au sujet traité :
Et surtout la pensée doit être vide, en attente, ne rien chercher, mais être prête à recevoir dans sa vérité nue l'objet qui va y pénétrer. Tous les contresens dans les versions, toutes les absurdités dans la solution des problèmes de géométrie, toutes les gaucheries du style et toutes les défectuosités de l’enchaînement des idées dans les devoirs de français, tout cela vient de ce que la pensée s’est précipitée hâtivement sur quelque chose, et étant ainsi prématurément remplie n'a plus été disponible pour la vérité.
On entend quasiment la journaliste penser tout haut : le marathon ! Chouette, je vais pouvoir dénoncer le sexisme.
Les biais idéologiques
Parmi les obstacles à l’attention, il va de soi que les biais idéologiques, pour ne pas dire les mécanismes militants, ont une place de choix. Tout de suite après le marathon version France Inter, il est amusant de lire le commentaire du Figaro sur le nombre de participants à la même course :
Pour Virgile Caillet, de l’Union Sport & Cycle, on est face à un “véritable phénomène de société. On a toujours eu des gens qui faisaient des footings mais désormais, ils s’inscrivent à des compétitions. Avant, la compétition avait une image beaucoup plus élitiste et il y a eu un vrai changement sociétal. Elle est devenue une expérience à part entière, avec des animations. On met un dossard pour participer à une expérience sans pour autant être attaché à la performance”, souligne-t-elle. Avec par exemple de plus en plus de participantes puisqu’en 2025, 25% des partants étaient des femmes. Cette année, elles représenteront 33% des inscrits, soit environ 20.500 représentantes, là aussi un record.
Davantage de femmes ou pas assez de femmes ? Après les erreurs à éviter pour la dissertation, nous voici dans les conseils pour les études de documents : meilleur élève que France Inter sur ce point, le Figaro ne se laisse pas aveugler par un chiffre, mais tient compte de l’évolution de la statistique pour signaler la hausse de la participation féminine. Peu soucieux d’une telle prudence, France Inter se précipite sur le pourcentage d’un tiers de femmes : "On est loin de la parité, mais il y a une explication." Nous y voilà.
Une réalité complexe
Une seule explication ? Nouvelle leçon involontaire de France Inter pour les candidats : il est préférable d’éviter de ramener à une cause unique une réalité complexe. En l’occurrence, la brève attente de l’explication mise en avant par la journaliste crée nettement moins de suspense que le résultat de la course. Une seule explication, vous ne devinez pas ? Les hommes, bien sûr : "C’est le paradoxe du running, un sport qui rime avec liberté, mais cette liberté, les femmes ne la vivent pas de la même manière : se faire siffler en courant, entendre des remarques sur son corps, parfois être suivie sur plusieurs mètres." Choses fort déplaisantes, nous nous garderons bien de le contester, mais dont il faudrait démontrer un peu plus rigoureusement le rôle d’unique effet dissuasif pour celle qui préfère lire Jane Austen (choix sexiste ?) ou marcher dans la montagne que courir quarante-deux kilomètres sur du bitume, entourée d’une foule compacte suante et connectée. Confessons que l’idée qu’une exacte parité au marathon de Paris puisse représenter un quelconque progrès social nous laisse plus que songeur.
Revenir au sujet
Ayant glissé comme on l’a vu du marathon aux violences sexistes, le journaliste de France Inter propose un bref reportage et nous présente une dénommée Jeanne, qui ne court qu’avec un couteau dans sa poche. "Avec son compagnon, ajoute la journaliste, elle a d’ailleurs acheté un vélo électrique pour qu’il puisse la suivre quand elle court tôt le matin et tard le soir." De la question du sexisme, on passe à la publicité indirecte pour le magasin de cycles. On n’aura toujours pas d’informations sur le marathon, et on restera en outre sur sa faim pour une question décisive soulevée par le sujet de remplacement : Jeanne court-elle très vite ou son compagnon est-il inapte à pédaler pour avoir besoin d’un moteur à son vélo pour la suivre ? Faut-il préciser, en un dernier conseil, que si l’étudiant constate un peu tard qu’il a succombé au syndrome de France Inter, il peut tout de même essayer de revenir au sujet en conclusion. Et si ça ne suffit pas à sauver la copie, proposons à tous ceux qui rateront leurs écrits faute d’attention un sujet de rattrapage, que nous corrigerons avec plaisir, sans pouvoir toutefois garantir une publication du meilleur travail sur Aleteia. Sujet : dans quelle mesure une femme qui fait du running avec un couteau dans la poche et un homme qui la suit en vélo électrique en cas de mauvaise rencontre vous semblent-ils une image du couple moderne idéal ?









