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Artémis 2, cette beauté que nous n’avions pas encore vue

Image de la Lune et de la Terre prise lors de la mission Artémis II.

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Clément Barré - publié le 15/04/26
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Les photos rapportées par la mission spatiale Artémis 2 ont révélé une beauté insoupçonnée, que l’homme n’avait jamais vue. Elles sont précieuses pour cela, commente le père Clément Barré, prêtre du diocèse de Bordeaux : en découvrant une beauté qui nous précédait, elles nous rendent à une forme d’enfance spirituelle.

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On raconte que, revenant du premier vol habitant dans l’espace, Youri Gagarine aurait eu cette phrase : "Je n’ai pas vu Dieu là-haut." Légende de la propagande soviétique, expression désolante d’un matérialisme capable des plus grandes prouesses techniques mais aveugle à ce que ce monde matériel révèle de plus grand que lui. Car ce qui me frappe aujourd’hui, en regardant les images rapportées par Artémis 2, ce n’est pas l’absence de Dieu dans le ciel. C’est au contraire cette intuition si simple et si bouleversante : il y avait donc là-haut, depuis toujours, une beauté que nous n’avions pas encore vue. 

Une vraie leçon spirituelle

La NASA a publié ces derniers jours les premières grandes images du survol lunaire d’Artémis 2 : reliefs de la face cachée, cratères immenses, lumière rasante sur la poussière grise, "earthset" (croissant de Terre) saisi depuis l’orbite lunaire, et même une éclipse vue depuis l’espace. Ces photographies ont quelque chose de profondément apaisant. Elles ne sont pas seulement spectaculaires. Elles nous obligent à ralentir. À lever les yeux. À consentir à ce que le monde soit plus vaste, plus silencieux, plus magnifique que le cercle de nos urgences quotidiennes. 

Il y a là, me semble-t-il, une vraie leçon spirituelle. Non pas parce qu’il faudrait opposer la foi à la science, comme si l’une commençait là où l’autre s’arrête. Mais parce qu’une découverte comme celle-ci peut élargir notre capacité d’émerveillement. La science ne vole rien à la création ; elle peut au contraire nous apprendre à mieux la regarder. Elle affine l’œil. Elle déplie le réel. Elle nous rend attentifs à des splendeurs qui étaient déjà là, mais que nous ne savions pas encore contempler.

Cette beauté qui nous précédait

C’est peut-être cela qui me touche le plus dans ces images de la Lune : Dieu a semé de la beauté là où aucun homme, pendant des millénaires, ne pouvait encore poser le regard. Avant nos calculs, avant nos moteurs, avant nos écrans, avant nos réussites techniques, cette beauté existait déjà. Elle n’attendait pas notre approbation pour être belle. Elle n’avait pas besoin de nous pour rayonner. Elle nous précédait. Elle nous attendait. Et cela dit quelque chose de décisif sur la création : elle n’est pas seulement utile, elle est gratuite. Elle n’est pas seulement ordonnée, elle est généreuse.

Les photos d’Artémis 2 sont précieuses pour cela : elles nous rendent à une forme d’enfance spirituelle. Elles nous rappellent que l’homme ne grandit pas seulement en maîtrisant, mais aussi en contemplant.

Alors reviennent naturellement les mots du psaume : "Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur ! Tout cela, ta sagesse l’a fait" (Ps 103). Le texte biblique ne parle pas d’un univers pauvre, strictement fonctionnel, réduit à l’indispensable. Il parle de profusion. C’est un mot magnifique. Il dit qu’en Dieu, la sagesse n’est pas avare. Elle ne produit pas un monde sec, minimal, fermé sur la nécessité. Elle donne avec abondance. Elle répand. Elle déborde. Et peut-être avons-nous trop oublié que la beauté fait partie, elle aussi, du langage de Dieu. 

Réapprendre l’admiration

L’évangile de Thomas, entendu ce dimanche, pourrait sembler nous emmener ailleurs : "Heureux ceux qui croient sans avoir vu" (Jn, 20). Mais il ne s’agit pas d’apprendre à mépriser le visible. Le Christ ne bénit pas l’aveuglement. Il bénit la confiance. Il rappelle simplement que ce que nous voyons n’épuise pas la vérité, et que les signes de Dieu ouvrent toujours plus loin qu’eux-mêmes. Oui, il faut croire sans avoir vu. Mais cela ne nous dispense pas de regarder. Cela ne nous interdit pas de chercher dans la Création les traces, les éclats, les signes d’une sagesse qui la porte tout entière. 

Au fond, les photos d’Artémis 2 sont peut-être précieuses pour cela : elles nous rendent à une forme d’enfance spirituelle. Elles nous réapprennent l’admiration. Elles nous rappellent que l’homme ne grandit pas seulement en maîtrisant, mais aussi en contemplant. Notre époque sait beaucoup compter, exploiter, optimiser, rentabiliser ; elle sait moins souvent s’émerveiller. Or il y a quelque chose de profondément humain, et de profondément chrétien, dans le fait de se laisser saisir par une beauté qui ne nous sert à rien, sinon à agrandir l’âme.

Sortir de nous-mêmes

Pascal écrivait : "Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie." On comprend cet effroi. L’immensité peut nous écraser. Le vide apparent peut nous troubler. Mais la foi permet peut-être d’habiter autrement ce silence. Car il n’est pas nécessairement le signe d’une absence. Il peut être, au contraire, le lieu d’une présence trop grande pour s’imposer avec fracas. Le silence des espaces infinis n’est pas vide de Dieu. Il est plein d’une gloire discrète, d’une beauté sans bruit, d’une louange que l’homme découvre peu à peu, à mesure qu’il apprend enfin à regarder. 

Et c’est peut-être cela, finalement, que ces images nous donnent : non pas une preuve, non pas un argument, mais une invitation. Une invitation à sortir de nous-mêmes. À lever les yeux. À nous laisser surprendre encore. À redire, devant ces paysages que personne n’avait vus ainsi : oui, Seigneur, quelle profusion dans tes œuvres.

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