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Alexandra Puppinck-Bortoli : “Être gentil est un choix courageux”

Alexandra Puppinck Bortoli : « La gentillesse est le visage de la grâce sur terre »
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Anna Ashkova - publié le 15/04/26
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Les gentils finissent derniers, dit l’adage. Et si c’était l’inverse ? Et si la gentillesse était en réalité l’une des plus grandes forces capables de transformer la société ? Dans "Le monde appartient aux gentils", à paraître ce 16 avril, Alexandra Puppinck-Bortoli dévoile la puissance cachée de la gentillesse et son rôle essentiel pour la société actuelle. Entretien.

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Souvent reléguée au rang de qualité secondaire, la gentillesse voit sa puissance sous-estimée dans un monde dominé par la performance et les rapports de force. Dans la course aux avantages, aux promotions et aux premières places, les personnes gentilles sont souvent perçues comme des "perdants d’avance", faciles à duper. Et si cette perception était trompeuse ? Et si les personnes gentilles étaient en réalité des héros capables de contribuer à sauver le monde et à redonner de la dignité à celles et ceux qui en ont besoin ? À la croisée de la morale, de la psychologie et de la spiritualité, Alexandra Puppinck-Bortoli redonne à la gentillesse ses lettres de noblesse et interroge, dans son ouvrage Le monde appartient aux gentils (éd. Cerf), à paraître ce jeudi 16 avril, son pouvoir visionnaire, qui propose une autre manière de comprendre le sens de la vie. Entretien.

Aleteia : La gentillesse est une qualité appréciée et pourtant, paradoxalement, souvent moquée ou dévalorisée. Pourquoi les personnes gentilles suscitent-elles la commisération, parfois la méfiance ?
Alexandra Puppinck-Bortoli : Effectivement, dans notre monde marqué par les conflits et les rapports de force, la gentillesse est souvent perçue comme une faiblesse, une naïveté, voire comme un manque d’intelligence. C’est un peu comme si elle n’avait pas trouvé sa place à notre époque. Il y a plusieurs raisons à cela, historiques, mais aussi liées au fait que la gentillesse trouve sa grandeur dans l’humilité ; c’est pour cette raison qu’elle est facilement méprisée par les cyniques. Le cynisme est nourri d’une forme d’amertume, mais aussi d’une valorisation de la performance sous toutes ses formes. En ce sens, la gentillesse ne remplit pas ces critères de réussite et de pouvoir, car elle répond à une autre logique.

Être gentil, c’est un choix — un choix courageux, car il est toujours possible de ne pas l’être et de répondre selon la loi du talion, œil pour œil, dent pour dent.

Mais c’est une erreur de considérer la gentillesse comme une faiblesse, car, en réalité, elle est la preuve d’une grandeur d’âme.

Naît-on gentil ou le devient-on au fil de la vie ?
Jean-Jacques Rousseau pensait que l’on naît bon et que la société nous corrompt. À l’inverse, Thomas Hobbes voyait l’être humain comme naturellement égoïste. Entre ces deux visions, plusieurs approches sont possibles. Pour ma part, je crois que la gentillesse s’apprend et se cultive par la volonté. Être gentil, c’est un choix — un choix courageux, car il est toujours possible de ne pas l’être et de répondre selon la loi du talion, œil pour œil, dent pour dent. Grandir dans un environnement bienveillant facilite cet apprentissage. Mais le monde n’est pas toujours gentil, et l’être ne signifie pas tout accepter : la gentillesse va de pair avec la fermeté et le respect de soi.

Vous écrivez aussi que la gentillesse est une vertu morale guidée par la foi et l’espérance, une voie spirituelle heureuse qui embrasse de nombreuses vertus.
Oui, la gentillesse est un diamant aux multiples facettes. Elle est humilité, responsabilité, empathie, compassion, générosité, patience, douceur, silence… Elle dissimule également le discernement, mêlant intelligence du cœur et intelligence rationnelle, tout en cultivant audace et créativité.

Les personnes gentilles voient le monde comme un bien précieux, un bien sacré. Elles portent le monde par la force de l'amour qui les habite et veillent à la dignité de chacun. Les gentils ont percé le mystère de la vie. Ils ont saisi une vérité essentielle qui échappe aux cyniques : sans la gentillesse, le monde n'existerait plus.  

Mais en même temps, vous dites qu’elle peut aussi être source de troubles. Comment distinguer une gentillesse authentique d’une fausse gentillesse, intéressée, stratégique ou même toxique ?
En effet, la gentillesse peut dissimuler une part plus sombre. Elle peut devenir un masque social, voire être une arme stratégique de manipulation. Il n’est donc pas toujours évident de reconnaître l’authentique gentillesse. C’est pourquoi, pour ne pas se laisser tromper, il est essentiel de commencer par s’interroger soi-même : quels sont mes véritables moteurs lorsque je suis gentil ? Que suis-je en train de chercher, d’apaiser ou de rassurer en moi ? Jacques Lacan disait : "être gentil, c’est souvent vouloir que l’Autre vous aime". La gentillesse peut en effet cacher la croyance que notre valeur dépend de notre utilité. C’est là qu’il faut savoir bien la placer, pour qu’elle ne bascule pas dans la naïveté. Le Christ offre un exemple de charité qui se traduit par la gentillesse au quotidien. Mais cette charité n’exclut en aucun cas la fermeté : elle est humble mais elle ne s’humilie pas. Lorsque des personnes gentilles se laissent écraser, c’est souvent que leur gentillesse est mal ajustée, qu’elles ont franchi leurs propres limites et cessé de se respecter.

Et comment l’ajuster alors ?
C'est paradoxal mais cela passe par l'humilité. L'humilité, c’est apprendre à se connaître en vérité disait saint Augustin. Cette connaissance de soi permet de discerner ce dont on est réellement capable, de reconnaître ses limites et ses besoins... Elle aide aussi à éviter un autre écueil : celui de l’orgueil.

Vous défendez l’idée que les gentils ne sont pas des perdants, mais au contraire des "vainqueurs". En quoi la gentillesse peut-elle être une force dans le monde actuel ? 
La gentillesse est le visage de la grâce sur terre, surtout dans l’épreuve. Quand tout devient difficile, un sourire ou une main tendue suffisent à rapprocher le Ciel de la terre. Chacun l’a déjà vécu : une attention, un appel, un geste simple… La gentillesse peut transformer une vie. Elle est une force car elle porte un regard positif et optimiste sur le monde. Elle porte l'espérance. En ce sens, une personne gentille est une personne qui a compris que la joie de l'âme réside dans le don de soi. La gentillesse répond à une réalité supérieure, elle sait dépasser son propre intérêt. Elle répare les liens brisés, elle apaise les conflits, instaure un climat de confiance et libère la parole. Terreau du pardon, la gentillesse éveille les consciences et porte en elle une sagesse qui embellit la vie. Les personnes gentilles voient le monde comme un bien précieux, un bien sacré. Elles portent le monde par la force de l'amour qui les habite et veillent à la dignité de chacun. Les gentils ont percé le mystère de la vie. Ils ont saisi une vérité essentielle qui échappe aux cyniques : sans la gentillesse, le monde n'existerait plus.  

Pratique

Le monde appartient aux gentils, Alexandra Puppinck-Bortoli, Cerf, avril 2026.
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