Et si votre lecture allait plus loin ?
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Sans grande surprise, la dernière étude du Centre national du livre (CNL), menée sur un échantillon de 1.500 jeunes de 7 à 19 ans, démontre le déclin du livre au profit des écrans. Les jeunes passent dix fois plus de temps sur leurs écrans (3h01 par jour) qu’à lire des livres (18 minutes par jour). Un constat similaire à l’enquête de 2024, qui ne surprend guère Claire Becheau La Fonta, fondatrice de Verty, une plateforme dédiée à la sélection de livres pour la jeunesse : "Les écrans représentent une consommation facile, là où la lecture requiert un effort d'attention, de concentration. Et un cerveau qui est habitué à recevoir toute l'information sans effort a nécessairement plus de mal à se concentrer sur un livre", précise-t-elle auprès d'Aleteia.
Une lecture fragmentée
En revanche, l’étude démontre un fait nouveau : la lecture est désormais fragmentée. Les enfants font très souvent autre chose en même temps qu’ils lisent, une habitude qui va crescendo avec l’âge : parmi les 16-19 ans, 67% mènent de front lecture et "autre chose". "Même quand ils sont en train de lire, les sollicitations permanentes des réseaux sociaux éloignent les jeunes de la lecture. Elles fragmentent leur attention et altèrent profondément leur capacité à se concentrer", constate Régine Hatchondo, présidente du CNL.
Autre élément préoccupant, un tiers des 16-19 ans ne lit pas du tout. "Quand on sait à quel point la lecture enrichit un enfant, ce qu'elle lui apporte au niveau du développement du langage, du vocabulaire, des connaissances, de l’imagination, je trouve cela désolant", déplore Claire Becheau La Fonta. "La lecture façonne non seulement l'intelligence dans sa dimension cognitive, mais aussi dans la dimension socio-émotionnelle de l'enfant car elle permet la transmission des émotions et développe l'empathie", souligne la spécialiste, s’appuyant notamment sur les travaux de Michel Desmurget.
Lorsqu’ils lisent, les jeunes se tournent prioritairement vers les BD, les mangas et les romans. La bande dessinée (regroupant les albums de BD, les mangas et les comics) reste leur premier choix, suivi par les romans. Les romans d’aventures, les livres de science-fiction et la romance – et notamment la dark romance chez les filles de 16-19 ans - ont leur préférence.
Des parents qui lisent moins
L’étude met aussi en lumière un changement dans les modes de vie : aujourd’hui, les parents lisent moins souvent des histoires à leurs enfants. En 10 ans, cette lecture commune a diminué et, désormais, même les enfants de 7-9 ans en bénéficient moins fréquemment. Une habitude que regrette Claire Becheau La Fonta, qui considère que la transmission du goût de la lecture "se fait d'abord et avant tout à travers les parents, à la maison". "Il n’y a pas un âge à partir duquel on peut commencer à lire des histoires à son enfant", confie la jeune femme. "Dès tout petit, avant même que l'enfant ne marche, on peut lui lire des histoires. L’enfant recherche d'ailleurs davantage ce moment privilégié avec sa mère ou son père plutôt que le livre en lui-même, mais cela lui donne le goût de l'instant et le familiarise avec l'objet livre."
A l'instar du brossage de dents, la lecture devrait être un passage obligé.
Pour Claire Becheau La Fonta, donner le goût de la lecture passe ainsi par l’instauration d’un rituel quotidien, comme un "passage obligé" : "à l'instar du brossage de dents, la lecture devrait être un passage obligé". Elle préconise ainsi de lire chaque soir avec son enfant. "Si on n'a pas le temps, ce n’est pas grave, on prend juste cinq minutes, on lit quelques pages, et on lira la suite le lendemain". Certaines familles instaurent des "quarts d’heure lecture" qui réunissent parent et enfants sur le canapé pour une lecture à haute voix.
Une tradition qui ne va pas nécessairement de soi, par manque de temps, d’énergie sans doute, mais aussi parce que les adultes lisent moins de manière générale. D’après les résultats de l’étude, la figure d’exemple des parents en matière de lecture a reculé en 10 ans : 18% des jeunes déclarent que leurs parents ne lisent pas de livres eux-mêmes, quand ils n’étaient que 7% à l’affirmer en 2016. Or le simple fait "que les enfants voient leurs parents lire, qu’il y ait des livres chez soi, sur la table de nuit" donne, par l’exemple, le goût de la lecture à un enfant.
Néanmoins, que les parents se rassurent. "Ce n’est pas parce qu'un enfant n'aime pas lire à l'instant T qu'il n'aimera jamais lire. Ce n’est jamais perdu", encourage Claire Becheau La Fonta. "Peut-être n’est-il pas encore tombé sur le livre, ou le genre, qu’il apprécie." C’est pourquoi elle recommande aux parents de ne pas cesser de proposer "différents thèmes, différents genres, différents sujets" à son enfant.
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