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Thibault Prébay : “Le réarmement démographique n’aura pas lieu”

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Mathilde de Robien - publié le 14/04/26
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Économiste spécialiste de la démographie, Thibault Prébay porte un regard pragmatique et positif sur la chute de la fécondité, invitant à considérer la décroissance démographique comme une opportunité pour les générations futures. Entretien.

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"Le réarmement démographique n’aura pas lieu." L’affirmation tombe comme un couperet. Et pourtant, il ne s’agit pas, pour Thibault Prébay, économiste spécialiste de la démographie, d’une mauvaise nouvelle. "C’est une chance… si nous savons la saisir", prévient-il. Nos enfants n’auront pas autant d’enfants que leurs grands-parents. C’est un fait. Mais ces enfants, moins nombreux, pourront peut-être vivre sur une planète qui respire à nouveau, avance-t-il. Une analyse qu’il développe dans son ouvrage Démographie, la bombe tranquille (Le Rocher) à paraître ce 15 avril. "Notre démographie n’est pas un destin à combattre, mais une réalité à comprendre", confie le spécialiste. Plutôt que de multiplier les mesures natalistes, il invite à repenser nos politiques économiques et sociales pour un monde moins peuplé et plus âgé.

Aleteia : Quelles sont les principales causes de la chute drastique du nombre de naissances en France selon vous ?
Thibault Prébay : La baisse de la natalité s’explique principalement par la baisse de la mortalité. Lorsque la mortalité baisse, à cause de la progression des vaccins, de la diminution de la mortalité infantile ou du progrès face aux maladies gériatriques, on observe, 25 à 35 ans après, le début d’un courant de baisse de la natalité, qui va s’ajuster au seuil de renouvellement de la population. Historiquement, quand on avait 5 enfants par femme, c'est parce que le seuil de renouvellement de la population était à 5. Quand le seuil de renouvellement est passé à 2, la natalité a baissé pour s’adapter. Ensuite, nous sommes passés d'une société du besoin d'enfant à une société du désir d'enfant. Au Moyen Âge ou dans l'ère classique, on avait 8 enfants par femme en France parce qu’il fallait des mains pour aider aux champs et ne pas mourir de faim. Il n'y avait pas le choix. Maintenant que les progrès techniques ont fait qu'il y a un choix, on converge naturellement vers des baisses de fécondité. On se rend compte que l'existence de ce choix a tendance à peser fortement sur la fertilité.

L'observation montre que toutes les politiques natalistes ciblées ont obtenu des effets totalement nuls.

Vous parlez de "mirage de la relance démographique" ? Est-il illusoire de penser que la natalité puisse repartir ?
Si on part du principe que la première cause de baisse de la natalité est la baisse de la mortalité, on voit bien qu’aujourd’hui la mortalité a peu de chances de repartir. Le deuxième point, c'est que nous sommes dans l'exception démographique française, au sein des pays développés, la France est toujours à la 2e ou 3e place des plus fortes fécondités. Il n'y a guère qu'Israël, parmi les pays développés, qui tient les deux enfants par femme. Tous les pays développés à part Israël ont déjà rencontré la difficulté que la France rencontre actuellement avec la baisse de la fécondité. Et ils ont tous systématiquement essayé d'inverser ce mouvement, avec des résultats systématiquement nuls. Le fait d'avoir des enfants me tient à cœur, je suis très impliqué dans le monde de la crèche, mais l'observation montre que toutes les politiques natalistes ciblées qui ont été faites, parfois en Hongrie avec 5% du PIB, ont obtenu des effets totalement nuls. Aujourd'hui, en Hongrie, la fécondité est plus basse qu’avant le lancement du plus ambitieux plan de relance jamais mis en place.

Donc les politiques familiales n’obtiennent pas les effets escomptés ?
Non. Aujourd'hui, les différentes tentatives pour relancer la fécondité ont eu peu de succès. Comparons cela à la prime à la casse. Cela peut paraître choquant, mais c'est assez réaliste. Quand vous offrez une prime à la casse dans l'automobile, les gens qui avaient prévu d’acheter une voiture dans deux ans vont l'acheter maintenant parce qu'il y a une aide. Mais ils ne vont pas se dire : "tiens, et si j'achetais six voitures ?". Donc si vous dites, demain, on va donner 10.000 euros à chaque personne qui conçoit un enfant, peut-être que ceux qui ont prévu de le faire dans les trois prochaines années vont le faire maintenant, mais ils ne vont pas se mettre à en vouloir six ! D’autant plus que les femmes ont des enfants de plus en plus tard. Donc je le regrette sincèrement, mais la relance de la fécondité ne semble pas fonctionner.

Vous développez dans votre livre une autre voie pour l’avenir, qui consiste non pas à vouloir relancer la fécondité à tout prix mais à s’adapter, de manière positive, à ce monde moins peuplé et plus âgé.
Oui, et il y a là un enjeu important : si on est moins nombreux, comment fait-on pour garder un modèle social, un modèle économique qui fonctionne ? La démographie nous oblige à penser autrement. Dans cette transformation apparaît peut-être notre meilleure opportunité de réconcilier l’humanité avec sa planète. Aujourd'hui, nous avons une pression sur la planète qui est très forte. Nous savons que la solution existe : réduire notre impact, collectivement. Et que cette réduction passera par moins de naissances, moins de gaspillage… et plus de cohérence. Le meilleur moyen d'avoir plus d'enfants plus tard est peut-être d'en avoir un peu moins aujourd'hui.

Une des premières conséquences de cette accalmie démographique, c'est que cela fait converger le chômage vers zéro partout.

Et le deuxième point, c'est aussi de profiter de cette transition pour réinventer nos systèmes économiques et sociaux. Une des premières conséquences de cette accalmie démographique, c'est que cela fait converger le chômage vers zéro partout. Ce qui offre pour beaucoup de gens, des situations qui sont plus faciles. Il ne s'agit pas de faire un ajustement de valeur en se disant "c'est mieux d’avoir moins d'enfants", ce n'est pas du tout mon propos. Mais sachant que notre capacité à influer sur la fécondité est à ce stade très limitée, je pense qu’il vaut mieux essayer de positiver, de trouver quelques éléments favorables et de voir comment on peut profiter de cela pour créer plus de justice sociale et essayer d'améliorer la situation de la planète.

Pratique

Démographie, la bombe tranquille, Pourquoi tout va changer et comment nous y préparer, Thibault Prébay, Editions du Rocher, avril 2026, 19,90 euros.
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