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L’Église, cette “belle-mère” qui n’a pas que des amis

Vatican, pape, Rome, basilique

La basilique Saint Pierre de Rome.

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Xavier Patier - publié le 14/04/26
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Quand les papes sont attaqués, les coups peuvent venir de nos prétendus amis, observe l’écrivain Xavier Patier. Ils voient moins dans l’Église leur mère qu’une "belle-mère" qu’ils renient.

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"Le catholicisme, c’est ma belle-mère", disait Anna de Noailles. "Il y a souvent quelque belle-mère à la clef de ces grandes haines qu’inspire l’Église", ajoutait Mauriac. Ce qui est sûr, c’est que notre sainte mère l’Église déplaît souvent à ceux que nous continuons par habitude à appeler ses amis. La droite politique a longtemps eu partie liée avec l’Église. Elle croit avoir des droits sur elle. Même quand elle a perdu la foi, elle continue de se faire photographier sur le parvis et au pieds des autels. Elle se sent légitime à exercer une sorte de droit familial sur le magistère. 

Au pied du mur

Lorsqu’un de mes amis de droite commence à me chercher noise, mon appartenance à l’Église catholique est toujours vue par lui comme une circonstance aggravante. Car l’Église a trahi. Elle a oublié de servir les forts. Ce genre d’animosité est viscéral et ne se désarme pas par la discussion. C’est sans doute ce que voulaient dire Anna de Noailles et François Mauriac avec leurs histoires de belle-mère. Mauriac était un homme né à droite qui a été détesté par la droite : il avait suivi le Christ. 

À un certain moment de nos vies, l’Évangile nous met au pied du mur. Jésus nous interroge : toi aussi, tu veux partir ? Nous sommes restés. Ce n’est pas un mérite que d’avoir répondu comme Pierre : à qui irions-nous ? Nous avons suivi le Christ parce que nous n’avions personne à qui aller. Nous avions entendu les paroles de la vie éternelle. Elles ont eu un écho en nous. Un certain jour, nous nous sommes pris à aimer ce pauvre charpentier de Galilée qui se disait fils de Dieu. Nous avons décidé de l’aimer davantage que tout ce que nous proposait le monde. Nous avons assumé de le dire. C’est peut-être cela qui est difficile à supporter par certains de nos amis. 

La difficulté d’aimer les papes

Ce n’est pas par gallicanisme, mais par conservatisme que ces amis ont du mal à aimer les papes de notre époque. Il y a ceux qui, naguère, trouvaient le pape François trop à gauche. Le maire de Béziers par exemple, qui est un homme respectable et un bon maire, a très vite détesté le Saint-Père. Dès 2016, il écrivait sur son compte Twitter : "Les chrétiens attendent du pape qu’il défende la chrétienté, pas sa subversion par l’immigration." François avait osé faire un voyage à Lampedusa. Qu’aurait dit le maire de Béziers à propos du Christ qui osa parler à la Samaritaine et guérir le serviteur d’un cadre de l’armée d’occupation ? Sans doute aurait-il tweeté que ce prophète plein de bonnes intentions n’a décidément rien compris à la politique. La politique est une chose trop sérieuse pour être laissée à la sagesse du fils de Dieu. Qui veut faire l’ange fait la bête, etc. Faisons donc la bête. 

La cible Léon XIV

À propos de faire la bête, d’autres amis ont trouvé une nouvelle cible en la personne du pape Léon XIV. Voilà un successeur de Pierre qui se rend à Monaco alors que l’argent de son voyage aurait pu être distribué aux pauvres. Il fraie avec les publicains et dîne avec les pécheurs du Rocher. Comme son maître, il donne raison à Marie contre sa courageuse sœur Marthe assignée à un travail manuel, stigmatisant et genré. Il recrute des technocrates (Matthieu), dénigre les valeurs familiales ("Qui sont mes frères et mes sœurs ?"), s’attaque au libre-échange en agressant de paisibles marchands (du Temple), discrédite les valeurs de la transmission ("sépulcres blanchis !") et exerce une emprise sur ses disciples. Il part en Algérie annoncer l’amour aux mahométans, comme si les mahométans n’étaient pas une cause perdue. 

Très logiquement, ces amis estiment que le président Donald Trump a bien raison d’insulter Leon XIV sur les réseaux sociaux. Le pape, dit Donald Trump, a le défaut rédhibitoire d’être artisan de paix. Il est "faible". Le président américain illustre ainsi la parole prophétique de Paul : ce qu’il y a de faible dans le monde, c’est ce que Dieu a choisi pour confondre les forts. Léon confond Donald.

Il faut choisir

Face à ces assauts de quolibets, puisqu’il faut choisir, je parie pour Léon et contre Donald. Les puissants se moquent de nous ? Heureux est notre pape, heureuse est notre Église, heureux sommes-nous ! Sous des monceaux d’ordures, notre mère l’Église rayonne de la joie pascale. Il est logique que cette joie fasse braire les démons. La politique n’est pas un monde autonome où le message du Christ se doit d’être mis entre parenthèses : elle est le lieu d’incarnation de la charité. Le Christ nous a commandé d’aimer nos ennemis. Il ne nous a pas demandé de nous laisser manger tout crus par nos amis. 

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