Dans l’un des diocèses les plus pauvres de France et dans l’une de ses basiliques les plus prestigieuses, l’évêque de Saint-Denis a ordonné des prêtres jésuites et hospitaliers venus des cinq continents. Signe des temps pour notre chroniqueur Jean-Étienne Rime, les ordinants ont reçu l’imposition des mains dans une Église des périphéries, atypique et missionnaire.
Ce samedi 11 avril 2026, Mgr Étienne Guillet, évêque de Saint-Denis, présidait l’ordination diaconale et presbytérale de dix-sept compagnons jésuites et d’un frère de l’Ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu en la basilique-cathédrale Saint-Denis, dans le trop médiatique "9.3.". Pourquoi Saint-Denis pour une telle cérémonie sachant que les futurs diacres et prêtres ordonnés sont issus des cinq continents ? Pourquoi choisir cette banlieue qui semble être perturbée et instable ?
Un message de paix et d’espérance
Nous pourrions penser que l’Église et les jésuites, avec un peu d’humour, voudraient donner un message positif et religieux dans ce département qui fait la une pour bien d’autres raisons. Ce n’est pas le cas bien sûr, mais l’on peut cependant voir un message de paix, d’entente et d’espérance dans cette célébration. Comme leurs prédécesseurs depuis la création par Ignace de Loyola, les jésuites sont engagés dans des missions extrêmement variées au service de la foi, de la réconciliation et de la justice. De la même façon, l’Ordre hospitalier a été fondé par saint Jean de Dieu qui a consacré sa vie à soigner les malades et les nécessiteux ; aujourd’hui, dans le monde, les frères et les collaborateurs laïcs de l’ordre se consacrant à l’assistance aux malades mentaux, aux pauvres et aux exclus.
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Pour sa part, le diocèse de Saint-Denis qui a accueilli ces ordinands réunit des chrétiens venant aussi des cinq continents et c’est le diocèse le plus pauvre de la métropole. Il a devant lui de vrais défis d’éducation, de culture, de santé et d’accès au travail. Ses prêtres ont un rôle reconnu comme acteurs de paix, d’unité et de partage. Il suffit d’aller à la messe à Saint-Denis ou à La Courneuve, par exemple, villes dont les maires sont devenus célèbres et dont on redoute certaines mesures, pour rencontrer une assemblée dense, engagée, ouverte. Les baptêmes ont été nombreux la nuit pascale, ici et dans tout le diocèse comme d’ailleurs dans les quartiers populaires de France.
Quarante communautés religieuses
Pour mener sa mission, Mgr Étienne Guillet dispose de prêtres de toutes origines : douze diocésains seulement mais il est épaulé par des jésuites et des prêtres mis à disposition par d’autres diocèses (prêtres Fidei donum), par des membres de la communauté de l’Emmanuel, des Fils de la charité, des prêtres de la Société du verbe divin, de spiritains… Au total, quarante communautés religieuses sont en mission dans le diocèse, qu’elles soient masculines ou féminines. Ces prêtres et religieux sont connus, notamment comme curés de paroisses, certaines communautés sont plus discrètes, mais leurs œuvres portent du fruit comme les franciscaines de Clichy. Tous sont des personnalités essentielles dans leur quartier par leurs actions, si diverses soient-elles. Tous favorisent la vie des communautés malgré les différences et créent un sentiment de paix. Tous participent à l’évangélisation et l’on constate des conversions nombreuses et profondes de jeunes et d’adultes de toutes origines religieuses ou géographiques.
Continuateurs des grands saints missionnaires
Les ordinands du 11 avril ne seront pas tous envoyés en mission dans le diocèse de Saint-Denis. Cependant, le choix de cette historique Basilique-cathédrale Saint-Denis les marquera pour leur vie entière. Ils ont reçu l’onction dans une France aux couleurs du monde, dans une ville aux religions différentes à l’instar de ce qui les attend. Ils ont vécu ce temps-clé de leur existence et de leur engagement dans ce lieu béni, véritable synthèse prophétique de leur vie de pasteur. Ils ont été aussi accueillis dans ces murs chargés d’histoire, sous les voûtes qui ont recueilli les pages les plus belles et les plus sombres de la France, fille aînée de l’Église. Ils sont les continuateurs des grands saints missionnaires.

Ces ordinations presbytérales et diaconales sont aussi un signe de joie pour les chrétiens qui ont assisté ou suivi la cérémonie. Ils partagent la fierté de cette reconnaissance de l’Église des banlieues aux diversités fécondes, animées par de si multiples communautés dans ce diocèse atypique. Il se passe beaucoup de choses dans les périphéries, les périphéries donnent chaque jour des signes d’espérance pour notre Église en France. Les périphéries évangélisent. Rendons grâce !












